OBSERVATIONS
OBSERVATION I (ARNAUD — Mémoires de Chirurgie)
« En l'année 1706, M. Bryser, maître de Chirurgie de Paris, appela MM. MaRÉCHAI, Alexandre ARNAUD et ARNAUD DE ROUSIL, rapporteur de cette observation, au sujet d’un homme de cinquante ans, d’un tempérament très fort, attaqué d’un étranglement. Elle est singulière. ;
La tumeur, fort ancienne, de la grosseur et figure d’un petit melon, avait eu de tout temps la facilité de rentrer à la volonté du malade, chose rare pour une épiplocèle. Cet homme humilié par cette maladie, ne s'était jamais confié à quelqu'un qui eut pu y remédier; il ne porta jamais de bandage, cependant il y avait vingt ans qu'elle n'avait pas augmenté.
Il la faisait rentrer tous les soirs dès qu'il était au lit, de façon que sa femme ne s'aperçut jamais qu'il eut cette infirmité. Le 20 septembre, il eut des coliques et des vomissements, enfin tous les symptômes les plus marqués de l'étranglement se déclarèrent. M. Brer fit tout ce qu'il convenait de mieux en pareil cas et fit rentrer la descente, Les symptômes continuèrent après la réduction, la tumeur sôrtit par les efforts des vomissements. M. Buyer crut bien faire de la contenir avec un brayer, mais il ne servit à rien, les accidents augmentèrent, le conseil fut mandé le quatrième jour. On laissa sortir la tumeur, on l’examina avec attention, sans‘pouvoir trouver la cause de l'étranglement. Tous les consultants furent d’aecord sur la nécessité de faire l'opération : elle fut exécutée par Alexandre ARNAUD, démonstrateur en
anatomie au Jardin du Roy, et qui tenait alors le premier rang
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parmi les praticiens de Paris. Il trouva une anse de l'intestin ileum qui couvrait la partie moyenhe et inférieure de l'épiploon *e phénomène l’étonna et tous ceux qui étaient présents en furent : surpris comme lui. Il leva l'intestin avec précaution et trouva que l’épiploon qui était percé avait permis à l’anse du boyau de passer au travers de la déchirure et que l’anneau qu'il fermait était très épais, très enflammé et qu'il étranglait l'intestin. Il déchira avec ses doigts l'endroit de cette membrane qui faisait l'étranglement. Il remit l'intestin dans le ventre, quoique fort livide; rien ne s’opposa à la réduction. Elle fut faite avec beaucoup de facilité, tout le reste du sac herniaire était rempli par l’épiploon, dont il fit la ligature et il l’amputa. Le malade guérit, sans aucun accident, malgré le mauvais état où avait été le
boyau ».
OBSERVATION II Astley Cooper, Œuvres Chirurgicales — Bruxelles 1835
Communiquée par Richard CROACKES
« Le jeudi matin, 23 février 1804, je fus appelé à environ 1 heure du matin, pour voir M. W.., fermier, âgé de quatre-vingts ans, d’une Constitution grêle et, qui, néanmoins, avait joui précédemment d’une bonne santé et avait mené une vie active.
Il se plaignait d’une douleur très aiguë dans l’abdomen, principalement vers la région ombilicale. Cette douleur était survenue, il y avait près de trois ou quatre heures, sans nausées ni fièvre.
Le malade attribuait l'apparition de cette douleur à l’ingestion d’un peu de jambon qu'il avait pris à son dîner, le jour précédent et qui n'avait pas été suffisamment bouilli.
Ne pouvant découvrir aucune autre cause à cet accident, j'attribuai à la même cause que le malade, les accidents qu'il éprouvait.
