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Propriétés électriques. — 1° Tous les colloïdes possèdent une charge électrique : cette charge est répartie sur les granules ultramicroscopiques ; elle varie en grandeur et en signe d’un colloïde à l’autre. On distingue donc des colloïdes positifs et des colloïdes négatifs. Les colloïdes qui nous occupent, sont négatifs (c'est-à-dire chargés d'électricité négative) au même titre que le glycogène, la lécithine, l’amidon, etc.
Les réactions produites par les colloïdes dépendraient, en grande partie, de cette charge électrique.
2° La mesure de la conductivité électrique d’une solution métallique stabilisée reste, au même titre que la solution pure de Bredig, de l’ordre de grandeur de celle de l’eau distillée ; il n’y a donc pas avec le temps formation d'électrolytes.
3° Transport électrique. — Le passage du courant dans un tube en U renfermant une solution de métaux colloïdaux isotoniques, détermine le transport des grains d’un pôle vers l’autre: dans l’une des branches du tube le liquide devient totalement incolore, tandis que dans l’autre la coloration se fonce : dans ce dernier, en effet, les grains de métal se sont accumulés.
Dialyse et Filtration. — Les colloïdes métalliques électriques placés dans un dialyseur en collodion, ne laissent passer aucun électrolyte ; c’est la preuve: que le métal tenu en suspension y est exclusivement à l’état colloïdal. Or, un colloïde stabilisé ayant une ancienneté de deux ans donne les mêmes résultats.
Pouvoir catalytique. — C’est là une des propriétés les plus intéressantes et surtout des plus importantes des colloïdes électriques, car, lorsqu'on veut étudier l’action
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des métaux colloïdaux sur l'organisme vivant, ce qu’il importe de connaître, c’est le pouvoir catalytique de ces métaux.
Cette propriété mérite donc quelques éclaircissements. Pour ce faire, nous nous sommes inspiré de l’article clair et simple, publié à ce sujet dans la Revue générale des Sciences (15 octobre 1905) par M. le professeur P. Sabatier, de l'Université de Toulouse.
« Diverses réactions chimiques, dit cet auteur, ne peuvent se produire qu'en présence de certaines substances qui se retrouvent inaltérées après la réaction. On a donné le nom catalyse à ce mécanisme particulier et l’on désigne sous le nom de catalyseurs les substances spéciales dont le contact est utile ou indispensable pour provoquer les transformations chimiques et qui n’y subissent, au moins en apparence, aucune modification.
« Les métaux précieux, le platine en particulier, sont des agents classiques de catalyse.
« Les métaux catalyseurs interviennent dans les réactions par leurs surfaces : leur activité chimique est done proportionnelle à l'étendue de ces surfaces. Leur action utile ne pourra s'exercer que si ces surfaces sont très étendues par rapport à leur masse. »
Or le maximum de surface n'est-il pas obtenu par l'état colloïdal, puisque une solution colloïdale à grains fins titrant deux grammes par litre de substance, contient en moyenne un milliard de grains par millimètre cube ?
« L'activité du métal catalyseur se maintiendra intégralement, ajoute le professeur Sabatier, tant que l'étendue et la nature des surfaces utiles ne seront pas modifiées. »
Mais si, réellement, cette action catalytique des métaux colloïdaux se produit dans l'organisme, la stabilisation
de ces métaux devient excessivement importante au point de vue de la persistance, de l’activité du métal.
Voici une expérience (1) qui donne une idée saisissante de l’action catalytique : elle est due à M. Lebon :
« Prenez, dit l’auteur, de la poudre d'aluminium, jetezen quelques grammes dans une solution de sublimé, puis, après agitation, lavez vivement dans un grand courant d'eau; après quoi vous jetez la poudre sur un filtre. Immédiatement la masse se gonfle, se boursoufle en même temps que sa température monte au-dessus de 100°, tandis que la vapeur d’eau s'échappe. Mais ce n’est pas seulement de l’eau qui s'échappe, c’est de l'hydrogène, comme vous pouvez le constater en enflammant les bulles qui crèvent. C’est que l’eau, retenue par la poudre, est attaquée par le métal et lui fournit l'oxygène nécessaire à la formation de l’alumine, phénomène qui libère une quantité proportionnelle d'hydrogène.
« Pour produire ces effets intenses, il a donc suffi d’une infime quantité de mercure et, assurément, c’est bien d’une action catalytique qu'il s’agit ici, car le mercure a été divisé à l'infini et se trouve, par ce seul fait, avoir acquis des propriétés diastasiques. C’est un effet de même ordre qui se produit dans l’action des solutions de métauxferments : seulement les effets sont infiniment plus faibles que dans l'expérience que je viens de décrire..... »
Il semble bien qu'on trouve réunies dans cette expérience saisissante les trois actions d’oxydation, d’hydrogénation et de séparation moléculaire que cite le professeur Sabatier à l’actif des catalyseurs. |
(1) Bardet — Bulletin de Thérapeutique. — Communication du 22 Janvier 1907.
