‹ Contribution à l'Étude de l'ÉpileptoidieChapitre 7 sur 28 · AE · texte numérisé non relu

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Alors que la famille F... avait, à son origine, un aliéné schizophréne, la racine de la famille B..., remontant à sept générations, était un épileptique avéré. |

C'est en 1923, que Mme Minkowska mit en évidence dans la famille B... la constitution épileptoïde qu’elle caractérise par ses deux pôles : l’adhésif et l’explosif.

Si, sur les 328 individus de la famille, il n’y a que 25 malades, la constitution apparaît aussi bien chez les autres sujets. Fait plus intéressant encore, elle est le propre de la famille æle-même considérée comme une personne. N’hésitant pas à renverser la donnée classique du conditionnement social de l’individu, Mme Minkowska montre comment c’est l'individu, au contraire qui, dans la ligne de sa famille crée sa propre ambiance, sa propre place dans la collectivité. L’opposant au caractère dissocié, désintégré, dispersé, de la famille F..., elle nous montre l'attachement au sol et à l’unité de la famille B... Cultivateurs pour la plupart, tenant à leur sol, à leur tradition, les membres de cette dernière, font preuve d’une fidélité particulière aux idées d’ordre moral et religieux. NA

Envisagés de façon individuelle, ils ajoutent à cette conscience accentuée de leur unité familiale, à cette immutabilité des principes, une véritable concentration permanente de leur personnalité. Leur sociabilité tenace reflète le caractère minutieux de leur vie et sentencieux de leur langage. Leur affectivité visqueuse les fait non pas vibrer harmonieusement avec l’ambiance, comme le syntone Bleulerien, mais « s’attacher avec amour aux objets, aux détails, aux groupements plus qu'aux personnes isolées ».

Cette sorte d’impuissance à dégager l’essentiel du concret qu'ils perçoivent place ces épileptoïdes encore appelés glyschroïdes, dans un véritable état de stase d’où ils ne peuvent émerger que par des manifestations explosives.

Nous retrouvons bien dans ces caractères ceux que nous avions déjà rencontrés dans les descriptions de Wallon et de Gilbert Robin. Il est troublant qu’ainsi, des épileptiques avé-

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rés, des enfants dont leur famille se préoccupe, et enfin des Cultivateurs suisses vivant assez paisiblement dans leur village aient pu faire l’objet de tels rapprochements. Nous verrons à la fin de cette étude, comment on peut espérer trouver l’homogénéité d’un tel ensemble. Nous: voudrions envisager maintenant en quoi consiste actuellement la notion d’épileptoïdie issue de ce triple courant.

DESCRIPTION DE L’EPILEPTOIDIE

L'épileptoïde est défini dans le vocabulaire de psycho-

Jogie publié par l’Association des Travailleurs scientifiques, sous la direction du Professeur Pierron, comme : « un individu ayant une tendance aux réactions impulsives irascibles parfois violentes et une mauvaise adaption sociale ».

L'origine du terme peut être trouvé dans la contiguité qui existe, comine nous le préciserons à la fin de ce chapitre, entre l’ordre de faits qu’il caractérise et l’épilepsie. En effet, des individus épileptiques et épileptoïdes voisinent dans la hgnée d'une même famille. D'autre part, des manifestations franchement épileptiques peuvent survenir chez des épileptoides de longue date. Enfin, entre leurs crises, les épileptiques peuvent présenter une mentalité proche de l’épileptoïdie.

Pratiquement, on considère comme épileptoïde tout sujet se présentant de façon analogue au tableau que nous allons esquisser. Il reste, ensuite, à préciser ce diagnostie à l’aide de caractéristiques trouvéés à l’E.E.G. et à divers tests. On s’efforce également de mettre en évidence, soit dans l’hérédité, soit dans, l’anamnèse du sujet des faits significatifs d’une atteinte épileptique.

Nous allons esquisser maintenant le biotype de l’épileptoide. Nous ne nous cachons pas le caractère un peu artificiel d’un tel portrait. C’est pourtant par le seul rapprochement avec cette image idéale que peut être soupconnée l’épileptoïdie.

Nous étudierons ensuite les moyens d’étude complémentaires dont nous disposons pour affirmer notre diagnostic.

Nous préciserons, enfin, la place qui doit être réservée à l’épileptoidie par rapport à l’épilepsie.

