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CHAPITRE V

DONNÉES FOURNIES PAR L'EXAMEN MÉDICAL PRINCIPES D'ÉDUCATION DES DÉGÉNÉRES

Comme résultat de l'enquête que nous avons poursuivie, il nous apparaît clairement que le milieu, à lui seul, ne crée pas le criminel, On voit, en effet, dans les milieux les plus souillés, où la contagion est plus typique, des imdividus qui subissent une éducation viciée, des fréquentalions mauvaises sans tomber dans le vice.

Inversement, nous avons publié des observations où, dans un milieu excellent comme moralité et comme exemple, surgissait brusquement un être inadaptable et auquel l'éducation la plus soignée ne pouvait donner des instinets SOCIAUX normaux.

Ces faits s'expliquent très bien si l'on lient compte des données de l'observation médicale. Ces données montrent que, dans l'un et l'autre cas, on se trouve en présence de dégénérés dont la constitution physique et morale explique la facihté de la contagion mentale dans le milieu taré, l'impossibilité de l'adaptation dans le milieu sain.

La question du traitement à appliquer aux dégénérés se résume pour nous en deüx points :

1° Isolement rapide et précoce des individus tarés, sur lesquels toute tentative d'éducation échoue (monstruosités):

2° Education spéciale des dégénérés qui doivent être isolés de leur milieu de contagion et redressés, dans la mesure du possible, par une orthopédie mentale adaptée aux tares constatées par l'observation de chaque enfant.

Qu'étaient-ils, en effet, ces enfants amenés si nombreux à la prison Saint-Paul ? C'étaient, pour la plupart, de pauvres épaves de la société, négligés de tous, courant les rues, n'attirant l'intérêt de personne, chargés pourtant de tares physiques ou morales bien faites pour éveiller l'attention des médecins. Nous avons vu ces tares physiques, et en particulier le {ype infantile, s'accompagner de débilité mentale, de retard dans l'évolution des facultés intellectuelles et morales, entraînant chez les enfants un certain degré d'inaptitude au travail, un état de moindre résistance aux difficultés de la vie.

Nous avons noté dans tous les cas chez les débiles une instabilité absolue du caractère et de la volonté, une tendance générale à se laisser mener par des individus plus forts ou plus habiles qu'eux.

C'est ainsi qu'entrainés par le développement de leurs instincts vicieux, que rien ne vient contrebalancer, favorisés, au contraire, dans leurs penchants par le mauvais exemple du milieu social où ils vivent, ces débiles n'ont pas tardé à devenir des pervertis, et ce sont eux, voleurs et vagabonds, qui peuplent en nombre toujours croissant les établissements pénitentiaires.

Dans d’autres cas, les tares dégénératives ne touchant pas aux attributs du domaine physique non plus qu'à ceux du domaine intellectuel, ont porté tous leurs ravages dans la sphère du sens moral, et nous avons eu des pervers de naissance, dangereux éléments de contagion destinés à rester, d’ailleurs, perpétuellement inadaptables.

Et nous pourrions résumer ceci en ces mots : l'nadaptation sociale est le résultat de l'insuffisance de développement physique, intellectuel et moral, qui empêche, dans un milieu vicié, l’éclosion de l'aptitude sociale.

Ceci nous amène à formuler quelques principes sur l'éducation des dégénérés.

« Les peuples modernes s'occupent assez de l'instruclion qui ouvre l'esprit, mais trop peu de l'éducation qui forme le caractère », a dit M. de Ségur. Il avait raison, mais, à vrai dire, on a à la fois trop médit de l'école et trop fondé d'espérance sur elle. En vérité, il semble bien que la culture intellectuelle soit indifférente au développement des instincts criminels; elle ne fait que dévoiler ces instincts lorsqu'ils existent déjà, mais elle est mca-. pable par elle-même de pervertir l'enfant normal ou de corriger les défectuosités du dégénéré. L'instruction est seulement un moyen dans les mains de ceux qui en usent. S'ils sont vertueux, elle est excellente: s'ils sont pervers, elle ajoute à leur perversion.