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Pour mesurer ce pouvoir catalytique des solutions colloïdales on met à profit l’action décomposante qu’elles exercent sur l’éau oxygénée ; on mesure la vitesse de décomposition de l'eau oxygénée et on exprime le pouvoir catalytique des métaux colloïdaux par un nombre représentant la proportion d'eau oxygénée (évaluée en centièmes) décomposée par le colloïde, en une minute, à la température de 37°.
Le pouvoir catalytique varie d’un colloïde à l’autre, et, pour un même colloïde, il varie suivant la grosseur des grains ; il est d'autant plus grand que les grains sont plus petits, à teneur en métal égale.
L'expérimentation a de plus démontré que de deux colloïdes différents, de concentration et de grosseur de grains égales, le plus actif thérapeutiquement n’était pas toujours celui dont le pouvoir catalytique était le plus élevé. Souvent, en effet, employés aux mêmes doses, ces deux colloïdes différents, et partant, de pouvoir différent, ont la même activité thérapeutique.
Par exemple, l'argent, à petits grains, ayant comme pouvoir catalytique 25 est aussi actif que du palladium de pouvoir 250 et beaucoup plus actif que du palladium de pouvoir 125.
ACTION DES COLLOÏDES LES UNS SUR LES AUTRES. — Les colloïdes ont beaucoup d’affinité les äns pour les autres, ils forment entr'eux des complexes qui acquièrent des propriétés nouvelles ; ils forment dans l'organisme des complexes avec les divers colloïdes qui constituent les liquides organiques.
C’est à cette formation que l’on doit attribuer l’action si intense exercée par les colloïdes sur l'organisme.
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On a suffisamment démontré aujourd’hui (Arrhénius, Nernst, Victor Henri, Biltz, etc...) que l'action des antitoxines sur les toxines se ramène à des actions de colloïdes les uns sur les autres. « Les réactions de l’immunité, dit M. Iscovesco, sont donc des réactions entre plusieurs colloïdes différents ; elles obéissent aux lois générales des actions entre les colloïdes. »
b) Propriétés bactéricides
Les métaux colloïdaux sont des antiseptiques puissants, plus puissants même que certains antiseptiques réputés comme tels jusqu’à ce jour.
C'est la conclusion des recherches faites dans le laboratoire, par Victor Henri et M" Cernovodeanu:; ces auteurs ont démontré que le bacille du charbon ne pousse pas sur un milieu contenant 1/50.000 d'argent. Les expériences ont du reste été nettement concluantes avec l’Ag. à petits grains surtout. Charrin, Victor Henri, Monnier-Vinard insistent, eux aussi, sur l'importance qu’il y a-à servir de solutions à petits grains. « Les expériences faites, disent-ils, nous permettent de dire que les résultats très encourageants que nous avons obtenus sont dus au colloïde à petits grains ; le colloïde à gros grains, à beaucoup près, ne semble pas aussi efficace. »
Des recherches ont été faites aussi sur la résistance in vitro du bacille pyocyanique. Des milieux de culture, additionnés de 1/50.000 d’Ag. colloïdal, sont restés stériles après ensemencement de bacille pyocyanique ;
ce même bacille a été atteint dans sa fonction reproductrice avec 1/100.000 de solution colloïdale.
Le professeur Charrin, MM. Chirié, Monnier-Vinard, ont
étudié l’action des solutions d’Ag. sur le pneumoccoque ;
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par des expériences in vitro, ils ont montré qu’une « culture additionnée de 1/80.000 d’Ag. colloïdal reste stérile après ensemencement de pneumoccoque ».
L'action bactéricide de l’Ag. colloïdal a été également démontrée sur le bacille d’Eberth, le coli-bacille, le bacille de la dyssenterie, par V. Henri et M"° Cernovodeanu (1).
L'expérimentation a alors été faite sur les microbes in vivo. Les résultats ont été très heureux. Deux lots de souris blanches, inoculées avec le pneumoccoque, étaient mises en expérience : le premier lot, traité par l’Ag. colloïdal isotonique à petits grains, survivait définitivement à l'infection, tandis que le lot témoin mourait dans les 30 ou 40 heures qui suivaient.
De là cette importante conclusion que dégageait de ses expériences le professeur Charrin : «L’Ag. colloïdal à petits grains est plus nuisible pour les bactéries que les sels de mercure.
« Réputés très antiseptiques in vitro, ces sels ont une activité anti-microbienne plusieurs milliers de fois plus faible. »
c) Propriétés physiologiques
Il restait à démontrer que cette action, si efficace sur le microbe, n’était point dangereuse pour l'organisme porteur de l'infection et que le vieil aphorisme « qui vise le microbe abat le patient » n'était point vérifié une fois de plus.
On savait déjà depuis longtemps que lAg. colloïdal chimique introduit dans l'organisme était inoffensif. Les
(1) Pour ces mêmes auteurs, l’action bactéricide du palladium électrique est considérable (Communication orale faite à M. Iscovesco), Presse Médicale, 8 mai 1907. .
