‹ Contribution à l'étude de l'embryologie du diaphragmeChapitre 10 sur 77 · RS CE · texte numérisé non relu

RS CE

Il s’en suit que l’espace précédemment formé des deux golfes est maintenant devenu un lac intérieur séparé de la mer, c’est-à-dire de la zone vitelline. Ce lac, à deux prolongements postérieurs, entièrement entouré de mésoderme, est le proamnios, et ainsi il possède bien les caractères énoncés ci-dessus. Ses limites sont: en arrière, une ligne demi-circulaire : le bord antérieur de la corne médiane; en avant et latéralement: les bords internes des deux cornes latérales, maintenant réunies, qui, par suite de leur fusion antérieure, représentent encore une ligne demi-circulaire. Voir schéma IL. (pr = proamnios ; 1, 2, 3 — les trois cornes primitives).

Van Beneden et Julin (1884) (1) et Ravn (1895) ont spécialement étudié au point de vue du proamnios les embryons les moins âgés. Le plus jeune embryon de lapin examiné par eux était pourvu de érois paires de protovertèbres, et son proamnios était circonscrit par deux arcs de cercle concentriques et presque en contact aux points À et A’; ce qui restreignait l’espace didermique à l’état presque linéaire, dont la lune, dans ses premiers jours, offre une saisissante image: les cornes de la lune dans cet état marquent les extrémités du proamnios, ses prolongements, indiqués par À et A’.

À 5 paires de protovertèbres (d’après Van Beneden et Julin, et Ravn) les arcs de cercle entre lesquels se trouve le proamnios ne sont déjà plus concentriques; la lune commence à vieillir ; elle est vers son premier quartier. Finalement, on arrive à l’embryon de 7 protovertèbres (2) où l’on voit une distance relativement grande entre les deux arcs de cercle qui limitent le proamnios, si bien que ce dernier acquiert une notable largeur et qu'il devient comparable à un croissant turc, comme l’a décrit Ravn (1895) (3).

Il est bon de faire remarquer dès à présent que la classification des embryons d’après le nombre de leurs protovertèbres n’est pas absolue et que ceux du même âge peuvent très bien avoir un nombre de protovertèbres différent. La longueur de l'embryon n’est pas une meilleure indication, elle est excessivement variable. Si j'emploie telle ou telle classification, c'est parce qu’elle m'est imposée par les auteurs qui se sont occupés de ces questions et ont fait des recherches personnelles sur ce sujet. Pour moi, faisant l'office de compilateur et d’artisan de synthèses, il m'est impossible de m'’affranchir

1. Les dates sont en quelque sorte les n° d'ordre des sources, puisqu'elles sont placées par ordre chronologique à la bibliographie.

2. C'est-à-dire 7 paires de protovertèbres, et souvent on verra ainsi dans cette thèse le mot : protovertèbre pris pour paire de protovertèbres.

3, Voir la fig. 1 (en couleurs) pr. dépourvue de couleur rouge. Par suite du développement des différents tissus, le proamnios arrive à encadrer un tiers de la longueur de l'embryon (Brachet).

Er

complètement des données fournies par les investigateurs qui m'ont précédé (1).

Une question qui se pose maintenant est celle de savoir la distance qui sépare l’un de l’autre les deux feuillets du proamnios, c’est-à-dire l’endoderme et l’ectoderme. Cette distance est-elle réelle — nulle — ou même y a-t-il adhérence intime ? Il est bien difficile de conclure, car les auteurs ne s’accordent pas toujours à ce sujet, et la raison en est l’action variable des réactifs qui modifient et transforment l’état primitif et naturel des formations embryonnaires.

Mais le mésoderme est le feuillet qui se clive, c’est-à-dire se divise en deux couches ou lames : 1° d’une part, le feuillet superficiel (de Tourneux) [feuillet cutané primitif — couche musculaire (de von Baer) — lame musculaire supérieure (de His) — feuillet musculo-cutané] qui, s’unissant à la face profonde de l’ectoderme forme, avec lui, la somatopleure de Balfour ou lame somatique; et 2° d’autre part, le feuillet profond (de Tourneux) [feuillet fibro -intestinal — lame vasculaire — lame musculaire inférieure (de His) | qui, uni à l’endoderme, constitue la splanchnopleure (de Balfour) ou lame splanchnique. Entre ces deux lamen est le cœlome, ou cavité générale du corps.

Le cœlome étant la cavité propre du mésoderme, est toujours séparé, par une portion de ce feuillet, des autres tissus {au moins primitivement }— par conséquent, il n’atteint jamais

1. Pour le même développement on observe parfois des écarts de plus d’une demi-journée d'âge. C’est ainsi que Uskow dessine un embryon de lapin qu’il déclare âgé de neuf jours et cependant en tout comparable à un embryon de lapin déjà étudié par His auparavant comme ayant seulement huit jours. — Une raison de ceci est que nous ne connaissons pas le moment exact de la fécondation et que Leeuvenkœck a constaté des spermatozoïdes mobiles dans l’uterus et les trompes d’une chienne (par conséquent encore fécondants) plus de trois heures après la copulation, et Bischoff, Prévot, Dumas ont observé le même phénomène chez la chienne, la lapine, non pas trois heures, mais jusque six et huit jours après la copulation, (Mathias Duval). Mais habituellement on peut dire que les premières protovertèbres apparaissent vers la fin du septième jour chez le lapin.

le proamnios, seulement didermique, mais en reste séparé par une bande de mésoderme non clivée, qui demeure indivise.

Par suite, l’on comprend l'importance de l'existence et de la forme du proamnios pour la configuration et les rapports des cavités cœlomiques, puisqu'il limite le mésoderme, condition première de leur existence.

Le proamnios, en effet, par le simple fait de son existence, détermine l’apparition de la bande mésodermique indivise, non clivée, qui l’enserre comme le fait une bague par rapport à un doigt, et contre laquelle vient buter le clivage qui engendre les cavités cœlomiques. Cette bande a naturellement une forme semblable à celle du proamnios et peut être représentée, à ce stade, par la coupe d’un cuir embouti ou celle d’une sonde intra - utérine de Budin, autrement dit présente l’image de deux U emboîtés l’un dans l’autre. — Dans sa concavité, à l’intérieur du proamnios, est circonscrite une partie spécialisée du cœlome qui n’est autre que la cavité pariétale: cette expression a été inventée par His; elle a un certain nombre de synonymes dont ce n’est pas le moment de faire l’énumération ni la critique (1). Or cette bande mésodermique solidaire du proamnios subit toutes ses fluctuations et finalement sert de point d'attache ventrale du diaphragme, mais cette question n’est pas à envisager présentement: elle le sera plus loin (2).

Les tissus formés sur la vésicule germinative (de Ravn), c’est-à-dire la vésicule blastodermique, sont les uns embryonnaires, les autres extra-embryonnaires, et un simple sillon sépare les premiers des seconds. Ce sillon est divisible en deux moitiés, symétriquement disposées par rapport à l'axe médian (représenté matériellement par la ligne primitive et son prolongement, la gouttière médullaire) dont elles s’éloignent peu à peu. Or, le déplacement de ce sillon, formant la

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