PATTES
l’expérimentation a été peu explorée, et je n’ai rien à ajouter à ce qui à déjà été dit sur ce sujet à propos de l'observation XIV,
IT. Le procédé qui consiste à fournir de dehors de la graisse à l’économie offre autant de variétés qu'il y a dans le corps de lieux d'introduction différents. Passons en revue les principaux de ces modes d’expérimentation.
4. Les injections de graisse liquide, d'huiles diverses, en masse ou en émulsion, de lait, etc., dans le torrent circulatoire, ont été fréquemment répétées. Ce procédé est utile pour étudier les altérations consécutives du parenchyme des organes où s'arrête la substance injectée, et pour analyser chez l'animal les symptômes cliniques de l’embolie; par contre 1l n’apprend rien sur la manière dont cette dernière prend spontanément naissance dans l’organisme.
2. Busch faisait des injections d'huile colorée dans le canal médullaire des os. Cela lui permit d'observer les voies de résorption de la graisse, et de rendre plus manifestes, en les exagérant, les agents qui déterminent l’embolie dans toute lésion osseuse : ouvertures vasculaires, présence de graisse libre, augmentation de pression. Il n’y aurait pas de résultats nouveaux à attendre de la répétition de ces expériences. |
3. Introduction de la graisse dans l'organisme par le tube digestif. — Je ne vois que deux hypothèses qui pourraient permettre d’assigner à la résorption intestinale un rôle dans la genèse de l'embolie. C’est d’abord celle de Grohe (confluence, lorsque la circulation se ralentit, des molécules de graisse préexistantes dans le sang); on comprendrait qu’alors la richesse du sang en granules gras provenant de la digestion méritât d'être prise en considération. C’est ensuite celle qui consisterait à regarder les cellules hépatiques infiltrées de graisse comme une des origines possibles de l’embolie, car on sait toute l'influence de l'alimentation sur le développement du foie gras. Dans ces deux suppositions, qui ne sont appuyées par aucun fait certain, l'absorption intestinale des graisses n'aurait d’ailleurs qu’une importance médiate et indirecte. — Je rappelle que la Pneumontia oleosa de Gluge et Thiernesse n’a pas été confirmée depuis eux, et peut s'expliquer par l'introduction
es
d'huile dans les voies respiratoires ; et que les seules altérations que les autres auteurs aient signalées, après l'introduction de graisse dans le tube digestif, ont eu le foie pour siége. Si l’on veut décorer du titre d’embolie graisseuse l'accumulation de globules de graisse qui à peut-être lieu dans les capillaires de cet organe pendant la digestion de substances très-grasses, soit; mais en tous cas cette embolie est vite absorbée par le parenchyme, et ne présente aucun des symptômes de l’embolie graisseuse telle que nous l’entendons. Quant aux granules assez fins pour traverser les capillaires du système porte, ils ne seront pas capables d’obstruer davantage ceux du poumon ; il faudrait pour cela qu'ils eussent conflué de manière à former de plus grosses gouttes, et nous verrons plus bas que cette confluence n’est pas admissible.
h. L’absorption de la graisse par le tégument externe intact, et surtout dépouillé de son épiderme, est une question encore enveloppée d’obscurité. Elle mériterait d’être sérieusement étudiée. En présence du fait cité plus haut (observ. XVII) on peut en effet se demander si l'huile mise au contact du derme dénudé, ou étendue sur une plaie, par exemple sur une brülure, ne peut pas être résorbée et ne risque pas dans certains cas de former embolie. Je ne le crois pas. Mon intention était cependant de faire quelques expériences à ce sujet; mais le lapin, que j'avais dans ce but soumis préalablement à la vésication par la pommade de Gondret, étant mort avant même que l’épiderme se fût soulevé sur toute la surface voulue, j'ai abandonné la partie. À ceux qui, moins paresseux et plus adroits que moi, seraient tentés de reprendre l'expérience, je conseille de ne pas la faire sur un animal aussi délicat que le lapin.
o. Reste la méthode hypodermique. Il est curieux que, à en juger du moins par la littérature, on n'y ait pas beaucoup songé jusqu'ici, car je n'ai trouvé mentionnées que trois injections sous-cutanées d’nuile. Bergmann en fit une chez un chat et vit apparaître des gouttelettes de graisse dans l'urine; l’animal ne fut du reste pas sacrifié, et l'observation reste muette sur la question de l’embolie. Les deux autres sont de Busch; il n’obtint que des résultats négatits. J'ai pensé qu'il ne serait peut-être pas sans intérêt de recher-
cher ce que devient l'huile introduite sous la peau, et d'examiner si elle peut devenir la source d’une embolie graisseuse.
