‹ Contribution à l'étude de l'épithélioma sébacé du pénisChapitre 3 sur 14 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Avant de nous occuper de l’épithélioma sébacé de la verge il nous à paru bon de résumer en quelques mots l'historique des tumeurs sébacées en général pour montrer combien leur conception est restée longtemps dans le vague. Nous arriverons ainsi à établir ce que doit être un épithélioma sébacé en général et nous pourrons montrer que l’épithélioma de la verge que nous avons observé doit bien se ranger dans les tumeurs à dégénérescence sébacée.

Jusqu'à la théorie célèbre de M. le professeur Bard sur la spécificité cellulaire, nous voyons que les auteurs n'ont guère compris qu'il puisse y avoir des tumeurs malignes sébacées. Néanmoins sous des noms différents ils ont décrit des tumeurs qui avaient certainement un air de ressemblance avec celles qui nous occupent aujourd'hui.

Billroth, sous le nom de cylindrome décrit des tumeurs de la peau, caractérisées par un stroma con-

jonctif fibreux avec transformations hyalines, par des

amas cellulaires de formes variées, avec au centre de ces amas des productions tantôt complètement hvali-

Ep nes, tantôt très finement granuleuses..… Bien des interprélations ont été émises à ce sujet et sous la rubrique € cylindrome » on à décrit des tumeurs de type pourtant bien différent, n'ayant de commun que le mode d'agencement et d'édification de leurs éléments constituants; néanmoins bien des épithéliomas sébacés ont été décrits sous ce nom et c'est pour cela que M. Île professeur Poncet fait remarquer dans la Aevve de Chirurgie de 1890 que dans les tumeurs sébacées observées par lui on retrouvait les caractères des lumeurs épithéliales désignées, depuis Billroth, sous le nom de cylindromes.

En 1855, Verneuil dans un mémoire sur les tumeurs de la peau, étudie l'hypertrophie des glandes sudoripares et constate que dans certains cas «il vient SY Joindre une production exubérante d'épiderme cutané, qui infiltre les éléments sécréteurs où se mélange à eux et aux {issus voisins ». Il désigne cette hypertrophie sous Le nom d'hypertrophie épithéliale et indique en terminant que les mêmes faits ont été observés avec les glandes sébacées.

Dans l’article « adénome » du Dictionnaire encyclopédique, Broca reconnaît que certaines tumeurs de la peau consistant en un ämas de glandes sébacées ou sudoripares hypertrophiées peuvent amener la formaion d’un épithélioma, surtout si elles sont soumises à des irritations mécaniques.

Dans sa thèse, Blayac en 1876 trouve que toutes les régions riches en glandes sébacées : nuque, joue, verge, scrotum..., présentent souvent des épithéliomas, mais il ne se prononce pas. Ces parties, dit-il, sont souvent

CET NE affectées de tumeurs épithéliales, mais le défaut d'une | observation de la tumeur au début ne permet pas encore de connaître la part que les glandes sébacées peuvent prendre dans le développement de la lumeur.

En 1882, Malherbe et Chenantais, en s’occupant des tumeurs calcifiées de la peau, montrent que ces «tumeurs ont leur point de départ dans les glandes sébacées, et que, par leur mode de développement et leur structure, elles rentrent dans le genre épithélioma, dont elles sécartent cependant par leur bénignité relative ». Ce sont les tumeurs auxquelles on à donné le nom d’épithélomas calcifiés.

En somme, rien de précis dans la science au sujet des épithéliomas sébacés : la théorie de la « spécifité cellulaire », en remettant les choses au point, à permis de donner, à chaque tumeur, un type parfaitement

défini, en montrant qne la classification des tumeurs épithéliales devait prendre pour base l’origine et par suite la structure de leurs cellules fondamentales. Il devait donc v avoir des épithéliomas sébacés au même titre que des épithéliomas du type malpighien ordinaire. Il suffisait pour cela que le point de départ fût dans une cellule sébacée.

Fixés désormais sur la nature et l’évolution histologique des tumeurs sébacées, il fallait appliquer ces données à la clinique, savoir porter un diagnostic d'épithélioma sébacé primitif, et en décrire l'allure et les symptômes. C'est un des mérites de M. le professeur Poncet d'avoir su coordonner les données cliniques et les renseignements fournis par l'anatomie

NES pathologique, pour analyser le type spécial de Pépithélioma sébacé et en envisager le pronostic.

C’est en effet dans son service que nous relatons tous les cas types d'épithéliomas sébacés publiés jusqu'à ce jour, et il suffit de lire l'article de la Revue de Chirurgre de 1890 rédigé par M. Poncet pour voir que toutes les régions riches en glandes sébacées et en première ligne la verge et le scrotum, puis le cuir chevelu, le dos, la joue, etc, peuvent être atteints d’épithéliomas évoluant plus ou moins vite suivant leur degré de malignité.

En 1893, Poret recueille plusieurs observations de dégénérescence épithéliomateuse du cuir chevelu et montre comment un épithélioma peut se former aux dépens des éléments d’une loupe dégénérée.

