HISTORIQUE
Avant 1691, le traitement des corps étrangers de l’œsophage était empirique et consistait à administrer des vomitifs, ou bien à pousser le corps étranger vers l’estomac au moyen de bols alimentaires volumineux. Quelques-fois même des manœuvres aveugles étaient tentées pour extraire le corps.
En 1691, Verpuc émet l’idée d’extraire par voie externe, les corps étrangers de l’œsophage. L’œæsophagotomie externe était née, mais dans cette première période de son existence, elle est considérée comme très dangereuse et VERDUC l’avoue lui-même.
GoursauD, en 1738, réalise la première œsophagotomie externe pour un os de lapin transfixant. Bien que nous ne possèdions aucune observation sur l'intervention, HEviN signale qu’elle se termina par la guérison.
Deux écoles, à ce moment, posent les indications opératoires. DELPECH intervient en face de phénomèness inflammatoires. BOYER intervient surtout en face des corps étrangers volumineux.
Après un siècle d’oubli, l’œsophagotomie externe reparaît grâce à la découverte de l’anesthésie et des méthodes antiseptiques, puis aseptiques. L’intervention reste toujours un acte sérieux, toutefois sa gravité est très notablement diminuée. Pour BEGIN, La-
Tes
VACHERIE, ARNOTT, Ch. BELL, SEDILLOT et TERRIER, elle reste avant tout l’intervention d’urgence.
Les statistiques de mortalités sont encore élevées, puisque Pasrour (Th. de Paris 1906-1907), parle de 14 à 20 %.
L’endoscopie naît. Pour une seconde fois, l’œsophagotomie tombe dans loubli et n’est considérée que comme un pis aller, quand une instrumentation appropriée fait défaut.
Actuellement, on a recours à l’œsophagoscopie, et à l’extraction par les voies naturelles toutes les fois que la chose est possible; mais dans certains cas difficiles, elle ne peut être employée que par certains spécialistes virtuoses qui, avec un entraînement intensif, disposent €une instrumentation parfaitement adaptée.
CHEVALIER JACKSON ne mentionne pas l’œsophagotomie externe dans son Traité des maladies de l’œsophage, et estime du reste que tout corps étranger ayant pénétré par les voies naturelles doit être extrait par ces mêmes voies.
En Europe, depuis 1929, sous l’impulsion de ZYNKkiN, PATEL, AUBIN, REBATTU, et plus récemment de SoBoL et d'OMBREDANKE, l’æœsophagotomie externe est remise à l’ordre du jour.
Ayant eu l’occasion de voir dans le service d’otorhino-laryngologie des hôpitaux de Nantes, l’extraction de deux corps étrangers de l’œsophage par voie cervicale externe, nous avons pensé que l’étude des indications et de certains points de la technique opératoire pourrait être le sujet de ce travail.
INDICATIONS OPERATOIRES
Le diagnostic de corps étranger de l’œsophage étant posé, quelles sont donc les indications opératoires de lœsophagotomie externe ?
Ces indications peuvent dépendre du corps luimême, de son volume, de sa forme, des lésions qu’il a provoquées, ou dépendre des phénomènes inflammatoires qu’il déclenche au niveau de la paroi œsophagienne et des tissus avoisinants.
Elles peuvent dépendre également de l’état du malade fatigué par la douleur, l’insomnie, les manœuvres pratiquées avant de venir chez le spécia-
liste.
Indications opératoires posées par le corps étranger.
Le corps étranger peut être d’un volume tel que son extraction par endoscopie ne peut être envisagée.
Habituellement, les malades qui ont ingéré un corps étranger volumineux se présentent avec des signes de dysphagie très prononcés. Ils étouffent, sont cyanosés, présentent une toux presque incessante, ont des nausées et des vomissements.
Quelquefois cependant, des corps étrangers d’un assez gros volume peuvent être assez bien tolérés, et
pes
n’entraînent pas d'accidents dramatiques. Tel est le cas du malade dont parle l’observation II (Service d’oto-laryngologie des hôpitaux de Nantes).
Le corps étranger peut également être retenu par upe de ses aspérités, .ou bien enclavé dans la paroi œsophagienne. Dans ce cas, trois éventualités peuvent se présenter :
Ou la prise ne peut être aisément faite par endoscopie, le corps ayant transfixé la paroi œsophagienne et n'étant que très peu visible, comme le signale M. OMBREDANNE au cours d’une observation publiée dans la revue de Bronchoscopie œsophagoscopie et gastroscopie. (Janvier 1935).
Ou le corps étranger présente des aspérités telles que les délabrements de la muqueuse œsophagienne sont inévitables, même après une rétraction de celleci par une adrénalino-cocaïnisation poussée.
Soit encore parce qu’on ne dispose pas d’une instrumentation suffisamment complète pour pouvoir sectionner ou morceler un corps étranger par voie endoscopique.
Indications posées par l’état du malade.
Chez un malade choqué ou dont l’état général est mauvais, il est nécessaire de n’avoir qu'un seul acte opératoire à accomplir, et le moins traumatisant possible.
On ne peut jamais être sûr du succès d’une extrac-
tion par endoscopie, surtout en présence d’une mup'e,
LR ES
queuse œdématiée; d’autre part, une anesthésie par badigeonnage nécessite une quantité de cocaïne assez importants, dont l'effet nocif vient s'ajouter aux chocs opératoires et infectieux.
Chez un malade non choqué, mais qui présente des phénomènes inflammatoires importants, tels qu’une douleur spontanée sur le trajet de l’œsophage, et dont il ne peut préciser le siège, une élévation notable de la température, une tuméfaction, et une infiltration du tissu péri-œsophagien rétrécissant la lumière de l’æœsophage, l’extraction par les voies naturelles peut présenter une certaine gravité et faire poser l'indication opératoire d'extraction par voie cervicale externe.
En résumé, les indications de l’œsophagotomie externe sont posées :
1° Par le volume ou la forme irrégulière d’un corps étranger.
2° Par son mode d’arrêt dans la lumière œsophagienne.
3° Par les phénomènes inflammatoires qu’il détermine au niveau de son lieu d'arrêt ou dans les tissus
avoisinants.