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HISTORIQUE DE L'ISOLEMENT DE L’EPILEPTOIDIE

Nous ne saurions envisager de faire ici l’historique complét des idées émises par divers auteurs au sujet de l’aspect psychique des épilepsies. Toutefois, avant d'étudier les travaux qui ont plus particulièrement amené à l'isolement de l’épileptoïdie nous voudrions rappeler quelques grandes lignes de l’évolution des conceptions à ce sujet.

Tout d’abord, on retrouve dans les comptes rendus des séances de la Société Médico-Psychologique, en 1871 et 1872, la teneur des principales idées de ce moment. C’est l’époque où Falret (1) insiste sur la spécificité du caractère épileptique et tout particulièrement sur leur impulsivité et leur obséquiosité. L'époque également où Féré (2) insiste sur d’autres traits de caractères qui leur sont propres. Cette période se poursuit encoré avec la thèse de Ducosté (Bordeaux, 1899) sur l’épilepsie consciente et mnésique.

Puis les conceptions psychiatriques (Delasiauve, Morel, Falret, Fere, Herpin, Voisin...) perdent peu à peu de leur importance. L’heure vient des conceptions neurologiques. L’hérédité, les équivalents, les réactions caractérielles rentrent partiellement dans l’ombre. C’est l’époque alors des rapports d’Abadie et de Pagniez à la XIT° Réunion neurologique internationale (Paris, 1932). L'époque où Pierre Marie conclut « la clause première de l’épilepsie est toujours extérieure au malade et postérieure à sa conception (cité par Picard) (3).

Toutefois, l’influence de certains auteurs ne s’éteint pas complètement. Hartenberg (4) affirme : « l’épilepsie n’est pas en réalité, une maladie convulsivante ». Pagniez (5) lui-même

(1) De l'état mental des épileptiques, Paris, 1861.

(2} Les épilepsies et les épileptiques, Alcan.

(3) De quelques notions actuelles au sujet de l’épilepsie dite essentielle. L'Encéphäle, décembre 1928. ;

(4) Le rôle de l'inhibition dans les manifestations épileptiques. L'Encéphale, 1931.

(5) L'épilepsie, Paris, 1999.

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écrit : « ce qui est avant tout épileptique c’est la’ perte de conscience ». te

On peut donc dire que cette période est essentiellement caractérisée par une: « attitude flottante » (Minkowska, Annales médico-psychologiques, nov. 1946) à l’égard de l’épilepsie. De là vient, sans doute, la grande abondance des travaux publiés à cette époque; de là aussi, l’emploi de perspectives diverses destinées à préciser la question.

C'est, en effet, en 1925 que Wallon (1) se plaçant à un point de vue purement psychologique publie une étude sur la mentalité épileptique.

C’est en 1932, que Gilbert Robin (2) publie le résultat de ses observations cliniques.

C’est, enfin, de 1923 à 1932 essentiellement, que se situent les nombreux travaux génétiques de Mme Minkowska visant à l'isolement de la constitution épileptoïde.

Ce sont ces trois ordres de travaux que nous voudrions envisager maintenant après les avoir ainsi situés à l’aide de quelques jalons par rapport à ceux qui les avaient précédés.

Dans cet article du « Journal dé Psychologie », Wallon rappelle tout d’abord à quel point, le critère d’adaptation au réel, constitue pour l'homme une condition vitale. Evoquant la fonction du réel tel que l’isola Janet, il y voit la raison d’être ultime des individus. Toute la valeur de cette fonction se manifeste en ceci qu’à une baisse de la tension succède la substitution à l’acte adapté de manifestations de plus en plus élémentaires. « Ainsi, dit-il, verra-t-on se produire soit des idées intempestives sous la forme d’obsession par exemple, soit de simple décharge motrice dont l’aspect, la nature, les combinaisons donnent lieu à différentes formes de crises dont, sans doute, la cerise épileptique ». Puis, critiquant comme abusivement générale la séparation Bleulerienne par rapport à cette fonction entre syntones et schizoïdes, Wallon relève

(1) Journal de psychologie, juin 199%.

(2) L'épilepsie chez l'enfant et le Caractère épileptoïde (Douin), 1932.

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combien la labilité sensori-motrice du maniaque, par exemple, s'oppose à la perception objective « dont une pensée directrice crible et organise les apports ». En dehors, d’ailleurs, de ces deux modes d'adaptation de la ligne syntonique, il reste, lit-il : « une certaine forme d’application psychomotrice au réel qui caractérise la mentalité épileptique ».

Faisant, ensuite, allusion aux premiers travaux de Mme Minkowska, il souligne la communauté du caractère psychique reconnue par celle-ci entre tous les descendants d’un épileptique. Et, restreignant son propre travail à l’étude des épileptiques cliniquement reconnus tels, il se propose d’en étudier la mentalité ainsi préalablement située.

Laissant les aonsidérations anatomo-physia'ogiques actuellement dépassées qu'il développe ensuite, nous envisagerons, d'emblée, sa description proprement dite, de cette mentalité.

