III. — AGENTS DE TRANSMISSION
Contagion directe.
La transmission de la diphlérie par contagion directe est un fait trop connu pour que nous y insislions. Le souvenir de Blache, de Valleix et de tant d’autres médecins, morts viclimes de leur dévouement, est dans toutes les mémoires,
La contaminalion peut se faire par la salive ou les fausses membranes que rejette le malade, d’une façon accidentelle par piqûre anatomique, au cours d’une autopsie ou d’une trachéotomie.
Contagion indirecte.
La transmission indirecte est de beaucoup la plus fréquente; mais quel est l’agent qui sert d’intermédiaire dans ces cas ?
En première ligne viennent les personnes qui entourent le malade, les objets dont il se sert, linge, vêtements, etc.
Klebs, dans les recherches auxquelles il s’est livré à Zurich, incrimine formellement les poussières soulevées par le balayage des rues d’être un des plus grands agents de transmission des germes diphtériques : le bacille de
AR Ni de Lôülfler circule dans l’air où il est entraîné et fixé par Îles poussières qui s’y trouvent en suspension.
On sait que Klebs avait remarqué que la grande majorité des cas de diphtérie se développaït les mercredis et les samedis : autrement dit que la diphtérie contractée le mardi et le vendredi, jour de balayage général de la ville, éclatait le lendemain, après une incubation dépassant rarement 24 heures.
Teissier, dans 180 observations récentes minutieuse-
ment étudiées, arrive à la même conclusion que Klebs,
en ce qui concerne la transmission aérienne et le rôle des poussières atmosphériques comme agent de transmission.
Il en est de inème des poussières émanées des dépôts de paille et de fumier, des dépôts de chiffons et d’ordures!
« Plusieurs fois dans mes enquêtes, dit le professeur Teissier, je n’ai trouvé d'autre cause à incriminer que cette influence des dépôts de paille et de fumier : le logement du pelit diphtérique donnant directement sur ces dépôts, ou bien j'ai trouvé adossé à la maison du petit malade un poulailler où un fumier où s'accumulent les détritus du ménage ».
Les logements insalubres, les rez-de-chaussées froids et humides, mal éclairés, où ne pénètrent ni air ni soleil, donnant sur de petites cours intérieures étroites et humides, servant à la fois de poulailler et de dépôts d'ordures, sont particulièrement favorables à l’éclosion et à la conservation des agents spécifiques de la diphté-
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Thorel, qui s’est livré à des recherches étioloziques sur la diphtérie, constate que sur 200 cas soignés par lui il en a frouvé 180 où la diphtérie était survenue dans des familles habitant des logements froids el humides, principalement des rez-de-chaussées — concierges — donnant sur des cours où s'accumulent les ordures et le fumier, et où l’on élève des lapins ou des poules.
Sur les vingt autres cas, quinze seulement résultent de contagion directe.
Ajoutez à cela, le voisinage des écuries, des étables, des fosses mal tenues — tous excellents terrains de cultures — et vovs aurez un chiffre respectable d’influences diverses servant d'agents de transmission.
M. Teissier, dans une cérie de travaux, a insisté particulièrement sur le rôle des fumiers comme propagateur, comme intermédiaire de la diphtérie, bien qu'on ait voulu rejeter en bloc cette opinion.
Longuet a démontré récemment — chiffres à l'appui — que dans nos principales armées européennes la morbidité et la mortalité diphtériques sont constamment beaucoup plus élevées dans la cavalerie que dans linfanterie.
Depuis le Congrès d'hygiène de Vienne, Longuet a rassemblé un grand nombre d'observations nouvelles, dont trois très concluantes: deux à Tlemcen en Algérie, la troisième dans les Ardennes (Statistiques des armées, Longuet, 1893).
Des recherches faites dans l’armée allemande, avec
l'espoir peu déguisé de trouver les travaux de Longuet en
défaut, ont simplement abouti à confirmer leur véracité.
Edgar O. Barnès a trouvé 22 fois à signaler la proximité d'écuries mal tenues et des basses-cours où les volailles cherchaient leur nourriture au milieu du fumier.
Delthil a signalé plusieurs faits du même genre.
Voici quelques chiffres fournis par Dairson dans ses statistiques de la diphtérie à Buenos-Ayres, où cette maladie a pris une grande extension.
35 0/0 des personnes mortes de la diphtérie vivaient dans des maisons où se trouvaient des écuries de chevaux.
Sur 260 maisons atteintes 125 renferment des poules, 120 renferment des chevaux et des volailles.
Dans 55 autres cas c’est la maison voisine qui renferme des chevaux et, plus fréquemment des volailles.
Dans une épidémie observée récemment à Villefranches, sur onze Cas, un seul a pu être rattaché à la contagion ; les autres petits malades n’avaient entre eux aucun contact, mais auprès de chaque cas, note explicitement Guyot, se trouve une écurie de chevaux ou un poulailler. « Jai eu plusieurs fois, dit-il, l’occasion de constater la maladie, bénigne, il est vrai, mais réelle de la volaille ».
Ferrand, dans son rapport adressé au Conseil d’hy. giène du Rhône en 1887, s’est appliqué à démontrer d'une façon toute particulière les dangers des fumiers desséchés. IL a fait voir la mortalité considérable des banlieres des grandes villes et la fréquence de la diphtérie dans les communes suburbaines.