Mes expériences ont porté sur vingt lapins. Les injections ont été faites dans le tissu sous-cutané du cou, du dos, des flancs et des pattes. Je me suis servi d’une seule et même seringue de Pravaz de la contenance de 4 1/2 centimètre cube. Je l’ai toujours vidée tout entière au même endroit, et il est bien rare qu’une gouttelette ou deux soient ressorties par l’orifice de ponction, de sorte que l'on peut considérer comme constante la dose de chaque injection. Le liquide injecté a toujours été de l'huile d’olive colorée au moyen de l’anchusine, qui, on le sait, est parfaitement soluble dans les corps gras. Le mode de préparation est des plus simples : on broie approximativement 50 centigrammes d'extrait d’orcanette à l’éther de pétrole dans 45 à 20 centimètres cubes d'huile, et on filtre. La coloration d’un beau rouge communiquée à l'huile est suffisamment intense pour qu'elle soit encore reconmaissable au microscope sur des gouttes de 0"",02 et même au-dessous. Ce procédé permet par conséquent de déterminer sûrement dans les tissus, soit au microscope soit à l’œil nu, la présence de l'huile injectée ; il entraîne il est vrai quelques complications, en ce qu'il faut ultérieurement distinguer les destinées de l'huile de celles de l’anchusine.
Je donne ici le compte rendu de mes expériences ; je résumerai ensuite les résultats auxquels elles ont abouti.
Lapin I. — Il reçoit huit injections. Six jours après il se porte encore à merveille. On le tue par section des gros vaisseaux du cou. Du sang obtenu en lui coupant le bout de l'oreille immédiatement avant la mort ne montre rien de spécial; pas d'augmentation manifeste des globules blancs, Cœur volumineux. Poumons d’un blanc rosé, pleins d'air, normaux. — En disséquant la peau, on trouve à la place de chaque injection un gonflement assez résistant, de couleur rouge-violet à travers les tissus. Une incision montre que cette tuméfaction est due à un dépôt bien circonscrit, rougenoir, formé d’une bouillie épaisse et résistante, logée entre la peau et le muscle peaucier, ou bien dans l’épaisseur même de ce dernier. En comprimant cette masse, on en fait sourdre un liquide rose que l’on reconnait facilement pour être de l’huile colorée. En enlevant un peu de cette bouillie avec la pointe d’un scalpel et la portant sous le microscope, on constate
qu’elle est formée d’une quantité de gouttelettes plus ou moins roses, et de globules blancs, très-serrés entre eux. — Au microscope, pas trace d’embolie dans le poumon, non plus que dans le rein ni le foie.
Lapin II. — Quinze injections, au dos, au cou, aux flancs et aux cuisses. Quarante-huit heures après, section des vaisseaux du cou. Le sang provenant de l’hémorrhagie présente au microscope une quantité extrêmement considérable de petits corps irréguliers, blanchâtres, mais peu réfringents, d’un diamètre environ dix fois inférieur à celui d’un globule rouge. Ces éléments sont soit isolés, soit réunis en grand nombre de manière à former des sortes d’ilots blanchâtres et d'aspect granuleux, dont les plus grands atteignent huit à douze fois la longueur d’un globule rouge. L’acide acétique les fait pâlir et peu à peu disparaitre comme les corpuscules sanguins. — En disséquant la peau, on retrouve l'huile rouge injectée encore présente en nappe dans le tissu cellulaire. Elle paraît ne pas avoir pénétré du tout dans les couches musculaires, et n’avoir pas même été plus loin que l’endroit où la force de l'injection l’a directement poussée, car là où deux injections sont très-rapprochées, les deux nappes d'huile sont cependant séparées par un espace de tissu intact. Tout autour des injections, les tissus sont le siége d’un œdème assez marqué. — Poumon: il surnage bien; contenu gazeux normal ; surface rose pâle; à certains endroits légère infiltration sanguine. Au microscope on voit une masse énorme de graisse, occupant les artères de dernier ordre, et injectant parfaitement leurs ramifications. Dans les capillaires la graisse est beaucoup moins abondante ; à peu d’endroits seulement on rencontre le dessin en réseau caractéristique. Cest évidemment lhuile colorée injectée, car on en reconnait partout la teinte rose, et là où l’embolie est un peu volumineuse elle est même d’un beau rouge. — Reins et foie normaux ; pas d’embolies,