Indépendamment de toute instruction, il faut donner à l'enfant, et surtout à l'enfant débile, une éducation irréprochable. Êt avant tout, il faut donner à l'enfant de bonnes habitudes qu'il ne puisse faire autrement que de suivre toujours. C’est par la répétition quotidienne de ses actes que l'enfant forme sa nature, s'accoutume au vice ou à la vertu, la raison de ce qu'il fait ne lui vient que plus tard, et le débile, qui reste toujours un enfant, n’acquiert jamais ce sens de l'appréciation raisonnée de sa conduite; il faut lui imposer une règle absolue qu’il suive automatiquement.

Ce n'est pas par la mémoire, qui, chez le jeune, est

souvent infidèle, qu'on inculquera les principes d’éducalion, ce n’est pas non plus par de savantes explications que l'élève ne comprendrait pas, qu'on établiera les bases d'une vie honnête: c'est par le commandement sans faiblesse et par l'exemple. Il faut, nous disent Huchard et Fiessinger, faire l'éducation du subconscient (1) : « Pour faire des hommes forts et qui ne craignent rien, il faut peu d'explications préalables sur ia direction à suivre. Expliquer, e’est affaiblir. Mieux vaut dire : c'est le devoir parce que c'est le devoir. Toûùte autre argumentation aboutit à l'analvse, c'est-à-dire à la dissociation. Raisonner un devoir, c'est se fournir des motifs pour ne pas l'accomplir. I doit être imposé au nom de principes absolus qu: dépassent l'expérience. À ce prix, une éducalon solide de l'inconscient peut être obtenue et le sujet qui l’a acquise est armé solidement contre les défaillances de la vie. Que cette éducation de l'inconscient soit parfaitement négligée de nos jours, nul n'oserait y contredire... L'accroissement de la criminalité infantile contemporaine, la rupture du foyer familial, la veulerie des honnêtes gens ne reconnaissent pas d’autres causes... On se préoccupe plus de faire des bacheliers que des hommes... Aux parents incombe une grosse part de la responsabilité. On parle souvent de la contagion merveilleuse de l'exemple. Comment agit-1l ? En s'adressant à l'inconscient des intéressés. Les exhortations, les discours sont de peu de prix. On dit que de la discussion jaillit la lumière. Quand des intérêts passionnels sont en jeu, rien de moins évident; chacun s'enfonce dans son opinion et

(1) Hucxaro et Fressixuer. — Clinique thérapeutique du praticien, p. 568-572.

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un peu davantage, sous la pression de la contradiction de l'adversaire. Au rebours, l'exemple n'irrite pas la susceptibilité des amours-propres, il ne s'adresse pas à la raison combatlive, et partant consciente, des intéressés. Lentement, insidieusement, il enveloppe et pénètre. Parce qu'il ne suscite pas l'opposition du sujet, il franchit sans résistance lé barrage des sentiments particuliers, chemine en profondeur et se fixe dans les régions profondes de l'inconscient, d'où, lentement et peu à peu, ou soudain et d'un trait brusque, il envahira le champ de la mentalité consciente qu'il modifiera, transformera, bouleversera à l'insu et souvent au grand étonnement du sujet.

« L'inconscient, pour se laisser pénétrer par l'exemple, a besoin d'une atmosphère où la sympathie et la tendresse demeurent imprégnées de respect. À partir d'un certain âge, le silence et la solitude exercent aussi leur influence en interdisant les agitations de surface, le receuillement favorise le dépôt des matériaux précieux où se cristalhisent les éléments qui font les caractères de haute trempe. Ce sont là méthodes d'application difficile. la fougue de la jeunesse y répugne et il faut déjà être homme pour en connaître le fruit. Aussi bien l'exemple suffit dans l'enfance. Le grand groupe des psychasthénies, édifié par le professeur Raymond et Pierre Janet, englobe une série de troubles qui, tous, prennent leur source dans les régions obscures de notre mentalité obsessions, doutes, scrupules, phobies, autant de maladies de l'inconscient, »

Nous avons tenu à reprodure ici cette page, car les idées que MM. Huchard et Fiessinger y exposent nous

semblent reposer sur le meilleur principe d'éducation qui puisse convenir aux enfants. La tendance la plus développée, peut-être, dans la mentalité infantile, est l'esprit d'imitation. N'est-il pas naturel de mettre à profit cet élément que nous offre la nature pour le convertir en force éducatrice ? Au lieu de faire constamment appel à la raison (le l'enfant, faculté qui ne peut se développer que très tard, n'est-il pas plus simple de se servir de cet instinct qui pousse les petits à inter les grands, en faisant usage pour cela d'un seul instrument : la hberté bien réglée de l'enfant ?