En 1895, M. le professeur agrégé Bérard fait paraître un article dans la Aevue de Clururqgie sur deux nouveaux cas d’épithéliomas sébacés du cuir chevelu, et, à ce propos, il rémémore le premier cas publié par M. Poncet : l’homme aux tumeurs confluentes du euir chevelu. Le second cas était une énorme tumeur du cuir chevelu dont l'allure plus maligne permit de dresser une échelle de malignité de ces tumeurs. Il s'agissait d'une femme de 57 ans, affectée depuis plusieurs années de kystes sébacés du cuir chevelu. Quelquesuns s'étaient ouvert et avaient laissé des cicatrices visibles, mais un autre avait évolué dans un autre sens et s'était transformé à la longue en une énorme tumeur d'aspect épithéliomateux, faisant faux chignon sur la partie postérieure du cuir chevelu. L’ablation faite par M. Poncel n'avait présenté d’autres particularités

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2 0 qu'une hémorragie assez abondante. La tumeur tenait fort peu aux parties profondes et les os du crâne n'étaient nullement intéressés. Les suites opératoires avaient été très simples et l'examen histologique montra nettement à M. le docteur L. Dor qu'il s'agissait d'épithélioma sébacé.

À la société des Sciences médicales de Lyon, en Janvier 1896, deux nouveaux cas sont présentés, recueillis toujours dans le service de M. Poncet. Dans le premier cas, présenté par M. Rafin, interne des hôpitaux, il s'agissait d’un homme porteur depuis de longues années de tumeurs sébacées sur le cuir chevelu, le dos, le sternum, la face externe de l’avant-bras gauche et la région inguinale droite. La peau recouvrant ces producüons était de couleur rosée et adhérente aux tumeurs. Il s'agissait de polyadénomes sébacés peu malins.

Le second cas est présenté par M. Delore. Il s'agissait d'une malade de 50 ans qui avait sur la fesse droite une tumeur volumineuse, faisant saillie de 7 centimètres sur les tissus sains, mesurant 51 centimètres dans sa plus grande circonférence et envoyant des prolongements dans les régions voisines. Cette tumeur avait évolué lentement ; parsemée de saillies et de dépressions ulcérées, elle avait un aspect analogue à des circonvolutions cérébrales et exhalaït une odeur infecte rappelant celle de la graisse rancie, odeur caractéristique de toutes les dégénérescences épithéliomateuses sébacées. Le souvenir des cas observés déjà dans Île service permit de poser le diagnostic d'épithélioma sébacé primitif et l'examen histologique confirma le diagnostic.

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Néanmoins, il n’était toujours pas question d’épithélioma sébacé de la verge... On savait. désormais comment devait se comporter cette affection mais on n’en avait pas publié de cas.

Nous ne saurions donc faire un historique de l'épithélioma de la verge en général. Tel n'est pas notre sujet. Bien des travaux ont été faits à ce sujet, mais, pour avoir une description complète, il faut arriver à la discussion de la Société de chirurgie (186%), à la thèse Jullien (Paris 1873) et au traité remarquable de Demarquay sur les maladies du pénis (1877). Dans les thèses de Virely (Paris 1896) et de Métreau (Bordeaux 1899) il n'est toujours pas question d’épithélioma sébacé. Néanmoins ils rapportent une publication, à la Société anatomique, de Verneuil (1857) au sujet d’un épithélioma de la verge dont l'examen histologique avait montré que la tumeur s'était développée aux dépens des glandes cutanées du prépuce. Il ajoutait qu'un seul cas semblable existait à sa connaissance, dù à Lebert. S'agissait-1l alors d’épithélioma sébacé? Certainement ou, mais Verneuil ne le dit pas.

Serra, dans sa thèse toute récente, rapporte le cas communiqué par MM. Fournier et Darier à la Société de dermatologie et de syphiligraphie (séance du 18 mai 1893), sur une variété particulière d’épithélioma de la verge qu'en raison des caractères histologiques ils avaient dénommé épithélioma papillaire ; l'allure bénigne de la tumeur et le mode particulier d'évolution leur fit ensuite donner le nom d’épithélioma bénin syphiloïde. La lésion essentielle consistait en une hypertrophie considérable des bourgeons interpapil-

un — | laires formant de grosses masses globuleuses: à leur intérieur, les cellules étaient plus petites que normalement et disposées sans ordre. Au centre elles étaient dégénérées. Enfin, la kératinisation normale n'avait plus lieu au niveau de la région. S'agissait-il encore d’épithélioma sébacé? Peut-être; en tous cas ces auteurs ne le spécifient pas.

Dans son article sur les tumeurs épithéliales paru sur les Archives de Physiologie, M. Bard décrit ce que doit être un épithéliomia sébacé en général et dit qu'ils sont surtout fréquents à la verge. Il en a observé plusieurs cas que malheureusement il ne cite pas. Les cas observés par M. le professeur Poncet, ont permis depuis de poser le diagnostic d’épithélioma sébacé primitif, toujours reconnaissable aussi bien pour la verge que pour les autres régions, où l’on est susceptible de les rencontrer, à une allure clinique que nous allons maintenant essayer de déterminer.

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