Lapin III. — Trois injections. Quatre jours après, on l’assomme d’un coup de maillet sur la nuque. On incise la peau du ventre. Le tissu cellulaire sous-cutané est très-ædémateux et d’une couleur bleu-violet. Le raclage de ce tissu avec le dos d’un couteau fournit un peu de liquide qui n'offre au microscope que des cellules Iymphatiques et des gouttelettes très-fines d'huile rose. Les muscles abdominaux sous-jacents sont grisâtres et imbibés de sérosité incolore. En continuant la dissection de la peau, on constate que l’infiltration séreuse violet foncé du tissu cellulaire se continue en une bande large de 4 à 2 centimètres de même couleur, mais de consistance plus ferme, qui contourne le flanc de l'animal et remonte directement sur son dos jusqu’au point où a été faite une injection. En cet endroit se trouve une tuméfaction rénitente, de la grandeur d’une pièce de deux francs, située entre le derme et le peaucier, d’une teinte bleu-noir. Sur une coupe perpendiculaire à la surface, cet épaississement des téguments se trouve constitué par trois couches : 40 La coupe de la peau, d’un blanc grisâtre. 2 Une épaisse couche, presque noire, d'aspect granuleux, assez
dure. Par la pression on en fait sourdre un liquide rose-rouge; recueilli sur un bistouri, on reconnaît à l'œil nu qu’il est formé de sérosité transparente dans laquelle nage l'huile injectée en gouttelettes de toutes dimensions. En raclant ia surface de coupe on obtient une bouillie granuleuse, noire, résultant, comme le microscope le prouve, du mélange de l'huile avec une masse considérable de globules blancs à un et deux noyaux. & La troisième couche est formée par du tissu cellulaire et le muscle peaucier, grisâtres, non infiltrés d'huile. — Au-dessous des téguments, l’aponévrose des muscles du dos présente des taches roses ; on peut les enlever par le grattage et constater qu’elles sont dues à de l’huile qui a pénétré jusque là. Mais en aucun point l'huile n’a traversé l’aponévrose et n’a atteint les couches musculaires. — Aux autres endroits injectés, on trouve la même tuméfaction dure et circonscrite, sous la peau, et la coupe révèle la même disposition : la peau et la couche cellulo-museulaire, toutes deux normales ou légèrement infiltrées de sérosité incolore, et séparées par une bouillie noirâtre due au mélange d’une masse considérable de globules blancs avec l’huile injectée. — Poumons : normaux, sauf quelques ecchymoses et de petites infiltrations sanguines peu étendues, situées au sommet et au bord postérieur.
Au microscope, les vaisseaux renferment une assez grande quantité de graisse, incolore ; à quelques endroits elle affecte la forme d’un cylindre unique plus ou moins régulier, qui se ramifie suivant la distribution du vaisseau ; mais le plus souvent elle est disposée en gouttes agglomérées par groupe de deux, trois, jusqu’à une douzaine et même plus. Par une pression un peu forte, exercée sur la lamelle, on parvient à faire confluer par-ci par-là quelques-unes de ces gouttes. — Pas d’embolie dans le rein ni dans le foie.
Lapin IV. — Huit injections, sur le dos, aux cuisses et aux jambes. Huit jours après, l’animal est sacrifié par incision des téguments de la nuque, ouverture du canal vertébral et section de la moelle. Le sang tiré d’une petite veine du cœur ne montre rien d’anormal. Aux endroits des jambes où ont été faites les injections, le palper révèle une tumeur assez dure située sous la peau; à l’incision on retrouve entre le derme et l’aponévrose des museles de la jambe la couche bleu foncé déjà décrite dans les cas précédents, et dont la pression fait sortir une sérosité mêlée d’huile; la bouillie noirâtre obtenue par le raclage est formée d'huile, de globules blancs et d’autres en dégénérescence granulo-graisseuse. — La peau de la fice interne des cuisses est colorée en bleu-noir dans sa couche profonde, et à mesure qu’on se rapproche de la partie supérieure et externe de la cuisse, où a été faite l’injection, elle devient de plus en plus rougeñtre par la présence d’une quantité croissante d'huile bien reconnaissable à l’œil nu. Au point injecté on rencontre un magma rouge-noir, occupant une étendue grande comme un écu de 5 francs, et toujours formée par un mélange d'huile et de globules blancs. — L’aponévrose des muscles de la cuisse offre une
ie.