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D’aspect souvent fermé, l’épileptoïide manifeste dans sa physionomie, dans son habitus comme une force contenue. Assez lent dans ses gestes habituels, il traîne à la tâche. Appliqué à ce qu'il fait, on ressent à le voir travailler comme une sorte d’impuissance (désespérée et qui s’acharne. Va-tHil à l’école, il est vite relégué, au fond de la classe avec ceux qui n'arrivent Jamais à suivre, à comprendre. Revenu à la maison, chacun s’énerve autour de lui à le voir demeurer de longs moments sur une tâche « à priori » facile, comme sur un jeu dont tout autre se lasserait, Et pourtant, ce débile apparent, si on lui laisse le temps de poursuivre son effort, est capable de bons devoirs. Placé devant un test de durée libre, il obtiendra le plus souvent des résultats satisfaisants. Son travail laborieux, son effort considérable se montrent efficaces. ‘« Il fait preuve d’une activité lente mais coordonnée » (X. Abely).

Mais, vienne la récréation, où parfois même avant, il va, bousculant tous ses camarades se montrer d’une turbulence insolente. Lourdement, d’ailleurs, sans l’agilité presque simiesque de l’instable, il va déranger tous les jeux. Qu'un camarade se mette en travers de sa route, le voilà qui entame la bataille. Brutal, il renverse qui s'oppose. Parfois, tout aussi bien, au milieu de la stupeur générale, une colère le prend, inexplicable. Griffant, jetant et cassant tout, le plus souvent sans pleurs, il va durant quelques instants détruire ou abîmer Ce qui l’entoure, sans craindre de se faire mal. Puis hébéhé, épuisé, il s’arrête.

D’autres moments le verront rêveur jen apparence, le regard vide, laisser des questions sans réponse. Obnubilé sans être ému, figé sans absence véritable, il semble ne rien trouver à dire. Ou bien, au lieu de répondre, il reprend en écho les termes mêmes de son, interlocuteur. Distrait, il saute un mot, parfois une phrase au cours des dictées. Il rentre chez lui ayant oublié plumier, cartable ou tablier, et ne pouvant se rappeler où il les à laissés.

Vis-à-vis de son entourage, il fait preuve d’un attachement fatiguant. Une affectivité visqueuse empreinte même

parfois d’obséquiosité l’englue littéralement dans sa famille. Il excède les uns et les autres de sés « câlineries ». Mais un amour aussi tyrannique s'adresse tout aussi bien au cadre matériel de son existence. Très sensible à l’ordre, il refuse obstinément tout changement dans ses habitudes de vie. Il est vrai qu'assez oppositionnel, il refuse facilement beaucoup de choses et que « non » lui est une réponse familière. Du reste, Son entêtement ne laisse pas de place à l’élasticité dans les rapports qu’il entretient avec autrui. Plus souvent morose et grognon que souriant et détendu, il se plaint de tout et même de sa santé.

La journée se passe ainsi dans une atmosphère de pesanteur maussade coupée, parfois, de manifestations au caractère explosif. Enfin, quand tombe la nuit, un sommeil entrecoupé ue cauchemars ou de terreurs sera souvent le temps d’une déplaïsante énurésie.

. En résumé, l’épileptoide placé entre deux pôles opposés de ‘sa personnalité : la viscosité d’une part, l’impulsivité de l’autre, nous apparaît comme essentiellement caractérisé par :

Au point de vue intellectuel : un niveau mental: variable, de la bradypsychie, une na souvent en défaut, ce dernier caractère allant jusqu’à l’obnubilation.

Au point de vue affectif : un attachement profond et exigeant à tout ce qui l’entoure, mais plus coloré d’ CAP que d'amour.

Au point de vue thymique : un pessimisme maussade avec tendance à l’hypochondrie.

Au point de vue caractériel : une turbulence lourde, des colères impulsivés et brutales, un entêtément souvent négativiste.

À ces traits peuvent s'ajouter : du somnambulisme, de l’énurésie, de petites fugues.

Ainsi, nous klisposons d’une sorte de tableau élinique dont le rapprochement avec l’image vivante d’un enfant amené à la consultation, va nous poser la question : s 'agit- -il d'un

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épileptoide ? Question nosographique, certes, mais dont le retentissement thérapeutique fait toute la gravité.

Pour nous aider à en décider, diverses méthodes sont à notre disposition. | à

En premier lieu, Félectroencéphalographie.