Rousseau, avec son excellent esprit d'éducateur, nous disait déjà, dans son Emile : « Le chef-d'œuvre d’une bonne éducation est de faire un homme raisonnable, et l'on prétend élever un enfant par la raison ! C’est commencer par la fin, c'est vouloir faire l'instrument de l'ouvrage. Emplovez la force avec les enfants et la raison avec les hommes, tel est l'ordre naturel. »

L'enfant imile parce qu'il est essentiellement confiant. 11 reproduit ses éducateurs parce qu'il est porté à croire tout ce qu'il entend dire et qu'il est sûr que cela représente la vérité et la seule conduite à suivre.

Ce caractère d'imitation et de crédulité est plus accentué encore chez le dégénéré, chez le débile, et c’est pour lui surtout que l'on doit prescrire une éducation toute faite de discipline et d'exemple. Le premier devoir sera de ne laisser contracter à ce jeune être faible aucune mauvaise habitude que l’on serait ensuite obligé de combattre. « La seule habitude qu’on doit laisser prendre à l'enfant est de n’en contracter aucune », a dit Rousseau. Au cas où l'enfant serait déjà perverti, l'éducateur aurait pour

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œuvre de substituer lentement toute une série d'impulsions réflexes, nées d'exemples meilleurs, à celles qui avaient directement engendré les tendances dépravées. C'est alors qu'il faut s'aider de limitation, des habitudes saines graduellement introduites par la vie commune avec des personnes honnêtes, pour empêcher à l'idée fixe du mal de se développer ‘complètement et de devenir fatale dans ce terrain trop fertile.

La réunion des âmes perverses engendre un véritable ferment malfaisant: elle renforce la vanité du crime.

Il importe donc essentiellement de ne pas laisser l'enfant en contact avec des éléments de perversion qui rendraient tout effort de correction inutile et infructueux. Il faut à tout prix isoler l'enfant pervers de crainte quil ne contagionne ses jeunes camarades et que lui-même ne devienne pire au contact de ses semblables qui achèvent de le corrompre.

Ce n'esi qu'après avoir classé par une Juste sélection les enfants vicieux en diverses catégories, qu'on pourra entreprendre pour chacun d'eux l'œuvre de réforme nécessalre.

Les degrés de la perversion sont loin de présenter un rapport exact avec les différents âges. Tel enfant de treize ans, que nous avons vu à la prison, était bien plus corrompu qu'un autre de ses camarades âgé de seize ans. L'âge n'est donc pas un critérium pour classer les jeunes délinquants. Ce n'est que par l'étude minutieuse de leur élat mental que l’on peut arriver à faire, parmi eux une juste sélection et établir des groupes, pour chacun desquels on appliquera une méthode d'éducation appropriée.

C’est alors qu'on pourra apporter, suivant les cas, des

mesures de traitement complémentaires, bien adaptées à chaque catégorie d'enfants. Le principe fondamental restera toujours le mème : plier l'enfant aux lois de la sociélé. Mais les moyens pour faire aboutir ce principe varent suivant chaque cas. Ces moyens secondaires seront destinés à rendre l’'éducateur maître de la volonté de l’enfant. On ne peut conduire personne contre son propre vouloir. Il faut donc tout d'abord diriger vers le bien Ja volonté de l'enfant. Et, pour cela, il faut savoir deviner le côté sensible de chaque jeune sujet.