teinte noirâtre, comme enfumée un fragment de ce tissu, vu au microscope, parait fout parsemé d’une masse énorme de granulations extrêmement fines, réfringentes, résistant à l’acide acétique. Sous l’aponévrose, le muscle lui-même a une {einte grisâtre à sa surface, mais immédiatement au-dessous il offre déjà l'aspect normal. Au microscope ses fibres musculaires ne montrent rien d’anormal. Les ganglions lymphatiques du pli de l'aine et ceux qui entourent l'aorte à sa bifurcation ont par places une coloration noirâtre, — Pas trace d’embolie graisseuse.
Lapin V. — Cinq injections d’une émulsion d’huile colorée. Au bout de six jours, il est tué par l'ouverture du canal vertébral et la section de la moelle, mais il respire encore un certain temps et perd beaucoup de sang. Le sang tiré de l'oreille ne montre rien de spécial, — A l'abdomen, la couche celluleuse comprise entre les muscles abdominaux et le peaucier est le siége d’une infiltration œdémateuse bleu-noir, qui remonte le long du flanc jusque sur le dos à l'endroit où l’huile a été injectée. Le peaucier lui-même est intact et se laisse facilement séparer du derme par la dissection ; les couches musculaires de l'abdomen d’autre part n’offrent, abstraction faite d’une teinte grisâtre sale et d’une légère imbibition séreuse, rien danormal, leur aponévrose n'ayant pas été traversée par la masse colorée. — À la cuisse, le liquide injecté est encore présent sous la forme d’un magma épais circonscrit entre la peau et les muscles ; bleu-noir à une jambe, ce dépôt présente à l’autre une teinte verdâtre très-prononcée due à une proportion considérable de globules Ilymphatiques en dégénérescence granulo-graisseuse. Quelques globules sanguins rouges y sont mêlés. Plus haut que l'injection , aux faces interne et externe de la cuisse, rien d’anormal. — La bouillie bleue qu’on trouve ainsi partout où a pénétré l’injection est composée, comme précédemment, de globules d’huile rouge de toutes dimensions, de fibres et tractus de tissu conjonctif dissociés, et d’une masse compacte de globules blancs et de cellules remplies de petites granulations réfringentes. L’aponévrose, qui partout établit la limite entre linfiltration colorée et les couches musculaires sous-jacentes intactes, offre au microscope quelques globules d'huile épars, et une quantité de grosses cellules remplies de granules brillants, ne disparaissant pas par l’acide acétique. — Poumon : à divers endroits il est le siége de petits épanchements sanguins tout frais. D’ailleurs il est bien rempli d’air, Pas trace d’embolie graisseuse.
Les ganglions du pli de l’aine restés adhérents à la peau apparaissent au premier coup d’œil comme des masses volumineuses, foncées ; après les avoir dégagés du tissu cellulo-graisseux qui les enveloppe, on voit qu'ils sont en effet bien plus gros que normalement, et présentent une coloration noirâtre tirant sur le violet. Ceux situés à la bifurcation de l'aorte ont exactement le même aspect. Quelques-uns offrent cette nuance sur toute l'étendue de leur surface, mais ce sont des exceptions ; la plupart ne sont colorés que par places et ont conservé aux autres endroits leur teinte
blanche habituelle; la limite entre ces parties normales et les taches sombres est irrégulière et un peu effacée. De cette disposition résulte le fait que le ganglion a un aspect tacheté, comme marbré. — Des coupes fines faites sur le ganglion, immédiatement ou après vingt-quatre heures de séjour dans l’eau distillée, se montrent également envahies dans une portion plus ou moins grande par la mème coloration gris-violet. À un faible grossissement, celte teinte paraît due à de petites mouchetures arrondies, d’un violet sale, à contours mal définis, accumulées en grand nombre en certains endroits, tandis qu'ailleurs la coupe est de couleur blanche normale. Avec un grossissement plus fort (objectif Vérick n° 7), on voit que toute la préparation est comme saupoudrée d’une multitude de petites granulations brillantes en partie contenues dans les cellules Iymphatiques, en partie nageant librement entre elles. Suivant qu'on éloigne ou qu’on rapproche l’objectif au moven de la vis micrométrique, ces granulations apparaissent comme des points noirs, ou au contraire comine de petits corps ronds, éclatants et réfringents, à contour bien net. — Aux endroits teintés de violet, le nombre des granulations paraît encore plus grand qu'ailleurs. Mais ce qui frappe l’œil avant tout, et ce qui explique la coloration dont il s’agit, c’est la présence, parmi les petites cellules lymphatiques blanches du ganglion, d'éléments volumineux, violets, assez finement ponctués, isolés ou réunis par groupes de trois ou quatre. Pour se rendre compte de leur nature, il convient de les examiner aux points où la préparation est la plus mince, c’est-à-dire sur les bords, ou mieux, sur une coupe dilacérée avec deux aiguilles, afin de dégager les cellules du stroma et de les isoler.
