OBSERVATION XIV
MM. F. BALZER et GAUCHERY. — Lymphangiome ou hémangiome kystique de la langue. Annales de dern.atologie et de syphiligraphie, Année 1899, 3° Série, T. X, page 240.
Jules G., âgé de 16 ans, entre le 2 mars 1899 à la Salle St Hillairet, lit n° 22, pour une affection de la langue datant de 10 ans environ. Il est seul dans sa famille atteint de cette affection. Il a une sœur bien portante et n’a jamais été malade.
L'affection n’est pas congénitale ; elle débuta il y a dix ans environ, à la face inférieure de la langue, près de la pointe. À l’examen actuel on constate les signes suivants :
La langue est de volume normal. La lésion s'étend du bord libre de la pointe à un centimètre et demi environ du plancher buccal et en largeur elle est plus étendue à droite qu'à gauche. Elle présente un aspect framboisé et semble formée
de grappes de vésicules kystiques, les unes rouges, en appa-
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rence franchement hématiques, la plupart blanchez et transparentes comme des kystes lymphatiques. Ces deux sortes da vésicules sont irrégulièrement distribuées, mélangées les unes avec les autres, sans ordre apparent. Leur agglomération forme deux masses très proéminentes à la face inférieure de ia langue, l’une, suivant le bord libre et empiétant un peu sur ce bord, l’autre, à un centimètre au dessous, au niveau de l'extrémité supérieure du filet, Ces deux masses principales sont réunies à droite par un tractus transversal neu saillant de sorte que l’ensemble rappelle un peu la forme d’un fer à cheval.
Les glandes sublinguales sont sensiblement hypertrophiées ; quand on examine le dos de la langue, on constate que la tumeur déborde la pointe et le bord libre de la langue mais n’empiète pas sur la face dorsale,
Au niveau du tiers antérieur de la surface dorsale de la langue, on constate des éléments disséminés, arrondis, d’apparence vésiculeuse, les proéminents, plus gros, comme un grain de mil, agglomérés ou isolés.
Ils ne sont pas proéminents comme à la face inférieure de ia langue. Quelques uns de ces éléments, les plus petits, forment une sorte de sablé assez uniforme dans tout je tiers anterieur de la langue. On constate un seul de ces éléments franchement hématique, gros comme une tête d’épingle ; les autres sont roses, tranchant peu sur la couleur normale de la muqueuse buccale.
Il y à une hypertrophie très notable des papilles linguales Sur le dos de la langue, il semble donc que l’on éssiste au début de la lésion. Pas de troubles fonctionnels, indolence absolue. Il n’y à pas de salivation anormale. La santé générale est très bonne,
Ce malade présente, en résumé, une tumeur dont l'aspect correspond parfaitement à la description que les auteurs ont
donnée du lymphangiome. Il est très affirmatif sur ce point
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que la tumeur ne serait pas congénitale. Le fait est possible, ainsi qu’on l’a déjà observé, mais il se pourrait aussi, que la tumeur n'ait appelé l’attention qu'au moment où elle a pris un certain développement. Il parait certain que son évolution dure encore, et notamment les petites vésicules du dos de la langue seraient de date récente. On peut donc se demander si au moment de la naissance, il n’existait pas déjà quelques ectasies de vaisseaux lymphatiques trop petites pour ne point passer inaperçues.
L'examen biopsique de cette tumeur, n’a point encore été fait, Nous n’essaierons donc point de préciser le diagnostic et Ge dire si la tumeur appartient au groupe des hémolymphangiomes où mieux hémangiomes kystiques, étudiés par Arracon, E. Besnier et Jacquet ou au groupe des lymnhangiomes proprement dits. D’après l'observation clinique, nous serions disposés à considérer la tumeur comme un hémangiome kystique, mais cette opinion demande vérification histologique.
Pour le traitement, notre intention est d'entreprendre la cautérisation ignée des vésicules au moyen du galvano-cautère qui a donné de bons résultats dans le cas d’hémolymphangiome cutané.
M. Leredde. — Un cas analogue a été publié par M. Robin et moi sous le titre de varices lymphatiques de la langue. L'examen histologique a montré qu'il s'agissait de dilatation des vaisseaux lymphatiques, les vaisseaux sangüins n'étaient pas intéressés.
Chez notre malade, l'affection évoluait par poussées accompagnées d’une tuméfaction considérable de la langue, de fiè. vre, comme si elle était de nature érysipélateuse.
Je me demande si, chez le malade de M. Balzer on ne pourrait soulever l'hypothèse d'une forme de tuberculose linguale, la tuberculose pouvant comme l'infection streptocaccique, déterminer des lésions lymphatiques de cet ordre,