L'éducateur, s'il a su à l'avance étudier et classer les natures perverses, sera bien plus vite maître de ces Jeunes volontés: 1lles maniera, les assouplira à sa guise: les drigera vers le bien. Il donnera à tous l'habitude de la régularité dans le travail, les faits et gestes de l'enfant seront tous dirigés vers ce but : la continuité dans l'effort qui régénère. Sans qu'il s'en doute, le perverti deviendra meilleur, les motifs raisonnables de ses actes n'interviendront que plus tard pour lui faire comprendre que sa nouvelle conduite est la bonne. Nous aurons fait de lui un automate dont nous dirigions au début tous les mouvements: que nous avons lentement redressé et assoupli par une rigoureuse orthopédie mentale et qui, Hvré à Tuimême, enfin, gardera l'impulsion reçue et n'en voudra plus sortir, à cause de-sa faiblesse même qui paralyse en lui toute révolte, lui interdit toute initiative.

Ces principes nous paraissent essentiels pour la sauvegarde des dégénérés. Ils ont pour base les deux éléments primordiaux que nous avons nommés au début de ce chapitre :

1° Isolement de l'enfant dans un milieu sain;

2 Education appropriée aux facultés intellectuelles et morales le chaque enfant.

Mais si l'on peut aisément énoncer des principes, il est bien plus difficile d'en tracer rigoureusement un mode d'application pratique. Nous regrettons qu'il nous soit impossible de dévelepper longuement ce point. Cela nous entrainerait beaucoup trop loin, en dehors des limites de ce travail d'observation clinique.

Bien des méthodes ont été proposées, et nous renvoyons ceux que le sujet intéresse aux études très sérieuses déjà publiées sur la question.

M. Dupré, dans son rapport au Congrès de Tumis (1), lient pour une illusion l'amendement moral du pervers. La plupart de ces enfanlis, en effet, sont des délinquants récidivistes qui démontrent, par leur vie même, leur « inintimidabilté » par la peine. Ce sont là, en effet, des dégénérés congéuitaux et nous croyons l'éducation impuissante à corriger des lésions établies. Rappelons l'observation de ce petit sadique que M. Et. Martin à vu à la prison, et qui coupait les jarrets des vaches avec une faux. enfonçail des pieux dans l'anus des truies et avait noyé un enfant dans un baquet. Pour ces enfants-là, la répression devrait être sévère, sinon pour intimider le criminel, du moins pour l'éliminer de la société pour un temps très prolongé ou perpétuel.

M. Dupré propose de substituer à la nature métaphysique et arbitraire de la responsabilité la nature positive

elobjective de la nocivité, de la témébilité du pervers et

(4) DuPrRÉ. — Les perversions instinetives. XXIe Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française. Tunis, avril 1942,

du criminel, et de créer des établissements spéciaux, intermédiaires à l'asile et à la prison, des asiles de sûreté, pour les anormaux dangereux, les psychopathes vicieux, les imbéciles moraux, dangereux, difficiles, en un mot, pour les sujets atteints de perversions instinctives.

Mais il est beaucoup d’autres jeunes délinquants qui, eux, pourront bénéficier de l'application des principes éduecalifs que nous avons énoncés. Ce sont les débiles physiques et mentaux dont la perversion a été acquise au courant de la vie sociale. Pour ceux-là, il convient de ne pas désespérer; l'efficacité de l'éducation à leur égard est indiscutable. Tout effort tenté pour leur régénération sera méritoire el deviendra profitable, car ces Jeunes malades, si on les soigne assez tôt, bénéficieront des bienfaits d'une éducation qui pourra canaliser à temps leurs mauvais instincts .et les arrêter sur la pente du vice.

Dans son hvre récent, plein de minutieuses observalions sur les enfants anormaux, Scholz (1) nous détaille le traitement qu'il serait nécessaire de faire suivre au dégénéré : traitement corporel. Hygiène de la vie et du travail. Traitement symptomatique des infirmités, des troubles physiologiques, des phénomènes épileptiques. A ce propos, qu'on nous permette d'ouvrir une parenthèse pour insister sur l'importance qu'attache M. le professeur agrégé Et. Martin au traitement des symptômes de l'épilepsie fruste. I a pu guérir des enfants atteints de phénomènes épileptisants trés sérieux grâce à la cure bromurée.