On voit alors les éléments colorés rouler dans la préparation comme des masses de protoplasme sans membrane distincte, d’un diamètre de deux à six fois supérieur à celui des cellules lymphatiques, et possédant un noyau. Leur aspect pointillé provient de accumulation, dans leur intérieur, d’une grande quantité de granulations identiques à celles décrites plus haut, et si distinctes, qu’on peut presque les compter toutes; il peut y en avoir jusqu’à une centaine dans chacune de ces cellules. Quant à la couleur violette, elle résulte, non de la présence de ces granules, mais d’une teinte diffuse de tout le protoplasme ; elle se fait remarquer d’une manière plus prononcée encore au noyau ovale que l’on aperçoit vers le milieu de la cellule, à demi dissimulé par le rideau des granulations. — L’acide acétique rend le protoplasme de ces masses de plus en plus transparent et difficile à reconnaitre ; la teinte violette pâlit peu à peu et s’efface avec lui. Le noyau persiste et conserve sa couleur; les granulations ne sont pas attaquées non plus; leur netteté et leur éclat semblent mème augmenter à mesure que le protoplasme se dissout. Finalement il ne reste de la grosse cellule violette que le noyau foncé entouré d’une armée de petits granules réfringents. — Une coupe faite après durcissement du ganglion par lalcool et examinée dans la glycérine, offre le même aspect que les préparations fraiches. Seulement le pointillé dû à la présence des granulations parait effacé, celles-ci sont beaucoup moins distinctes.
2 Ve —
Lapin VI. — Cinq injections d'huile colorée (non en émulsion). Une heure trois quarts après, l'animal est assommé d’un coup sur la nuque. L'huile se retrouve telle qu’elle a été injectée dans le tissu cellulaire. Sang normal, Poumon normal et bien rempli d’air. Embolies graisseuses abondantes dans les vaisseaux d’un calibre notable, très-peu dans les capillaires. Ce sont des globules de graisse non colorée, agglomérés en grand nombre, de manière à former des colonnes ramifiées suivant la distribution des vaisseaux. Ganglions lymphatiques blancs, normaux ; au microscope, une masse énorme de petites granulations brillantes, soit à l’intérieur des cellules, soit en dehors d’elles. Pas trace des gros éléments colorés décrits plus haut.
Lapin VII. — Reçoit au dos trois injections d'huile colorée additionnée de quelques gouttes d’acide butyrique. Quatorzesjours après, il est assommé. On le dépouille de sa peau; en regardant la face interne de celle-ci, on y aperçoit des places noirâtres correspondant aux lieux des injections. Cette couleur n'appartient pas à la peau dans toute son épaisseur, mais elle est due à une masse sombre que l’on aperçoit par transparence à travers la couche la plus profonde, normale, de la peau. À lincision on retrouve le magma épais déjà souvent décrit, consistant en huile et en cellules Iymphatiques. — Les ganglions de l’aine, de la bifurcation de l'aorte, du sternum, de l’aisselle, présentent un aspect marbré de violet noir; au microscope, on retrouve la même infiltration de petites granulations réfringentes et les mêmes grosses cellules violettes déjà décrites à propos du lapin V. — Poumon : embolies graisseuses non colorées abondantes, également réparties dans les réseaux capillaires et les petits vaisseaux, et aussi bien sous la forme de cylindres et boyaux que sous celle de bulles agglomérées, non confluentes. — Pas d’embolies dans le rein.