Acceptant tout d’abord la prévalance donnée par Kraepelin, chez ces malades à l’activité projective, sur la perceptive, 1] n’en retient que la teneur sans le commentaire de cet auteur. Le ralentissement de l’idéation et de la perception ne s'oppose pas, pour lui, à une facilité des réactions psychomotrices : bien au contraire, celles-ci lui apparaissent comme entachées d’efforts et de concentration, « L'épileptique paraît peiner, lutter, pour réaliser son acte et sa pensée ». La recherche d’un contact avec le réel est bien son but mais une « pénurie d'invention motrice ou verbale » l’oblige sans cesse à se débattre pour y parvenir. La carence de ses fonctions aperceptives lui impose l'intermédiaire du geste et du mot. C’est par ceux-ci seulement, qu'il parvient à acquérir représentations et idées. Cette impression de contrainte se retrouve sur le plan affectif. Un état de latence émotionnelle ne se résoud que par des manifestations explosives. Sur le plan des conduites, la persévération dont il fait preuve, loin de recouvrir les stéréotypies automatiques d’états dissociés, s’en distingue par l’effort qui l’accompagne. Elle ne se produit que parce qu’il est « rassemblé sur l’acte en cours ». Sa conscience est

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accaparée par le geste qui vient d’avoir lieu. Cette application a conime corollaire une oblitération de son discernement objectif. Trop attaché à ce qu'il est en train de faire, à ce qu’il attend, les données du milieu lui échappent partiellement au moins, dans leurs significations. Du reste, les gestes lui semblent indispensables pour exprimer sa pensée. Du genre démonstratifs ils accompagnent une mimique active. Ceci est mis en évidence par le fait que, seul, l’épileptique parle avec la même exhubérance d’accompagnement gesticulaire. Les répétitions, de même, « sont toujours un effort d’intellection ».

Sa pensée procède par énumérations, descriptions minutieuses, digression, seuls procédés par lesquels la conscience de l’épileptique parvient à une certaine connaissance. De là, vient sa minutie, son besoin d’ordre autour de lui. Sa pensée adhère à la Situation. [Il ne sait l’intérioriser par l’abstraction. Le symbole lui échappe.

La conscience de son moi, elle-même s’en ressent « c’est une sorte d’abstraction suprême qui n’est pas à la portée de l’épileptique ».

Wallon termine «en rapprochant cette mentalité de certains éléments du psychisme de l’enfant comme nous le verrons à la fin de la quatrième partie de cé travail.

Moins spéculatif, moins analytique, mais nourri par compte de nombreuses observations tel se présente le travail essentiellement clinique de Gilbert Robin publié en 1932 (L’épilepsie chez l'enfant et le caractère épileptoïde; Douin, 1932}

Il est surtout destiné, semble-t-il, à attirer l’attention du praticien sur les confins du domaine de l’épilepsie et sur l’intérêt d'élargir les indications thérapeutiques -anticomitiales.

Rappelant d’abord de facon assez brève les éléments caractéristiques de l’épilepsie chez l’enfant (Grand mal, convulsions, absences...), Gilbert Robin cherche ensuite à isoler les traits de caractère de la personnalité épileptoïde. Nous ne

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reprendrons pas ici, la description qu'il en donne, ces traits figurant tous dans le tableau du biotype épileptoïde que nous allons tracer plus loin. Signalons seulement, que Gilbert Robin insiste sur l’obnubilation propre à ces sujets et sur les caractères qui la distinguent de l'absence d’une-part de l’hyperémotivité d'autre part.

Gilbert Robin voit surtout l'importance d’un tel syndrome dans le fait de sa parenté avec l’épilepsie. Que l'enfant ait présenté des manifestations de type convulsif dans son jeune âge, que son hérédité même éthylique ou psychopathique ou réellement comitiale constitue une suspicion, que son avenir soit seulement grevé de la possibilité d’une telle hypothèse, tous ces éléments concourent pour l’ auteur à à justifier l'intérêt du dépistage de tels sujets.

C’est la raison pour laquelle il s’est attaché à la description de cet « ensemble clinique désigné sous le vocable : constitution, caractère, mentalité épileptoïde ».

L'œuvre de Mme Minkowska ne peut être envisagée que située dans le contexte de toute sa vie. Le déroulement de ses recherches et de ses publications, qui ont toujours gravité autour de l’épilepsie, est exprimé de façon émouvante dans une brochure : « In Memoriam » (4).

C’est surtout la première partie de ses travaux que nous devons ici considérer. Leur suite se situant à la fois dans le cadre de l’esthétique et dans celui de la psychopathologie, s’écarte trop du domaine de la médecine pour que nous puissions l’envisager ici.

Dès 1912, Mnie Minkowska entreprend des recherches généalogiques qu’elle devait essentiellement poursuivre en 1922-23 avec l’aide de la fondation Jules Klaus, de Zurich. Son travail fut alors d'étudier les 1.050 éléments de deux arbres généalogiques, ceux des familles B... et F... en les envisageant situés dans leur milieu quotidien «et non dans l'atmosphère artificielle d’un hôpital ou d’une consultation.

(1) Beresniack, 1952.

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