‹ Contribution à l'étude de l'Encéphalite épidémique polymorphe: Chez l'enfantChapitre 9 sur 32 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Symptomatologie de la phase aiguë initiale de l’encéphalite épidémique polymorphe chez l’enfant.

Avant de reproduire les diverses observations que nous avons réunies, nous essaierons de décrire à larges traîts la symptomatologie de l'encéphalite épidémique polymorphe chez l'enfant, telle que nous l'avons vue rapportée le plus souvent par différents auteurs et telle que nous l’avons vue nous-même évoluer chez nos jeunes malades.

On peut considérer trois phases à l'évolution de l'encépbalite épidémique :

1.) Une première phase aiguë, précédée ou non de prodromes : c’est elle en particulier que nous allons décrire dans ce chapitre.

2.) Une phase subaiguë, à évolution prolongée et tendant à la chron'icité, remarquable surtout par des formes très variées et très différentes suivant les individus atteints. C’est elle que nous aurons surtout jen vue lorsque nous décrirons les formes de l’encéphalite chez l'enfant.

Nous décrirons ces formes une à une en insistant sur léurs caractères particuliers, Il nous semble utile de

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signaler ici que ces formes sont loin d'être pures dans leurs manifestations : elles s’enchevêtrent les unes les autres, se combinent entre elles, formait ainsi des types de passage, de transition. Les expressions employées par les auteurs de « formes choréo-athétosiques » ou « algomyocloniques », etc... prouvent bien la multiplicité des formes mixtes, intermédiaires.

Bien plus, ces formes prises isolément présentent des variations considérables dans leur intensité : les unes s’'améliorent rapidement, d’autres traïnent en longueur des mois et des années, Certaines marchent rapidement vers une guérison apparente pouvant durer plusieurs mois, puis surviennent des rechutes ou des recrudescences à la suite desquelles l'état du malade devient plus grave qu'au début. Certaines formes varient même suivant les moments de la journée : cerlains syndromes parkinsoniens, par exemple, sont plus intenses le soir que le matin ou s’exacerbent à la suite d’une fatigue, d’une émotion.

Nous ne saurions assez insister sur l'extrême complexité de tous ces syndromes et symptômes si variés et si variables qui se combinent pt s’enchevêtrent pour donner à l'effection son allure protéiforme et son évolulion « serpigineuse »

3.) Nous terminerons notre description par la phase chrônique de l’encéphalite, dite « phase des séquelles », comprenant surtout le groupe des dégénérescences mentales et des troubles intellectuels.

Voici la description de la phase aiguë, initiale de Pencéphalite polymorphe chez l'enfant

Après une période plus ou moins longue de prodromes assez vagues, la plupart du temps d'ordre mental

(inattention, maux de tête, nervosisme), la maladie débute brusquement, Ces prodromes peuvent cependant manquer ou passer Inaperçus s'ils ont peu d'intensité, (Observate: m°°:1; 111.)

L'affection débute done Je plus souvent très brutalement par une fièvre élevée, des frissons, de la céphalée et une agitation intense avec délire. (Obs. n° I, IE, IE, (VV MEN NI}

On signale quelquefois des vomissements, de la constipation, de la raïdeur de la nuque, mais ces signes d'irritation méningée sont loin d'être constants. L'enfant se plaint souvent de photophobie. Cette agitation très intense peut n'être pas systématisée et consister en mouvements désordonnés, sans aucun rythme, polylalie, incontinence verbale, délire souvent onirique. Gette agitation persiste jour et nuit, mais elle peut alterner également avec des phases de torpeur et de somnolence profonde.

D'autres fois, cette agitation devient choréiforme et donne absolument le change avec la chorée rhumatismale aiguë, ou bien elle se décompose en une série de mouvements athétoïdes, de reptation et de torsion du tronc et des membres sur eux-mêmes. Enfin, l'agitation peut simuler des crises d’épilepsie plus ou moins fortes, alternant avec les phases de dépression et de torpeur dont nous avons déjà parlé plus haut.

Cette agitation dure peu en général et cesse au bout d'un jour ou deux, mais elle peut aussi persister davantage.

Elle fait alors place à un sommeil profond, à un état de somnolence telle que lenfant qui s'y trouve plongé ne peut en sortir de lui-même, Les parents sont obligés

de l'appeler et de le secouer vivement pour le faire sortir de sa torpeur dans le but de le faire boire et de l'alimenter. L'enfant répond aux questions"qu'on lui pose plus ou moins bien, comme une personne que l'on tire d'un profond sommeil et qui a hâte de s’y replonger, mais on a l'impression qu'il vous comprend. Ce n'est pas du coma, mais c’est un état léthargique très net. Le délire, sous forme onirique, peut persister pendant cette période, au moïns au début.