L'effet du bromure a été souvent merveilleux non seule-

(1) Senozz. — Die anomale kinder. Karger, Berlin, 4912.

ment au point de vue de la santé physique, mais encore comme correctif de l’état mental. M. Et. Martin préconise le traitement bromuré par doses massives et continues jusqu'à cessation absolue de l'incontinence d'urine; ce résultat obtenu, il interromp le traitement pendant trois mois et le reprend ensuite aux mêmes doses que précédemment. Le système de Grasset, pour l'application du bromure, a été reconnu défectueux, car la progression lente des doses accoutume l'organisme au médicament, qui n'agit pas avec assez d'efficacité. Pous les enfants atteints de phénomènes épileptisants, nous ne négligerons done jamais la cure bromurée.

L'éducation morale, la culture intellectuelle, la formahion du caractère et de la volonté sont étudiés dans leurs moindres détails dans le hvre de Scholz.

Tous ces moyens de traitement se montrent chaque jour d'une nécessité plus absolue. Mais s'il faut à tout prix sauver l'enfant du crime, il convient aussi de protéger la société contre ses méfaits, il faut savoir combiner l'amendement du dégénéré à l'œuvre de préservation s0ciale.

L'enfant arrèté pour un délit quelconque, si minime soit1l, est conduit en prison: là, il entre en contact avec tout un monde de’ criminels de différents âges qui se font une gloire de linstruire dans la science du mal, car bien rares sont les prisons où l'on s'est préoccupé de créer, pour les jeunes détenus, une organisation analogue à celle qui existe à la prison Saint-Paul. Les enfants restent parfois de longs mois dans ce milieu où ils ont le temps de s initier à toutes les corruptions, avant même de passer en jugement. Il est inutile d’insister sur ce que

tout ce régime a de funeste pour le jeune délinquant et pour Ja société.

Nous l'avons dit, notre premier principe doit être isoler le Jeune criminel. Les juristes, en faisant voter la loi de 1850, avaient bien en vue ce but, mais c’est en enfermant le petit coupable dans une maison de correction qu'ils prétendaient l'isoler. C’est bien, en effet, l'isoler de la société et l'empêcher momentanément de nuire, mais cest le plonger dans un milieu plus corrompu encore que celui d'où il sort et où il s'est déjà souillé, Les maisons de correction, trop étroites pour le nombre de délinquants qu'on y entasse pêle-mêle, maintiennent un contact absolu entre les corrigibles et les incorrigibles: tous les ferments du mal s'y développent avec une étonnante facilité; c'est la graine jetée dans un terrain qu'on n’aurait pu trouver plus favorable. La maison de correction est la plus parfaite école du crime.

Or, 1l suffirait seulement, pour changer ces résultats. de faire une sélection soigneuse des enfants, sélection basée sur une étude psychologique attentive du caractère de l'enfant, et dont seul le médecin est capable. L'enfant criminel, avons-nous dit, est le plus souvent un déséquilibré: c'est pourquoi le second principe de son amendement est le rétablissement de son équilibre mental. Nous obtiendrons ce rétablissement par des mesures destinées à combler les lacunes de son état cérébral. Son cerveau est imégalement développé, hypertrophié dans un sens et atrophié dans l'autre. Le médecin peut seul analycer ce trouble de fonctionnement des centres nerveux et dicter. pour chaque enfant, les mesures éducatives qui doivent être appliquées. Dans les maisons de correction

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pe loul est vie de caserne, commandement, dureté, punition, la règle est une et inflexible, identique pour tous les enfants, quel que soit leur état d'esprit individuel. Jamais il n'y est fait appel à l'intelligence ou la volonté de l'en: fant. Jamais, en un mot, on n'y a tenté la rééducation rationnelle du dégénéré.

