‹ Contribution à l'étude de l'enfance coupableChapitre 26 sur 54 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Henri B., 30 ans. Père alcoolique invétéré. Onze enfants dont six sont morts en bas âge. Parmi les cinq survivants, le troisième a pris des crises pour lesquelles il est resté longtemps en traitement à l'hôpital.

Le prévenu a eu de l'incontinence d'urine jusqu’à dix-neuf ans, et cette énurésis le reprend chaque fois qu'il est en état d'ivresse.

Il a toujours eu depuis l'âge de douze ou treize ans une impulsion irrésistible à absorber des liqueurs fortes. Il n'a jamais rien pu faire de bon à l’école, quoiqu'il y soit resté jusqu’à quinze ans. Mis en apprentissage, il a commencé à faire des bêtises lorsqu'il buvait, se battant avec les ouvriers. 11 a été mis à la porte plusieurs fois. Il part de chez ses parents qui ne le battaient pas, mais qui ne se souciaient guère de lui et ne s'apercevaient pas de ses habitudes de boisson. Il a fait son service militaire dans l’armée coloniale, a pris part à la campagne de Chine, a été condamné neuf fois au service, toujours pour ivresse.

Venu à Lyon dernièrement, il a cherché à se retenir de boire, puis, pris à nouveau irrésistiblement par la soif de l’alcoo)l, il a bu toutes ses économies d’un seul coup jusqu'à son dernier sou, a battu une femme et s’est fait arrêter, ivre-mort.

Strabisme convergent. Asymétrie cranienne gauche, plagiocéphalie, syphilis en évolution, leucoplasie linguale.

Taille ...... 1,73 Tête, longueur. 19,8 Pied gauche 27,1

Envergure.. 1,77 — largeur.. 15,5 Médius — 41,7 Busie 2e 0,915. — zyg.1...M48,8:mAareul 4690 Oreille droite .. 6,6 Coudée — 46,6

Tuberculose, maladies du cœur, maladies nerveuses, alcoolisme, voilà les maux dont nous relevons la trace aisément parmi les épaves recueillies à la prison. Mais

l'héritage des pères chez les enfants qui nous occupent,

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comme dans la société toute entière, est bien plus varié encore et plus complexe, nous ne pourrons jamais arriver à le connaître entièrement. Il est fait des reliquats de toutes les maladies dont nous ne pouvons dévoiler aisément la nature, nous adressant à des enfants peu instruits, ignorant même souvent à peu près tout de leurs parents. C'est la syphilis dont nous devinons bien des fois l'existence, aux ravages qu'elle à laissés. Ce sont les maladies de la gestation par lesquelles la mère imprime à l'enfant une trace indélébile de son mal, par le fait de celte solidarité presque absolue entre la mère et le fœtus que Proust avait bien signalée.

Ce sont les conditions dans lesquelles l'être a été conçu, souvent désastreuses pour ceux que l’on a appelé les « enfants du dimanche », conditions qu'il nous est plus difficile encore d'établir.

b} Hérédité mentale. Milieu familial. — Poursuivant notre plan d'examen, nous sommes conduits après avoir interrogé l'enfant sur les maladiés physiques de ses père et mère à le questionner sur leur mentalité et sur leurs mœurs. Cette enquête, nous ne pouvons la faire que de facon très discrète, mais le plus souvent c'est de lui-mèême que le jeune criminel nous découvre les tares morales de ses ascendants, nous fait toucher du doigt toutes les laideurs du milieu familial où 1l a grandi, toute la corruption de ceux qui devaient lui servir de modèle. Et ce que l'enfant ne nous dit pas, nous le devinons trop aisément. « Les maladies morales sont comme les maladies physiques, a dit Quételet, il en est de contagieuses, d'épidémiques et d'héréditaires. » Cette mfluence de l'héré-

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LME dité psychique ou morale pèse d'autant plus lourdement sur l'enfant qu'elle est liée étroitement à la contagion quotidienne de l'exemple, ce sont les tares mentales déjà imprimées dans l'esprit de l'enfant à sa naissance qui s'affirment et s'accentuent chaque jour dans la vie du foyer où l'enfant retrouve comme dans un miroir les instincts de corruption qui germent en lui.

L'alcoolisme, nous venons de le voir, entraîne fatalement, en même temps que la dégénérescence physique, la dégénérescence mentale. Il réunit tous les facteurs de déchéance organique et psychique et c'est lui que nous allons encore retrouver à la base de toutes les perversions morales héréditaires, et comme agent capital de la corruption familiale.

Voyons parmi les familles des jeunes délinquants quelques exemples de cette dépravation paternelle.

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