CHAPITRE TI
Ablation de l’astragalc dans l’ostée-
arthrite tuberculouse du picd.
C’est de ce siècle seulement que datent les interventions chirurgicales conservatrices dans les ostéoarthrites du pied, et jusqu'en 1874, on peut dire que les ablations osseuses ne constituaient pas un traitement véritable; on enlevait bien selon le degré des lésions un os ou une partie d'os, mais comme on enlevait un séquestre, une esquille à travers une fistule ou une plaie. |
Il faut arriver à l'époque contemporaine pour voir l'ablation de l’astragale dans la tumeur blanche du pied, devenir une question à l’ordre du jour et la source d'importants travaux.
C’est à M. Ollier, de Lyon, que revient la gloire: d'avoir inauguré cette ére nouvelle de la chirurgie conservatrice, il lui était réservé de régler les débats
“sur ce sujet et de marquer le chemin parcouru
{Trouillet. Thèse de Lyon, 1889).
En 1874, au Congrès de Lille, le professeur de Lyon
lisait à l'Association Francaise pour l'avancement des sciences, un mémoire sur les réseciions et ablations des os du pied et autres opérations propres à éviter les mutilations de cet organe; voier ce que nous y trouvons : « Avant d'étudier séparément pour les diverses
régions les différentes opérations qui. leur sont applicables, je dois mettre en relief la considération capitale qui domine mon sujet, c’est l’âge des opérés, Cette question d'âge, siimportantedans toutes les résections, l’est ici plus que partout ailleurs, et nous pouvons dire que les résections et les diverses
. opérations conservatrices très justifiées au-dessous -de 20 ans, sont d'autant mieux indiquées que le sujet est plus jeune. Au-dessus de vingt ans, les contre-
indications augmentent ct plus on avauce dans la vie, plus lamputation présente d'avantages. » Parlant de l’astragale, il dit :
« La carie de cet os est la conséqueuce de Parthrite fougueuse qui se développe fréquemment dans l’articulation tibio-tarsienne. Il faudrait simultanément
réséquer ou du moins abraser la surface des os
contigus, et comme les os sont en même temps plus
où moins altérés. il faudrait faire des délabrements
énormes. Ce n’est que chez les enfants que l’on doit LA
rechercher avec persévérance la conservation, en
combinant limmobilisation avec les cautérisations
intra-articulaires. »
BE que
Quelques années plus tard, M. Ollier allait être Le promoteur de l’extirpation de l'astragale dans l’ostéoarthrite tibio-tarsienne comme moyen de mieux arriver jusqu'aux lésions des os voisins ou des articulations sous-astragaliennes et astragalo-scaphoïdiennes.
En 1874, M. Oflicr n'avait encore eu l'occasion d’enlever que deux astragales, et les bons résultats immé-
diats l’engagérent à intervenir dans les mêmes conditions.
Peu à peu, le professeur de Lyon, suivant avec intérêt tous ses opérés, les revoyant de loin en loin, appréciant ainsi la valeur réelle de son traitement, pouvait affirmer que les bons résultats immédiats de son opération s'étaient maintenus à longue échéance.
Puis, après les recherches anatomo-pathologiques, : on vit que contrairement à l'opinion généralement répandue, l’astragale n’était pas des os du tarse le plus rarement malade. Czerny, Kocher, Konig démontré-. rent que souvent l'affection était localisée 4 l’astrasale, que c'était là fréquemment le foyer d'ostéite dans les arthrites fongueuses. Alors l’extirpation de l’astragale se généralisa bientôt. En 1883 et 1884, M. Ollier avait enrichi sa statistique de nombreux cas suivis d'aussi heureux résultats. L'application de la théorie était faite let justifiée et, la même année, le professeur de Lvon exposait à la Société Nationale de Médecine, tous les succès qu’on pouvait attendre de la nouvelle méthode.
La même année, dans un mémoire remarquable de
RE en
M. Robert, agrégé au Val-de-Grâce, cette méthode recevait une nouvelle confirmation.
En Allemagne, Paul Vogt arrivait aux mêmes conclusions et dans le Centralblatt, 11 S’exprimait ainsi : « L'Observation démontre que l’astragale et son appareil ligamenteux, surtout celui du sinus du « tarse, sont souvent le siège d’une destruction tuber- « leuse avancée, dans les formes ordinaires d’arthrite « fongueuse du cou-de-pied, même lorsque la syno- « viale a été primitivement attaquée. »
Certes, les divergences les plus grandes régnent encore au sujet de la chirurgie conservatrice du pied, mais l’ablation préalable de l’astragale dans les ostéoarthrites tuberculeuses a trouvé partout des partisans convaincus. Les observations se sont multipliées de jour en jour, et voilà que la théorie nouvelle à peine née il y a dix ans, à pris rang parmi les opérations heureuses et restreint les limites de l’amputation tibiotârsienne.