OBSERVATION PREMIÈRE
Présentation de l'épaule (version)
Georgina B..., bouchère, 37 ans. — Le 7 mars 1896, à 8 heures du soir, cette femme était en travail depuis le matin 9 heures. La sagefemme qui l’assistait lui donna, à 3 heures, deux cachets d’un gramme de seigle ergoté. Voyant à 5 heures que l'accouchement ne se faisait pas, elle ordonna, sans faire aucun examen, deux autres cachets à la même dose. Malgré cette administration, le travail n'avança pas, et à 10 heures, on fit appeler un docteur, qui constata
une présentation de l’épaule et essaya en vain de faire la version.
Voyant le cas très difficile, on fit appeler le docteur Lautard. La version est encore essayée, mais il est absolument impossible de pénétrer dans la cavité .utérine et de saisir le pied. La femme est chloroformisée jusqu'à résolution complète, mais la difficulté de pénétration persiste toujours. La femme est amenée à l'hôpital à 6 heures. Le docteur Gaziglia fait plusieurs tentatives de version, mais l(oujours en vain. On se décide à faire la décollation quand, tout à coup, lorsque la femme est dans un état de coma chloroformique, on a un relâchement relatif qui permet de faire la version. La délivrancé ne se fait qu'une heure après.
OBSERVATION Il
Eclampsie (Cloroformisation, version)
Louise G..., 28 ans, tailleuse. Entrée à l'hôpital le 19 octobre, à 11 heures du matin, dans le coma. D'après les renseignements des
MU
personnes qui l’accompagnent, elle aurait eu plusieurs accès d’éclampsie. Examinée à son entrée, on constate un œdème considérable des membres inférieurs et une urine très albumineuse. La matrice fortement tétanisée rend le palper très difficile. On peut cependant poser le diagnostic de grossesse gémellaire. Au toucher, on pénètre avec peine dans une orifice à peine dilaté. La poche des eaux étant intacte on décide d'attendre que la dilatation se fasse pour délivrer la femme. À 2 heures la dilatation est égale à 2 francs, et vu l'état très grave de la malade, on procède à la dilatation manuelle du col, après anesthésie au chloroforme. Cette dilatation est très pénible et, dès qu’elle arrive à permettre l'introduction des quatre doigts on rompt la poche des eaux et avec beaucoup de peine on amène un pied à la vulve. En même lemps, toute la muqueuse rectale sort de l’orifice anal, sous forme d’un gros bourrelet rouge qu'on réduit très difficilement. Les tractions sont faites sur le pied postérieur, et avec une grande difficullé on dégage sa hanche. La hanche antérieure est dégagée avec une difficulté plus grande encore ; 1l en est de même des épaules. La manœuvre de Mauriceau est tentée sans résultat à plusieurs reprises. On fait alors une application de forceps sur la tête dernière et on dégage un fœtus du sexe masculin à l’état d’asphyxie blanche et quinerevientpas. La main introduite dans les voies génitales rompt une autre poche et saisit un pied. On amène un autre fœtus du sexe féminin plus malingre encore que son frère. La délivrance est faite par compressionsur un placenta unique. La matrice se relâche immédiatement et une hémorragie se produit. M. le docteur Lautard introduit alors la main dans la cavité utérine et, après un frottement énergique des parois, le musele se contracte.
La femme meurt quelques jours après, malgré les soins dont elle était entourée.