OBSERVATION XIX
NICOLAS, GATÉ, BARBIER et JUVIN. — Lymphangiome de la langue. Présentation d’un malade. Lyon Médical, n° 9, 10 mai 1923, page 397.
T1 s’agit d’un jeune homme de 17 ans, sans antécédent digne d'être noté, qui présentait depuis sa naissance, une tumeur de la moitié de la langue, tumeur à l'habitude indolocre, ne gêrant ni la parole, ni la mastication, grosse comme une noix et recouverte d’une muqueuse de teinte rosée normale mais « plus granuleuse » que la muqueuse saine.
Depuis cinq ans environ, la tumeur subit chaque année à une ou deux reprises, une augmentation brusque de volume : Elle devient douloureuse, la muqueuse à sa suriace prend une teinte noirâtre : Ces paroxysmes régressent habituellement en quatre ou cinq jours par simples gargarismes.
Au mois de novembre 1922, une pareille exacerbation est survenue, mais contrairement à l'habitude, n’a fait qu'augmenter jusqu’au jour où le malade vient consulter (26 décembre 1922). A ce moment on constate les phénomènes suivants : la langue est énorme et empêche l’occlusion complète de la bouche ; la palpation révèle, dans la moitié droite de la surface, une tumeur du volume d’une petite mandarine, de consistance ferme, non fluctuante, douloureuse. La muqueuse à sa surface est noirâtre, chagrinée, couverte de petites perles rougeâtres ; une fausse membrane, noiratre, d'aspect gangréneux et d’odeur fétide engaine la moitié droite de la langue :
le moindre attouchement, provoque june légère hémorragie,
A côté de la tumeur principale, sur le côté gauche du sillon médian, se trouvent deux petites tumeurs framboisées, de teinte rose.
Sur le reste de la langue, sur les joues, sur les gencives, la muqueuse est absolument normale.
La salivation est abondante ; il n’y a pas de trismus.
Les ganglions sous-maxillaires et carotidiens sont gros, mo. hiles, modérément douloureux.
Le malade est amaigri et pâle ; l'examen général est négatif.
o janvier. — Après lavage à l’'H°O*°, et des badigeonnages au bleu de méthylène, la langue est revenue en une dizaine de jours à son état antérieur ; la tumeur a maintenant le volume d'une noix. Elle est indolore et de consistance ferme, À 5a surface, sur le dos de la langue, la muqueuse a sa teinte rose normale : Elle est parsemée d’une manière discontinue de petites grahulations perlées, grosses comme une tête d’épin- gle: les unes sont blanchâtres de teinte laiteuse et la piqûre de l’une fait sourdre une sérosité incolore ; les autres sont roses ou rouges à contenu nettement hématique. A la face inférieure de la langue la teinte est rouge vineux et les perles sont rouges et violacées. Certaines cependant sont translucides.
Les ganglions ont disparu.
L'histoire de cette lésion linguale, qui existe depuis la naïissance, oriente immédiatement le diagnostic du côté d’une tumeur congénitale. Les épisodes que nous avons signalés et qui se caractérisent par une augmentation du volume de la lésion et par des phénomènes inflammatoires doivent être rapportés à des fissurations traumatiques d’origine dentaire, secondairement infectée.
Quant à la nature de cette tumeur, la description objective détaillée impose en quelque sorte le diagnostic, d'hémolymphangiome de la langue, diagnostic qu'a affirmé Monsieur le Professeur Nicolas.