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expériences de Gompel et Victor Henri montrèrent qu'il en était de même pour l’Ag. colloïdal électrique. On s’est, depuis, rendu compte de légale innocuité de l'or, du platine, du palladium colloïdal électrique. |
Il devenait, dès lors, très intéressant de noter l’action physiologique du métal colloïdal ainsi introduit dans l'organisme.
Des expérimentateurs avisés, tels que Gompel, Victor Henri, Achard, Emile Weill, le professeur Charrin, notérent au point de vue physiologique une série d’actions très intéressantes.
Ils constatèrent tout d’abord une élévation de la température, élévation passagère, qui se produit une heure ou deux après l'injection ; la température redescend ensuite et revient vite à la normale. Il se produit en même temps une légère augmentation de la tension artérielle, mais passagère elle aussi.
Aucune modification sur la respiration ne fut remarquée, pas plus du reste que sur la fréquence des battements du cœur. Achard et Emile Weill remarquèrent après une injection d’Ag. une réaction très nette des organes hémato-poïetiques et du sang.
Avec eux également, le professeur Robin put constater des modifications leucocytaires appréciables à la suite d'injection de colloïdes électriques.
Pour Iscovesco «ces modifications consisteraient en une leucocytose polynucleaire plus ou moins durable (3, 4, 5 jours); elle serait alors remplacée par une mononucléose secondaire avec eosinophilie ». L’examen microscopique des organes montra « les réactions fonctionnelles caractéristiques d’un processus phagocytaire exagéré ».
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Le professeur Charrin a constaté l'élévation du quotient azoturique et de la thermogénèse.
Pour le professeur A. Robin « l'azote total, l'urée, l'acide urique, le coefficient d'utilisation azotée augmentent après l'injection de ferments métalliques ; elle:atteint son maximum de 24 à 72 h. après l'injection ». Pour lui également on constate nettement le relèvement du quotient respiratoire.
Que deviennent, dans l'organisme, les métaux ainsi introduits ? où peut-on les retrouver ? Des recherches ont été faites, dans le sang et dans les tissus d’un organisme ainsi traité, par V. Henri et Gompel.
Ils se sont servis de l’ingénieuse méthode spectographique de M. Urbain, qui consiste à photographier le spectre ultra-violet, obtenu en faisant jaillir l'arc électrique entre deux charbons, dont l’un est creusé d’une petite cupule renfermant quelques parcelles de la substance à étudier. Cette. méthode est extrêmement sensible, au point de déceler jusqu'à un cent millième du poids de la substance recherchée.
40° d'Ag. colloïdal électrique à petits grains furent injectés dans la veine saphène interne d'un chien. Un échantillon de 5% de sang prélevé dans la fémorale — 1° deux minutes ; 2° une heure ; 3° trois heures ; 4° vingt heures après — montra d’une façon très nette la présence d’Ag. colloïdal. *
Par la même méthode, ces auteurs constataient que l'Ag: colloïdal passait dans la bilé, l'urine, le suc pancréatique ; il ne fut jamais retrouvé dans le liquide céphalorachidien. Cette constatation a montré la nécessité de se servir de la voie intra-rachidienne dans le traitement, par l’électrargol, des phénomènes de méningisme.
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Ces expériences furent renouvelées après injection intra-veineuse , intra-pleurale , intra-péritonéale, souscutanée et après ingestion par la bouche ou par le rectum.
On peut donc en conclure que l’Ag. colloïdal et les autres métaux ne sont pas nuisibles pour l'organisme, que, de plus, ils sont rapidement éliminés par le rein.
« Il me semble, dit M. Sée dans les conclusions de sa thèse, que ce ne soit pas l'or, l'argent, le platine qui agissent en tant que corps spécifiques, mais bien de la matière métallique à l'état radiant. »
d) Propriétés thérapeutiques
Telles sont-les intéressantes propriétés de ces métaux colloïdaux, que le professeur A. Robin a qualifiés, avec tant d’à-propos, de « ferments métalliques ».
Il n’en fallait pas davantage pour engager les cliniciens à faire l'essai de ce médicament si merveilleusement armé pour la défense de lorganisme. Le. professeur Robin (1) n’avait-il pas amplement démontré, dans ses nombreux travaux, que Faction des ferments métalliques se manifeste par une augmentation intense des échanges? N’avait-il point suffisamment prouvé, avec des chiffres à l'appui, que « l’oxydase inorganique de Bredig » (c’est ainsi que cet auteur appelle les solutions colloïdales) facilite et active les combustions au même titre que l'oxydase organique ?
De nombreuses observations cliniques vinrent bientôt homologuer les assertions . de Victor Henri, Gompel, Robin, Bardet, etc. « Les colloïdes introduits dans l'économie, avaient une action réelle sur les éléments
(1) A. Robin, Société de Biologie 1904 : Les Ferments métalliques.