Lapin VIII, — Six injections. Quarante-huit heures après, l'animal est trouvé mort dans sa cage, Poumon rosé, normal; pas d’embolies. Sur toute l’étendue du corps et des membres le tissu sous-cutané est le siége d’un œædème très-prononcé ; les tissus sont bleu-noir, la sérosité qui les imbibe tient en suspension des gouttes d'huile. Les muscles de la cuisse ont à la surface une teinte noirâtre, enfumée, qui ne pénètre absolument pas dans la profondeur, car déjà immédiatement au-dessous de la surface les fibres musculaires sont d'aspect normal à l’œil nu comme au microscope. Les ganglions Iymphatiques de laine, de l'aorte, du sternum et de l’aisselle, ont la même teinte noirâtre et présentent les mêmes caractères microscopiques que dans les expériences précédentes.
Lapin IX. — Sept injections. Assommé quarante-huit heures après. Le üssu cellulaire sous-cutané est tellement œdémateux, qu'il forme une masse gélatineuse, tremblotante, transparente, d’un rose pâle. Au microscope on n'y voit que quelques globules sanguins, rares, nageant dans la sérosité, et des gouttelettes d'huile dont la grosseur varie depuis celle d’un corpuscule sanguin et au-dessus, jusqu’à celle des plus fines granulations.
cite
L’incision des places injectées laisse écouler un liquide formé presque uniquement d’huile rouge mêlée d’un peu de sérosité limpide; au delà de ces endroits et à mesure qu’on s’en éloigne, la proportion de sérosité contenue dans le liquide sous-cutané devient de plus en plus grande, tandis que le volume et le nombre des gouttes d'huile qui y sont suspendues diminuent d'autant. — Le sang du cœur offre une augmentation évidente des globules blancs et une assez grande quantité de petites granulations réfringentes, dont le diamètre est en moyenne de deux à dix fois plus petit que celui d’un corpuscule rouge, et qui persistent après l’adjonction d'acide acétique, tandis que les corpuscules sanguins se dissolvent. — Poumon : bien aéré ; quelques ecchymoses et des taches rougeâtres, hémorrhagiques, assez étendues. Très-peu d’embolies graisseuses non colorées, petites, plus souvent en gouttelettes non confluentes qu’en cylindres. — Ganglions lymphatiques: mème aspect marbré, et au microscope mêmes masses violettes, etc., que dans les cas précédents.
Lapin X. — Trois injections. Assommé six heures après. L'huile se retrouve telle quelle, entre la peau et le peaucier ou celui-ci et l’aponévrose des muscles sous-jacents. Légère imbibition séreuse des tissus voisins. Le sang, les ganglions, n’ontrien d’anormal. — Poumon : embolies graisseuses non colorées assez abondantes.
LapiN XI. — Quatre injections. Assommé dix-sept heures après. — Légère augmentation des globules blancs du sang; extrêmement peu de granules brillants résistant à l’acide acétique. — Poumon : embolies non colorées peu abondantes. — Ganglions Iymphatiques: à l'œil nu ils ont en général la couleur blanche habituelle; par places cependant il y a une coloration nettement grisâtre. Sur les coupes, beaucoup de petites granulations réfringentes inattaquables à l’acide acétique; pas de grosses cellules violettes. — L'huile injectée sur le dos a glissé jusque sous le ventre, et la paroi abdominale est le siége d’une infiltration séreuse très-abondante, rouge-noir grâce à son mélange avec l’huile.
Lapin XII. — Lapin sain, non injecté. Assommé de la même manière que les précédents par un coup sec sur la nuque. Le sang retiré de l’oreille immédiatement avant la mort présente un nombre considérable de globules blancs, pour le moins autant que chez les lapins injectés; mais pas de gra-
nulations brillantes résistant à l’acide acétique. — Poumon : infiltration sanguine à la base des lobes supérieurs. — Embolies graisseuses abon-
dantes, non colorées, disposées en bulles réunies en chapelet dans les petits vaisseaux; ou bien en boyaux homogènes, anastomosés dans les réseaux capillaires. — La dissection de la nuque et du crâne permet de constater un abondant épanchement sanguin dans les parties molles et une fracture de l’occipital, dont un fragment est presque complétement détaché et enfoncé contre la moelle allongée.
