CHAPITRE XI
Traitement et prophylaxie
En exposant rapidement les principales méthodes de traitement employées contre l’encéphalite épidémique polymorphe, nous dirons quelques mots sur les résultats que nous avons obtenus chez nos jeunes malades à la suite de l'emploi de certaines médications.
Par analogie avec les méthodes employées conire la poliomyélite, on a cherché à utiliser le sérum des malades convalescents d'encéphalite pour faire des tentatives thérapeutiques. Un certain nombre d'auteurs ont obtenu des résultats satisfaisants, au moins en apparence, par ce moyen, mais ces tentatives de sérothérapie sont encore trop peu nombreuses pour autoriser un jugement. Nous avons vu également, chez des adultes, une certaine amélioration se produire à la suite de plusieurs injections sous-cutanées successives de 10 eme de liquide céphalo-rachidien du malade lui-même, injections pratiquées à quelques jours d'intervalle l’une de l'autre. Ces essais avaient été tentés sur des encéphalitiques atteints de syn-
drome parkinsonien et dont l'affection évoluait depuis plusieurs mois.
A défaut d'un traitement spécifique, le médecin ne dispose guère que de moyens palliatifs. pour combattre la maladie. Aux phénomènes d’excitation du début, aux mouvements myocloniques et choréiques, on oppose toute la série des sédatifs du système nerveux : les bromures, le chloral, la morphine et les opiacés, divers hypnotiques et analgésiques.
Bien entendu, la morphine et les opiacés ne peuvent être recommandés chez l'enfant.
Le Gardénal (nom français du luminal) a été employé chez un de nos jeunes malades : M... Charles (obs. n° VID), qui présentait de l’anorexie mentale avec toux spasmodique diurne. Il n'a pas donné de résultats bien nets : au contraire, avec son administration coïncidèrent des cauchemars et une certaine agitation nocturne.
Le bromure de potassium, que l’on avait essayé également chez lui, ne provoqua aucune sédation des phénomènes. |
On peut aussi employer les antispasmodiques : entre autres l’atropine et le bromhydrate de cicutine, la scopalamine, mais ces médicaments sont très dangereux à manier chez l'enfant.
Les stimulants sont prescrits contre les phénomènes de dépression : la somnolence, l'asthénie, les parésies, On donne la strychnine, Flacétate d'ammoniaque. On peut aussi employer l’adrénaline et tous les toni-cardiaques en cas de faiblesse du myocarde.
Une série de médicaments employés dans D infections générales ont été recommandés avec des succès divers, La quinine et l’arsenic associés ont été conseillés,
ob
M. Lesé, dans l’encéphalite myoclonique des enfants, a obtenu de bons effets de la liqueur de Boudin employée comme dans la chorée. Elle a d’ailleurs les mêmes indications en cas de mouvements choréiques po:t-encéphalitiques simulant la chorée de Sydenham.
Le cacodylate de soude à haute dose a été employé contre le syndrome parkinsonien.
Chez un de nos jeunes malades : L... Henri (Obs. n° ID), M. le Prof HausHALTER nous avait conseillé de faire des injections intra-veineuses de cacodylate de soude, Ne constatant pas d'amélioration nette au bout d’un certain nombre d'injections, mais plutôt de l’amaigrissement et de l'énervement du sujet, notre maître fit pratiquer des séries d'injections sous-cutanées de cacodylate, avec des intervalles de repos. Cette méthode fut continuée pendant toute la durée du séjour de l'enfant à l'hôpital : le jeune garçon s'en trouva fort bien et gagna du poids, tandis que l'état général se maintenail excellent.
Le néosalvarsan a été tenté par M. Neïrer, mais sans résultat. L'urotropine a rencontré beaucoup de faveur elle est encore employée actuellement contre l'encéphalite. Chez L... Henri (Obs. n° Il), nous avions cssavé des injections d'urotropine avant le cacodylate de soude, mais ces essais ne nous donnèrent pas de résultats encourageants.
L'abcès de fixation, selon la méthode de FocniEer, semble avoir donné de bons résultats à certains auteurs, mais surtout à la période de début, à la phase aiguë de l'encéphalite, où il agit sans doute comme dans les autres infections graves de l'organisme au cours desquelles on a coutume de l’'employer. Nous n'avons pas. pu l'essayer chez nos enfants, presque tous étant venus à
l'hôpital à la phase chronique de l’encéphalite ou à la période des séquelles.
Un certain nombre d'auteurs se sont élevés contre l'emploi de cette méthode chez les enfants, qu'ils trouvent trop douloureuse pour ces petits étant donné les résultats aléatoires qu’elle procure. Cependant certaines statistiques de M. Nerrer semblent prouver que labcès de fixation peut donner de bons résultats au moins quant au pronostic vital, s'il est pratiqué dès le début de l'encéphalite.
M. Nerrer conseille également le jaborandi et la pilocarpine (trois à cinq milligrammes chez l'enfant suivant l’âge) comme sialagogue puissant, pour faciliter l'élimination du virus par la salive. En raison des effets de dépression que détermine souvent ce remède, ii conseille de lui associer l’adrénaline.
Les reliquats de l'encéphalite sont justiciables ces moyens physiothérapiques en usage pour les troubles analogues dus aux lésions de l’axe cérébro-spinal.
Pour le syndrome parkinsonien, on peut employer les bains de lumière, l'hydrothérapie chaude, la franklinisation, la rééducation motrice et, pour les troubles myocloniques, la thermothérapie, les courants de haute fréquence sur le rachis, la galvanisation rachidienne et la radiothérapie.
Dans le syndrome : insomnie nocturne avec agitation, en plus des lavements de chloral, on a utilisé avec plus ou moins de succès, la balnéation chaude ou tiède, et surtout les grands enveloppements tièdes qui ont une action vraiment sédative.
Signalons aussi les tentatives de rééducation morale ét intellectuelle que l’on peut tenter chez les jeunes
Te
encéphalitiques atteints de troubles mentaux et d'anomalies psychiques, tentatives qui ne peuvent réussir qu'avec des prodiges de patience, de douceur et de fermeté.
Quant aux mesures efficaces de prophylaxie à employer contre là propagation de l'encéphalite, elles sont encore difficiles à formuler,
Quoiqu'on ait cité des cas indéniables, surtout ces derniers mois, de contagion infantile, isoler ces jeunes malades paraît un peu illusoire, étant donné la grande rareté de cas de contagion intra-hospitalière. Il serait cependant préférable de mettre les enfants atteints d’encéphalite dans des chambres d'isolement ou dans des salles spéciales.
Ce qui semble plus pratique et plus facile à réaliser, c'est pratiquer la désinfection du rhino-pharynx, tant chez les malades que chez les sujets sains plus ou moins exposés à la contagion ou qui ont quelque chance d être porteurs de germes.
On pourra pratiquer cette désinfection et une surveillance spéciale dans les familles, chez les frères ct sœurs des jeunes malades et chez leurs compagnons de classe.
Pour cela, on pourra employer les inhalations et fumigations thymolées et iodo-gaïacolées, les lavages de bouche, les gargarismes au perborate de soude, à la liqueur de Labarraque, les instillations nasales au goménol où au
soufre et à la résorcine.
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