‹ Contribution à l'Étude de l'Élimination urinaire du Sous-Nitrate de Bismuth Administre par voie BuccaleChapitre 4 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Au moment de clore la préface de notre existence médicale les vers de Lucrèce reviennent à notre

mémoire :

Sed nil dulcius est, bene quam munita tenere, Edita doctrina, sapientium templa serena ; Despicere unde queas alios, passimque videre Errare, atque viam palanteis quærere vitæ, Certare ingenio, contenderé nobilitate,

Nocteis atque dies niti praestante labore

Ad summas emergere opes, rerumque potiri.

O miseras hominum menteis ! O pectora cæca !

Qualibus in tenebris vitæ, quantisque periclis, Degitur hoc aevi, quod quomque est! Nonne videre, Nil aliud sibi naturam latrare, nisi ut quoi Corpore se junctus dolor absit, menti fruatur Jucundo sensu, cura semota metuque ?

Dès notre première jeunesse, sur les bancs du Lycée Louis-le-Grand, alors que nous commencions à comprendre l’admirable langue latine, nous avions

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fait nôtre cet idéal du poète ancien : nous n’envisagions rien de plus beau que de se consacrer à la science pure, sans autre souci que de servir l’humanité dans sa marche vers le mieux. Malheureusement nous avions compté sans la guerre, qui est venue entraver nos projets comme ceux de bien de nos amis.

Engagé volontaire en novembre 1914, nous avons dû interrompre prématurément nos études, malgré divers séjours à l’arrière que nous valut d’abord une réforme temporaire, puis deux blessures, et enfin un stage au Val-de-Grâce. Grièvement blessé une troisième fois le 23 février 1918, nous avons trainé nos béquilles d'hôpital en hôpital pendant près de deux ans sans pouvoir reprendre nos travaux.

Au cours de nos nombreux séjours hors de Paris, nous avons eu souvent l’occasion de nous entretenir avec nos confrères provinciaux des grand problèmes qui préoccupent le médecin praticien. Ces instructives conversations nous ont laissé la conviction que partout en France les trois principales entités qui dominent, par leurs fréquence et leur gravité, dans la clinique courante sont la syphilis, la tuberculose et le cancer. Pour la première, au moins, on aurait cependant une tendance à croire qu’elle est rare dans nos campagnes. Il n’en est rien, et notre enquête n’est pas la première qui démontre au contraire l'étendue du mal :

«On entend souvent dire, écrit M. Leredde, que

dans les pays civilisés la syphilis (acquise) atteint le dixième de la population : s’il en est ainsi, elle doit être commune dans les milieux ruraux eux-mêmes. Le temps est loin, hélas ! où les mœurs, à la campagne, étaient d’une pureté inconnue à la ville et où le paysan ne sortait pas de son village...

«.…. Nous retiendrons qu’un médecin exerçant dans une petite ville de province a pu découvrir en seize mois, sur 524 individus, 82 cas de syphilis certaine acquise possible (ou probable). Dans la plupart des cas, l'infection était restée méconnue et n'avait pas été traitée, par suite... Reste la question de la sypbhilis héréditaire ; les documents réunis à son sujet par le D' Etienne ne sont pas moins importants que ceux qui sont relatifs à la syphilis acquise, et conduisent à des conclusions qui paraîtront beaucoup plus surprenantes encore... Le nombre des cas de syphilis héréditaire certaine, au sens clinique du terme, est de 161 (sur 524 malades !); celui des cas de syphilis héréditaire possible est de 135...

« Sur dix malades, à la'campagne, le praticien en rencontre au moins un qui estatteint de syphilis. » :

Ces quelques citations empruntées à un spécialiste éminent nous font toucher du doigt toute la gravité du problème. Il importe qu’un fléau si terrible soit combattu par tous les moyens sans en négliger aucun. Malheureusement le médecin de campagne est désarmé le plus souvent, ou du moins il ne peut pas appliquer facilement les nouveaux traitements dont la thérapeutique antisyphilitique s’est enrichie ces

G. Bernard 2

ms, KO: —

dernières années. Ces traiteménts, en effet, utilisent des médicaments quis’administrent uniquement par injections intra-musculaires ou intra-veineuses. Or, le paysan, à supposer que son avarice le lui permette, pourrait difficilement se soumettre à un traitement exigeant des visites régulières et longtemps renouvelées chez le médecin : l'éloignement de celuici, la difficulté de quitter souvent l'exploitation agricole, la crainte des mauvaises langues, des préjugés indéracinables, une foule d’autres raisons constituent autant d'obstacles à une cure sérieuse par les moyens puissants dont nous disposons actuellement. Le praticien des campagnes en est réduit la plupart dutemps à employerdesmoyensnonseulement démodés, mais surtout peu efficaces: frictions mercurielles, pilules de Dupurytren, pilules de Ricord, etc... Et ces moyens sont encore tout ce que peuvent utiliser une foule d’autres syphilitiques pour lesquels les traitemen!s par injections ne sont pas possibles: voyageurs, marins, coloniaux, etc.

Nous nous sommes demandé s’il ne serait pas possible, au moins comme succédané des injeetions, d'utiliser par voie buccale contre la syphilis la nouvelle arme dont s’est enrichie dernièrement notre arsenal thérapeutique : nous voulons dire le bismuth.

À vrai dire nous avons été précédé dans cette idée par ur syphiligraphe mondialement réputé, M. le D’ Milian, médecin de l'Hôpital Saint-Louis : « La médication buccale bismutho-mercurielle, dit-it, seule ou jointe aux autres, permet de poursuivre le

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