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Lapin XIII, — Cinq injections, aux quatre pattes et sur le dos. Vingthuit jours après il est assommé comme les précédents. Ganglions lymphatiques très-volumineux, offrant l’aspect marbré déjà décrit. Le ganglion de l’aisselle droite atteint la longueur de 4 centimètre; celui de gauche est trois fois plus petit; il est à remarquer que l'injection est en grande partie ressortie par la piqûre à gauche, tandis qu'à droite elle à parfaitement réussi. Ganglions poplités et inguinaux atteignant le volume d’un haricot. — Sous la peau, les couches celluleuses aponévrotiques présentent des taches d’un violet grisûtre; sur de petits fragments de ces toiles celluleuses, on voit au microscope (obj. 7 Vérick) de grandes masses violettes, remplies de petites granulations graisseuses ; et, éparses dans le tissu, beaucoup de gouttes d'huile de grosseur très-variable, auxquelles il est le plus souvent impossible de reconnaître encore une coloration rosée. Sur les coupes des ganglions, on voit les cellules lymphatiques normales ; et les gros éléments, remplis de granulations réfringentes, et présentant une coloration diffuse louche, d’un violet un peu jaunâtre. Poumon : passablement d’embolies graisseuses non colorées.
Lapin XIV. — Quatre injections. Tué trente jours après, par section des vaisseaux du cou. Poumon très-congestionné; beaucoup d’ecchymoses dans les lobes supérieurs ; pas trace d’embolies. — Restes des injections et ganglions comme dans le cas précédent. ù
LapiN XV. — Sept injections. Soixante-sept jours après on le tue par section du bulbe en lui enfonçant un bistouri entre l’occipital et la première vertèbre cervicale. L’animal est dépouillé de sa peau. Celle-ci, considérée par sa surface interne, présente aux endroits injectés des plaques d’un rouge foncé, de la grandeur moyenne d’un écu de cinq francs, irrégulières, envoyant de côté et d'autre des prolongements sous forme de trainées, et de taches d’un rouge plus clair. Les plaques ne viennent pas jusqu’à la surface interne de la peau; on ne les aperçoit que par transparence à travers la couche la plus profonde des téguments. Une incision montre en effet que celte dernière est normale et possède la teinte blanc jaunâtre habituelle, mais qwelle est séparée du derme, intact aussi, par un dépôt rouge-noir, pâteux et granuleux, épais de 4 à 1 1/2 millimètre seulement, et dont on peut faire sortir par une forte pression quelques gouttes d’huile rouge. Les taches plus claires environnantes sont aussi dues à la présence de petites nappes très-minces d'huile épanchée dans l’intérieur des couches celluleuses. Au microscope , le dépôt coloré est composé d’huile rouge, disposée en gouttes et nappes d’étendue variable, mélangée de cellules blanches granulograisseuses ; le tout est traversé et sillonné par des faisceaux du tissu con- Jonctif cellulaire qui a été dissocié et s’est écarté pour recevoir l'huile. — Pas trace d’œdème ni d'infiltration séreuse ; les lissus ne sont pas plus riches en sucs que normalement. — Outre les dépôts et les taches rouges, on voit à divers endroits dans leur voisinage une coloration noirâtre du tissu
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lamelleux. Un morceau de toile celluleuse très-mince portant de ces taches, et examiné à un fort grossissement, se montre richement parsemé de petites masses noirâtres el d’autres plus grandes, ovales ou irrégulières, qui paraissent être des cellules du tissu conjonctif infiltrées d’une matière colorante bleu-noir, irrégulièrement répartie. — Poumon normal; pas d’embolie. Les ganglions inguinaux, poplités et axillaires ne sont que légèrement augmentés de volume; ils n’offrent pas les marbrures violet-noir qui ont été notées dans les expériences précédentes, mais ont seulement
une légère teinte grisâtre uniforme.
Lapin XVI. — Cinq injections. Section du bulbe une heure et quart après, Sous la peau, les nappes d'huile injectée se prolongent en certains endroits en trainées irrégulières longues parfois de 3 à 4 centimètres ; elles se sont évidemment formées sous l'influence des mouvements de la peau. Poumon : normal ; pas trace d’embolie.
Lapin XVII. — Deux injections aux cuisses. Assommé au bout de soixante-huit jours. Mêmes résultats que dans le cas XV ; le magma rougenoir, présent aux lieux d'injection, est très-serré, mince, peu étendu; il ne contient certainement pas plus de la moitié ou du tiers de l’huile injectée. Tout autour les tissus sont parfaitement normaux. Pas trace d’embolie.
