CHAPITRE IV
Résumé.
L’étiologie du syndrome de Basedow peut être ramenèe à deux grands ordres de causes : À
1° Les causes dont l’action n’amêne aucune lésion tangible et palpable, et ne donne lieu qu’à des troubles dynamiques des centres nerveux. Parmi ces premières notions êtiologiques, nous avons vu l’hérédité, l’émotivité, la chlorose, le surmenage, les infections, les intoxications, les agents réflexes, les altérations thyroïdiennes ; peut-être un Jour arrivera-t-on à trouver à ces troubles fonctionnels un substratum anatomique. Mais jusqu’à présent, les autopsies restent muettes et ne nous permettent pas d’assigner aux phénomènes observès une interprétation physiologique parfaite ;
2° Les causes que nous appellerons mécaniques, parce quelles laissent leur trace où elles ont agi, ce sont les lésions nerveuses d’une part, et d’autre part les tumeurs (quelle que soit d’ailleurs leur nature), qui en agissant mécaniquement sur les organes du cou donnent lieu au syndrome de Basedow.
De ce qui précède, il résulte que comme l’angine de poitrine, ou l’hémorrhagie cérébrale, la maladie de
Basedow n’est pas une entité morbide, et on ne devrait pas lui laisser le nom de maladie. Ce n’est qu’un syndrome pouvant dépendre des causes les plus diverses. D'ailleurs les théories qui prétendent donner à ce syndrome une pathogènie univoque ne peuvent arriver à interprèter logiquement tous les cas observés.
Et, en effet, comment la théorie de la névrose expliquera-t-elle les observations comme celle de Gauthier de Charolles où une tumeur bulbaire crée le syndrome de Basedow sur un terrain vierge de toute tare nerveuse, héréditaire ou acquise? Comment rattacher à la névrose ce cas du même auteur où un goître qui devient suffocant donne lieu à tous les phénomènes basedowniens, lesquels disparaissent après un traitement local sur le goître ? Et Le cas observé par M. Merklen dans le service du D' Raymond à Saint-Antoine, où un individu sans aucune tare est pris soudain d’asystolie avec Basedow fruste, le tout se terminant en un mois par la mort, comment le faire rentrer dans le cadre des névroses?
La théorie thyroïdienne ne sera ‘guère plus puissante à tout expliquer. Nous l'avons déjà dit, les cas de Murray, de Marie, de Beclère, les expériences toutes récentes de M. Ballet ne peuvent s’accorder avec les cas de Chrétien, et toutes les observations de basedowniens guéris par thyroïdectomie. Cette théorie explique mal encore ces cas curieux où une personne jusque-là bien portante fait soudain en deux jours une maladie de Basedow complète à la suite d’une colère ou d’une vive émotion.
La conception de Piorry s'applique à certains faits
certainement, mais elle ne rendra jamais compte des cas
de goître exophtalmique sans goître, sans adénopathie, survenus à la suite d’une peur, d’une émotion, et disparaissant d’aux-mêmes presque sans traitement. Elle n’explique pas davantage ni le cas d’hyperthyroïdisation de Béclère, ni les cas d’hypothyroïdisation de Joffroy, Renaut, etc., ni le cas de MM. Marie et Marinesco où il y à lësion bulbaire, etc.
Nous ne voulons infirmer aucune théorie. Toutes répondent à des faits observès; et hypothèse pour hypothèse, en attendant que la science ait dit son dernier mot, il vaut mieux adopter jusqu’à nouvel ordre toutes celles qui donnent une explication suffisante des phénomènes, que de les rejeter toutes au profit d’une seule, que demain peut-être on se verra forcé d'abandonner pour uneautre. |
En émettant une telle opinion, nous n’avons pas la prétention d'exposer une idèe nouvelle. La grande majorité des auteurs sont d'accord sur ce point ; MM. Gauthier et Dourdoufi ont dressé déjà chacun un tableau où ils classaient à leur manière les diverses variétès du syndrôme de Basedow.
La classification que nous allons donner n’aura sans doute que le mérite d’être personnelle. Mais, basée avant tout sur Pêtiologie, mieux que toute autre, elle résumera notre travail :
Nous diviserons d’abord les goîtres exophtalmiques en deux grandes classes :
I Les goîtres exophtalmiques par troubles fonctionnels du centre nerveux ;
2° Les goîtres exophtalmiques par lésions matérielles.