CHAPITRE IV
L’'HYGIÈNE DANS L’OXYUROSE
Nous nous sommes toujours efforcé de persuader les porteurs d’Helminthes du fait que la réussite définitive d’un traitement dépendait au moins autant de l'application stricte de certaines mesures d’hygiène appropriées, que de la régularité d’application de la thérapeutique médicamenteuse. Les deux perspectives essentielles de celle-ci sont d’une part, de pourvoir à une laxation régulière et répétée (pour entraîner le plus d’éléments. parasitaires dans les selles), d’autre part, par l’ingestion régulière à des doses inoffensives de médicaments spécifiquement anthelminthiques d’agir sur la musculature des parasites même et de favoriser leur élimination dans les matières fécales.
L’hygiéniste qui veut agir utilement en matière d’oxyurose doit, à notre sens, avoir toujours présent à l'esprit les données suivantes :
19 Biologie de l’oxyure.
20 Action de l’eau sur les œufs d’oxyure.
En ce qui concerne le premier point, nous avons montré plus haut que si la possibilité d’une évolution complète à l’intérieur du porteur, est plus précisément dans son intestin, comme l’ont soutenu PENSO et Kocx, il n’en demeure pas moins que la «voie leuckartienne » d’infestation est probablement la plus fréquente. Ceci amène à dire que le rôle de la main et plus spécialement celui des ongles qui portent le microscopique œuf de parasite à la bouche est particulièrement important. Nous dirons que c’est entre la main et la bouche qu'il faut intercepter l’œuf ou encore l'empêcher de parvenir sous les ongles.
Quant au deuxième point, celui de l’action de l’eau sur les œufs d’oxyures, rappelons simplement qu’en Indonésie, à côté de nombreuses parasitoses intestinales, l’oxyurose est inexistante et que ce fait est vraisemblablement dû aux nombreux bains quotidiens que prennent les indigènes, et par conséquent au séjour prolongé dans l’eau que subiraient d’éventuels œufs qu’aurait pondus dans la région périanale une femelle migratrice. Ces œufs ne résisteraient pas aux immersions répétées. Il convient donc de s’inspirer de cet enseignement et de recommander, pour la dévitalisation des œufs, de fréquents bains de siège. Cette action de l’eau pourra, non seulement être utilisée dans la prophylaxie
individuelle, mais encore devra s’exercer sur tout ce qui est susceptible d’être parasité. Or, l’on sait pratiquement, que l’œuf du parasite et le parasite adulte peuvent être mélangés à la poussière, sous les bancs d’écoliers, aussi bien que dans les habits et le linge de corps ou bien encore sur les aliments et les fruits.
En ce qui concerne les aliments, lorsqu'il s’agit de viandes, ou de légumes, la cuisson viendra à bout de l’œuf embryonné, mais pour désinfecter valablement les crudités : salades, légumes, fruits, il faudra prévoir dans la mesure du possible, une préparation comprenant un séjour dans l’eau, puis, surtout en été, une conservation sous cloche. Celle-ci les mettra à l’abri de l’agent transporteur, la mouche, qui va puiser dans les matières fécales. Cette conservation sous cloche, ou sous papier cellophane ou sous gaze devrait être exigée des commerçants détaillants, notamment en ce qui concerne les denrées comme le fromage, le beurre, etc. Il'est vrai qu’en toute logique, on pourrait exiger des conditions d’asepsie à partir du moment de la production jusqu’à l’instant de la consommation, ce qui nous paraît quelque peu utopique.
On éliminera les œufs et les parasites adultes des habits d’un porteur par brossage méthodique et étuvage prolongé, si le séjour dans l’eau n’est pas possible. Pour le linge, on procédera à un trempage prolongé et à un lessivage dans l’eau chaude. Il est inutile d’ajouter des produits antiseptiques à l’eau.
La mouche, agent vecteur de l’Oxyurose
Maints hygiénistes étudiant la question de la propagation de l’oxyurose ont consacré d’importants chapitres au rôle d’agent vecteur de la mouche, qui, puisant d'innombrables œufs d’Helminthes dans les différents endroits où s’accumulent les matières fécales, les transporterait un peu partout, notamment sur les fruits et les légumes, dont certains sont consommés crus et ne jouissent pas, par conséquent, de la protection donnée par la cuisson. Nous avons déjà dit que la conservation sous cloche était une parade suffisante à ce danger d’infestation, mais nous pensons que celui-ci est beaucoup moins grand qu’on ne le croit généralement. Nous voudrions, à l’appui de cette opinion, souligner deux faits :
19° Les matières fécales ne contiennent que peu d’œufs et autres éléments parasitaires, comme nous avons eu l’occasion de l’exposer dans notre paragraphe consacré à la biologie des Helminthes.
20 Les matières fécales étant de plus en plus drainées et collectées par des courants d’eau à grande pression, les œufs d’oxyures au contact prolongé de cette eau finissent par périr. F
Il suffira donc d’une part, d’assurer un abondant écoulement d’eau et d’autre part, de recouvrir convenablement les endroits où séjournent les matières fécales. Ce problème nous paraît d’ailleurs être essentiellement un problème d'hygiène rurale, la plupart de nos grandes villes ayant adopté des réseaux d'évacuation