Cette phase de somnolence dure en général huit à douze jours, mais elle peut être plus courte ou plus longue. À la fin de cette période, à moins qu'il n'ait succombé dans l'intervalle, l'enfant s’éveille de lui-même et, à partir de ce moment, la somnolence va diminuer progressivement pour ne plus reparaître que sous forme d'accès de sommeil survenant d’ailleurs à des heures assez régulières dans la journée. Ces accès de sommeil diminuent progressivement de durée, s’espacent de plus en plus et peuvent même complètement disparaître sans laisser aucune trace.

À noter jci que la fièvre tombe d'habitude avec l’agitation du début ou tout au moins, si elle persiste, devient très modérée, oscillant entre 37°5 et 38°5 pour disparaître peu à peu.

Les enfants que nous avons eu l’occasion d'examiner ne se sont pas plaints vivement de troubles visuels ; quelques parents ont signalé que tel petit malade avait présenté de l’amblyopie ou de la diplopie pendant quelques jours, mais ces symptômes ont semblé toujours relativement fugaces chez les enfants et n’ont pas fortement attiré l'attention des parents.

Les symptômes d'irritation méningée apparaissant

quelquefois au début de l’encéphalite, cèdent, eux aussi, très rapidement.

Lorsque l'enfant est sorti ds la phase de tarpeur et de léthargie que nous avons décrite, il semble entrer en convalescence. Les forces et l'appétit reviennent peu à peu, les parents se réjouissent et le croient hors de danger, quand, quinze à trente jours plus tard et quelquefois même beaucoup plus longtemps après, ils constatent un changement de caractère chez leur enfant. Celuici devient nerveux, inattentif en classe, désobéissant ou taquin : cet état se prolonge et va en s'aggravant : on traite l'enfant de paresseux. Un peu plus tard, l'enfant devient triste, ne sourit plus, ne joue plus ; son visage semble fermé, sournois, le faciès devient figé et soudé ; l'enfant debout se penche en avant, se voüle ; ses mouvements, d’abord lents, deviennent raides, saccadés : : il a de la peine à s'habiller seul où à manger ; il s'arrête au milieu d’un geste ébauché, d'un mouvement commencé. Un autre jour, on s'aperçoit qu'il titube en marchant comme s’il avait du vertige et même qu'il tombe soit en avant, soit en arrière, soit d’un certain côté, mais toujours le même. Souvent aussi, l'enfant se plaint d'avoir beaucoup de salive et se met à baver ; il avale‘ difficilement ses aliments et s’étrangle. IL prend des attitudes catatoniques. Le petit malade est entré dans le syndrome parkinsonien encéphalitique, forme si fréquente de l'évolution subaiguë ou chronique de l'ericéphalite polymorphe.

Quand l'enfant échappe à la forme parkinsonienne 1 lencéphalite, c'est pour tomber de Charybde en Scylla on peut voir apparaître chez lui soit un syndrome choréiforme, soit un syndrome myoclonique ou athéthoïde,

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tous symptômes sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir plus en détail lorsque nous décrirons les diverses formes de l’encéphalite. Toutes ces formes peuvent se combiner entre elles et, chez le même individu, on peut signaler le syndrome parkinsonien associé à des secousses myocloniques et à des mouvements athétoïdes, sans parler des troubles psychiques êt mentaux qui peuvent aller jusqu'à la psychose et à la démence.

Ces troubles mentaux, qui surviennent un temps variable après la crise aiguë d’encéphalite, mais qui peuvent déjà l’accompagner et même la précéder à titre dé prodromes (chose rare, mais déjà signalée), ces troubles mentaux se manifestent surtout par des modifications plus ou moins profondes de l'intelligence, de la sensibilité et de l’affectivité. Ils se caractérisent par des troubles de la parole, une diminution ou une abolition de la mémoire, des perversions du goût, la diminution de toutes les facultés et aboutissent à la vésanie et à la démence.

En dehors même de ces troubles mentaux, nous assistons presque toujours à des modifications du caractère et à un élat psychique spécial, qui est presque symptomatique du syndrome parkinsonien encéphalitique et qui paraît être un des éléments essentiels de diagnostic entre ce dernier et la maladie 4e Farkinsor.

Ajoutons enfin, comme manifestation fréquente de la phase chronique de lencéphalite, des crises d'épilepsie se traduisant soit par du haut mal, soit par de simples absences, mais qui ne se différencient en rien du mal comitial classique. ST ces crises épileptiques font défaut, elles sont remplacées souvent par des crises de mouvements athé-

toïdes, ou par des myoclonies, des spasmes, des tics des observations très nombreuses en font foi.

L'évolution de l’encéphalite est très longue : on ne peut pas lui assigner de limite dans le temps. Si l’enfant ne succombe pas, les premiers jours, au cours de la poussée aiguë d'encéphalite, rares sont ceux qui échappent à la marche, lente de l'affection, telle que nous venons de la décrire. sommairement. Nous assistons pendant des mois et même des années à l'évolution de la maladie, tantôt avec des possibilités d'amélioration ct de retour presque intégral à l'état normal, tantôt avec une persistance affligeante des symptômes qui ne veulent pas rétrocéder.

Il existe cependant des formes qui ont été suivies de guérison complète.

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