Et pourtant, sans supprimer les maisons de correction, il suffirait d'en modifier l'organisation pour transiormer les résultats déplorables qu'elles ont donnés Jusqu'ici en cures bienfaisantes. Il faudrait, pour cela, multiplier le nombre des maisons d'éducation pour y recevoir dans chacune un nombre plus réduit d'enfants. Faire une sélection attentive des jeunes coupables et appliquer à chaque groupe l'éducation appropriée. Enfin, ne pas limiter à l'avance la durée du séjour des enfants en correction, car on ne peut prévoir le temps que demandera l'amendement du pervers et 1l est mdispensable que le dégénéré soit absolument et pour toujours guéri de ses vices avant d'être remis à la société.

Sans pouvoir nous étendre sur l'organisation pratique de toutes les réformes à opérer, à côté de la réorganisahon des maisons de correction, nous signalerons seulement les revendications nombreuses dont nous avons parlé dans notre premier chapitre, revendications formulées dans les livres et dans les congrès par des voix plus autorisées que la nôtre. Ce sont les améliorations à apporter aux lois de protection de la femme et de l'enfant. L'orgamsation des écoles d'arniérés. Le rôle plus efficace à accorder aux œuvres privées dans le relèvement de l'enfance coupable, rôle si précieux exposé netlement au Congrès de Grenoble par de nombreux ora-

bi teurs (D, et reconnu efficace par l'autorisation officielle que viennent de recevoir, dans le Rhône, trois établissements de réforme privés (Sacuny, près Brignais, pour les garcons, le Bon-Pasteur d'Ecully et la Solitude, pour les filles).

Le docteur Grandvilliers vient de publier, dans l’'Enjance anormale, un article très mtéressant résumant très clairement la question du traitement des jeunes dégénérés. Nous v voyons où en est exactement, à l'heure actuelle, l'organisation médico-pédagogique des enfants anormaux:; nous pouvons y apprécier les fruits qu'a portés, en France, la propagande des congrès et des livres : la formation de | « Association française pour l'étude et l'assistance des enfants anormaux ». La loi du 15 avril 1909, prévovant la création de classes spéciales, d'écoles spéciales et d'internats médico-pédagogiques. L'établissement de la Commission du code de l'enfance. La naissance d'une juridiction particulière pour les délits des jeunes criminels.

Le docteur Grandvilliers insiste sur le besoin de « prévenir » la dégénérescence, c'est-à-dire sur les mesures nécessaires pour éviter autant que possible la procréation d'enfants anormaux (lutte contre la misère, la tuberculose, l'alcoolisme); sur le besoin de « guérir » aussi, c'estàä-dire de mettre à la disposition des dégénérés existants les movens de devenir des êtres capables de vivre en socélé. |

Ce besoin de prévenir et de guérir la déchéance de l'en-

(1) M. Emmanuel Vorox. — Rapport sur les écoles de réforme privées. (Loi du 28 juin 1904.) IX° Congrès des enfants traduits en justice. Grenoble, 30 mai 1912.

Déerae

fant devient chaque jour plus manifeste pour arrêter la marche ascendante de la criminalité.

Prévenir la dégénérescence, c'est abolr, en effet, le principal facteur de la perversion des enfants: on y parviendrait en faisant appliquer l'hygiène de la procréation, qui est à la dégénérescence ce que l'hygiène générale est à toute autre maladie. C'est par là que toujours on devrait commencer.

Guérir, enfin, c'estenrayer les progrès du mal quand il a déjà pris racine: faire tous les efforts humainement possibles pour ramener à la vie sociale les enfants que la maladie et le vice avaient si vite corrompus. Et, pour ouérir, il faut éviter avant tout la contagion dangereuse, qui réduit à néant les résullats obtenus.

La tâche. nous l'avons dit, est difficile et bien souvent ingrate; mais ce ne sont pas là des raisons pour désespérer. L'effort par lui-même, déjà, est louable; mais nous

l'avons vu produire des fruits, et nous devons espérer mieux encore.

Pour conduire à bien notre tâche, il est deux éléments

“primordiaux : envisager les faits avec un esprit scientifique, aimer la cause pour laquelle nous travaillons, en ÿ apportant un zèle qui ne se lasse jamais.

A ce prix, notre effort aura pu être salutaire: nous aurons fait œuvre de médecin.

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