Comme le dit le Professeur Delay, dans un article sur ‘l’épilepsie psychique et l'EEG (« Encéphale », n° 5, 1949) « En présence de symptômes qui ne sont pas suffisamment carastéristiques, un tracé d’épilepsie tranchera: la question, permettra la classification de la maladie et son traitement »..

Mais qu’entend-on, au juste, par tracé d’épilepsie ? Dans ce même article, le Professeur Delay présente comme critère généralement admis : d’une part, les complexes pointe-onde, d'autre part, les bouffées sinusoïdales hypersynerones et de basse fréquence (3 à 4 c/s). Notons qu’à côté de ces deux manifestations pathognomoniques de l’épilepsie, de nombreuses dysrythmies plus ou moins complexes, dont nous ne saurions envisager la description, peuvent, sans nous donner une certitude, justifier au moins un traitement d’épreuve.

Au point de vue ‘de la localisation des manifestations caractéristiques, 1l existe, certes, des dysrythmies diffuses généralisées mais deux localisations prédominent par ailleurs.

D'une part, Delay nous dit : chez les enfants présentant des troubles du comportement et des altérations électroencéphalographiques de comitialité, ces altérations sont très souvent occipitales.

D'autre part, Alliez (1) dans un article sur lequel nous serons amenés à revenir dans la quatrième partie de ce travail, nous dit : « Si nous considérons l’activité bioélectrique habituelle aux malades dits temporaux (2) nous rencontrerons de plus en plus fréquemment, ces anomalies permanentes. Il

(1) Epilepsie psychique et lobe temporal. Evolution psychiätrique, I, 1952.

(2) Cette activité est caractérisée, d’après les travaux de GAsTAUT en particulier, par des anomalies constantes dans les tracés de repos;,: anomalies constituées par des pointes négatives, soit rapides soit lentes, ou encore associées: à une onde lente et des rythmes théta ou delta.

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s'agirait de sujets ne présentant pas de crises épileptiques franches ou nettes, mais réalisant des tableaux cliniques ou s'associent les troubles de la personnalité, les perturbations caractérielles, l’irritabilité, l’inadaptabilité et les décharges explosives plus ou moins motivées qui n’ont que de vagues liens de ressemblance avec l’épilepsie psychique sénsu stricto » (p. 34).

Nous devons signaler que parmi les enfants examinés au Centre et suspectés d’épileptoïdie, nous avôns constaté une prédominance nette de manifestations temporales.

Ainsi, l'EEG peut nous apporter la confirmation précieuse d’un diagnostic cliniquement établi.

Mais en restant sur ce plan clinique, nous voudrions envisager maintenant, deux épreuves particulièrement fécondes en présence de ces sujets. :

Tout d’abord le tést de la figure complexe de Rey.

Nous avons réuni ci-contre pour des commodités d’impression quelques spécimens caractéristiques de reproductions par des épileptoïdes. | |

Dans ce test on demande au sujet, d’abord, de copier, ensuite de reproduire de mémoire la figure considérée. Il doit utiliser pour son dessin un crayon de couleur différente toute les vingt secondes. Ceci permet de suivre le schème utilisé pour la reconstruction de la figure. Chez l’épileptoïde, 1l est spécialement caractéristique que les éléments soient reproduits sans le lien logique qui les unit dans le modèle, ’et ce, même à la copie. Tout se passe comme si le sujet n’ayant pas percu la loi structurale de l’ensemble ne pouvait réunir utilement ses perceptions fragmentaires. Nous verrons dans notre quatrième chapitre, tout l’intérêt spéculatif, d’un tel fait.

L'autre test auquel nous faisons allusion est le test de Rorschach:

Sans entrer dans. les détarls de son utilisation qui se vivent d’ailleurs plus qu’ils ne s’expriment, nous voudrions indiquer ici, dans quel esprit ce test est utilisé actuellement au moins en ce qui concerne les épileptoïdes.

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Dessin normal de la figure. N° 1./N.. Anne-Mar'e, 6 ans 4 mois.

N°2. G.. Danielle, 7 ans: NPr8Cr: Danielle, 7 ans. QUES OS: QI 5 7078 (Copie) (de mémoire)

N° 4. G.. Maurice, 10 añs 4 mois. N° 5. G... Maurice, 10 ans & mois. Q:IL. : 0,74. Q.IL. : 0,74.