Lapin XVII. — Sept injections. L’animal est enfermé dans une boîte à double fond de métal, disposée de manière à ce que l’on puisse recueillir l'urine. Au bout de huit heures, on récolte une vingtaine de centimètres cubes d’une urine foncée, brune, trouble, absolument intransparente ; pas trace de graisse à la surface. Au bout d’une demi-heure, elle s’est recouverte d’une très-mince pellicule qui, au microscope, se montre formée d’une multitude de petits globules ronds réfringents, groupés ensemble en grand nombre, et ressemblant tout à fait à de la graisse. Mais l'addition d’une goutte d'acide acétique sous la lamelle les dissout immédiatement, et il se développe de grosses bulles de gaz. Agitée avec le chloroforme, l'urine ne s’éclaircit pas ; au contraire, l'addition d’un volume égal d'acide acétique la rend parfaitement transparente ; elle conserve une légère teinte brun clair. Le lendemain, elle n’a pas changé d’aspect ; on n’y voit nager aucune trace d'huile, et le microscope n’en révèle pas non plus. L’urme nouvellement émise par lanimal présente exactement les mêmes caractères que celle de la veille, et ne renferme pas d’huile non plus. Il en est de même de celle trouvée dans la vessie, à l’autopsie du lapin tué par section des vais- , seaux du cou, trente-trois heures après les injections. Pas d’embolie au
poumon.
Lapin XIX. — L'animal est tué par section du bulbe, vingt-quatre heures après avoir reçu sept injections. Il n’a pas uriné du tout pendant ce laps de temps. La vessie est extrèmement gonflée; elle contient une urine
toute pareille à celle du lapin précédent, et donnant lieu aux mêmes remar- À ques. Pas d’embolie.
Lapin XX. — Sept injections aux cuisses et aux flancs. Tué au bout de sept heures par section du bulbe. Pas trace d’embolies. Un peu d’œdème autour des nappes d'huile injectée.
L'analyse de ces résultats doit surtout prendre trois points en considération : la question de l'embolie graisseuse, le sort de l'huile injectée et celui de l’anchusine.
Pour ce qui est de l’embolie, qu'on veuille bien jeter un coup d'œil sur le tableau ci-joint, où j'ai mis d’un côté tous les cas qui ont présenté de la graisse au poumon, et de l’autre tous ceux où iln'y en avait pas; on constatera bien vite que la présence de l’embolie n’est subordonnée ni au nombre d’injections ni à la survie plus ou moins longue de l’animal, mais uniquement au genre de mort. Tous les lapins qui ont présenté des embolies, sauf un, sont justement ceux qui ont été assommés, (andis que ceux qui en étaient exempts sont morts autrement, sauf un aussi qui fut assommé également. Cette relation évidente entre le fait d’être assommé et celui d’avoir de la graisse dans la circulation pulmonaire ne me frappa qu'après que j’eus déjà fait un grand nombre d'expériences, et m'engagea à tuer un lapin non injecté par la même méthode qui avait servi à sacrifier les autres : il fut assommé d’un coup de marteau sur l’occiput. Le poumon se trouva contenir autant de graisse que dans les cas d’injections; dès lors il était évident que l’embolie devait être attribuée au mode d’exécution, et l'existence d’une fracture de l’occipital dans le cas présent me confirma la chose. On sait en effet que toute fracture donne naissance à l’embolie. Je n'aurais cependant pas cru que celle-ci pût se former pour ainsi dire instantanément (les lapins survivaient au plus une ou deux secondes au choc, et souvent même semblaient victimes d’une mort immédiate) ; il fallait cependant se rendre à l'évidence. J'ai du reste trouvé une confirmation du fait dans une expérience de Halm : un de ses chiens mourut par le chloroforme pendant qu'il lui écrasait la cuisse sous la presse hydraulique; il rencontra une abondance considérable de graisse au poumon. Cela s'explique sans doute par le fait que le plus souvent le cœur ne s’arrète pas immé-
diatement au moment du choc, mais se contracte encore plusieurs fois ; 1l n’en faut pas davantage pour permettre à la graisse d’arriver à son but. Le lapin XVII, qui fut assommé aussi, ne présentait pas d’embolie du tout; cependant il y avait une très-légère fracture de l’accipital, ou plutôt une simple fissure, qui n’a sans doute pas sufli à détruire suflisamment de cellules du diploé pour donner lieu à l’embolie; ou bien le cœur s’est peut-être arrêté subitement. Peu importe d’ailleurs à la question qui nous occupe. L'essentiel est de constater que les injections d'huile n’ont été
PAS D’EMBOLIES. EMBOLIES.