Dans les informations que je pris après la mort du malade, j'appris que la veille du début des accidents, il avait fait, au moment où il montait à cheval, une chute dont il ne s'était pas
plaint au moment même. Comme il n'avait point vomi, je pensais
qu'il était préférable, eu égard à son âge avancé, de ne point lui donner d’émétique et je ne le soignais point pour le même motif. Mais je lui administrais une mixture purgative. Vers midi, je fus appelé de nouveau et la personne qui vint, me chercher m’apprit qu'il avait tout vomi. Alors, je lui donnai le tartre stibié, mais il ne rendit que le vomitif. Je prescrivis alors un lavement qui agit abondamment. Mais la douleur et les nausées continuaient. J’administrai alors deux grains d'opium et je lui laissai quelques pilules renfermant chacune quatre grains de calomel à prendre toutes les deux heures, jusqu'à effet purgatif, Mais à mon retour il avait rendu tout ce qu'il avait pris. Je fus appelé de nouveau pendant la nuit et je revins accompagné du Docteur Dow, qui prescrivit un bain chaud et réitéra la mixture purgative, mais sans plus de succès qu'auparavant (bains de pieds, lavements, huile de ricin, large vésicatoire sur l’abdomen, mixture effervescente).
Nous eûñmes ensuite recours au mercure à l’état métallique que nous administrâmes en grande quantité, mais les vomissements continuérent encore: le samedi matin, le Docteur Dymonp vit le malade. En ce moment, celui-ci se trouvait beaucoup mieux et on craignait que la gangrène ne se fut. établie. Le malade mourut à
11 heures dau soir, le 25.
Autopsie : l’épiploon était considérablement tiré vers l’estomui: et une portion de l'intestin grêle était gangrénée. A un examen ultérieur, on reconnut que cet état gangréneux avait été causé par la hernie de l'intestin à travers l’épiploon, hernie qui avait été suivie d’étranglement, Les intestins étaient complètement vides de matières dures ‘et étaient dans leur état naturel, excepté au niveau de l’étranglement, il n’en avait passé qu’une très
petite partie ».
OBSERK\ATION III
Docteur À. Guinarp — Kociclé de Chiruriyie, 1898
« Le 5 novembre 1897, je suis appelé d'urgence à Lariboisière,
auprès d’un électricien de vingt-trois ans, Eug. KF.…, qu'on venait
— 18 — ; de transporter de la salle Bouley à la salle Nelaton dans le service de M. PEyYRor.
Ce garçon, qui depuis un mois était soigné pour des « coliques de plomb », était entré la veille à la salle Bouley avec des accidents d'obstruction intestinale, Au moment où je le vois, l'état général est si mauvais que j'hésite à intervenir : la température est à 36°5, les-extrémités sont froides et Ie pouls est imperceptible et incomptable. L'occJusion intestinale est absolue depuis quatre jours ; il y a incessaimment des vomissements nettement fécaloïdes. Le ventre est si tendu et si douloureux à la pression qu'il est
impossible de faire un palper utile.
Je fais aussitôt une laparotomie médiane sous-ombilicale et le ventre ouvert, je trouve Fépiploon transformé en un véritable treillis, en une sorte de grillage dans les mailles duquel dix ou quinze hernies intestinales se font jour. Un des internes qui m'assistaient comparaît l’ispect de ce treillis grisâtre avec des hernies l'ouges au travers des mailles, à certaines tartes de pâtissiers, qui ont des fruits rouges dans un réseau de pâte. Cette ingénieuse comparaison donne bien une idée de l'aspect de cet épiploon. Une des anses herniées me paraissant noirâtre, étranglée et irréductible, je sectionne les brides caséeuses limitant la maille qui l’enserre et je referme l’abdomen. Le cours des matières se rétablit le même soir et, contre fout espoir, le malade quitta l'hôpital, très bien guéri, onze jours après l'opération.
J'avais donné issue, par une laparotomie à un abondant liquide ascitique louche et tout le péritoine était parsemé de granulations tuberculeuses, Les mailles épiploïques étaient circonscrites par des brides épaisses, infiltrées d'une matière caséeuse qui sortait en filaments vermiculaires quand on les comprimait avec les
doigts, au-dessus du point de section.
Le diagnostic de tuberculose péritonéale n'était pas douteux. Mais, s'il l’eût 6t6, le malade, en revenant deux mois après (le 26 janvier 1898) ne nous eût laissé aucun doute à cet égard. Il avait, du côté des lombes, un énorme abcès froid, qui a été ouvert, gratté, cautérisé et.qui a laissé une fistule encore per-
sistante, comme on peut le voir actuellement ».