(Copie) - (de mémoire)

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Le déroulement de l’épreuve aonstitue avant tout une

sorte de situation clinique privilégiée. L'’être est placé devant

un matériel plastique et inorganisé face auquel il va se comporter comme dans la vie. Il nous livre là, sa façon d’appréhender le réel, de lui donner la structure caractéristique de

chacun.

S'il est vrai que « mon univers me renvoie mon image » (1), les planches du Rorschach constituent un miroir sur lequel

on peut être deux à lire.

Ainsi, ce n’est pas tellement dans le contenu des réponses, intéressant à d’autres points de vue, que nous trouverons une face de celui qui est l’objet de notre attention. C’est avant tout dans sa perception formelle, dans son attitude à l’égard du test, dans son langage même.

Rorschach écrivait : « Les problèmes qui se posent en premier lieu sont ceux des principes formels du processus de la perception. C’est seulement en second lieu que le contenu des interprétations doit être considéré.

C’est sur cette phrase sans ambiguïté que Mme Minkowska a basé son retour à un : « Rorschach clinique, formel et humain » (« Annales médico-psychologiques », juillet 1950).

Elle cherche essentiellement à retrouver dans la situation d'étude favorable que constitue le passage du test, les caractères du type sensoriel de l’épileptoïde.

Jl voit le monde en mouvement et en images ? Son test présentera des kinestésies et les couleurs créeront chez lui des chocs. | |

Il vit dans le concret ? Pourquoi s’élèverait-il devant les planches à des abstractions comme le schizoïde ou le rationnel.

Il adhère à la situation ? Aussi, ne quitte-t-il pas des mains les planches, pas non plus des yeux sa vision quand il oriente diversement son substrat.

Il veut tout lier ? Son langage le montrera bien qui relie

(1) GUILLAUME, Psychologie de la forme, p. {41.

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ses réponses par des verbes, au mépris souvent de toute : \ logique. :

Nous espérons avoir par ces quelques exemples jnontré comment à la suite de Mme Minkowska, doit être considéré le Rorschach au moins dans l’éxamen des épileptoïdes.

Il ne faut pas espérer trouver dans des pourcentages la formule-clé qui nous livre le diagnostic. Nous ne croyons pas d’ailleurs, que soit restreinte par là sa portée Il reprend, au contraire, une valeur nouvelle en tant que « méthode adjuvante de la clinique » (Minkowski, p 2, « Bulletin du groupement français du Rorschach », n° 2, 1952)

Voici donc trois méthodes qui venant ajouter leurs résultats à l'hypothèse clinique dut médecin, entraîneront la catégorisation de tel sujet comme épileptoide. Mais ce terme éthymologiquement signifie de forme épileptique. Veut-on dire par là, qu'il n’en a que la forme ou bien qu'il en est proche ou encore qu'il en représente justement une forme ? Ce problème sur le plan clinique, se résume simplement. S'agit-il d’une. forme fruste d’épilepsie psychique concordant avec la mentalité des épileptiques entre leurs crises ? Les opinions à ce sujet, divergent. Er

Mais le dilemme devient plus grave quand on envisage l’éledtroencéphalographie. Nous laisserons M. le Professeur Delay nous dire toute son ampleur : « Si l’on considère comme réellement pathognomonique les signes dont nous avons parlé, complexes pointe-onde et bouffées hypersynchrones, le cadre de l’épilepsie va s’élargir considérablement en psychiatrie, les plus petits symptômes vont être remis en question et même devant une absence totale de signes cliniques (si une telle supposition est possible) le idiagnostic d’épilepsie pourra être porté... Si au contraire on néglige la spécificité de ces signes et si l’on suppose qu'ils peuvent survenir ailleurs que dans l’épilepsie c’est la notion de la traduction électrique de l’épilepsie ou la définition même de l’épilepsie qui devront être revi-

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sées. [n'est pas possible actuellement de choisir entre ces deux VOIES ». %

. Nous verrons dans nos conelusions que si ce dilemme ne peut être résolu, il peut, par contre, être évité. <AUC C’est sous le signe du ET que s’est déroulée toute ma recherche », disait Mme Minkowska dans la dernière œuvre de

sa vie (« À la recherche du monde des formes », Baresniack).

Nous croyons qu'ici aussi un tel point de vue peut être fécond : au lieu de chercher des barrières entre deux entités de nature différente, il vaut mieux leur trouver des liens de plan à plan. S

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