NÉS
en éveil. Les renseignements font absolument défaut pour les trois cas étudiés par Hutchinson et enfin une origine atypique de la tumeur est celle qui est relatée dans la deuxième observation (femme de 52 ans s'apercevant de sa lésion à la suite d’une morsure de la langue faite 18 mois plus tôt). Mais dire de l’hémo-lymphangiome lingual qu'il est congénital n'est pas répondre à la question posée au début de ce chapitre. Comme nous l’a maintes fois fait remarquer Monsieur le Professeur Favre, dans son service de l'Hôtel-Dieu, ce terme de « congénitalité » n'est qu'un mot, un bouclier derrière lequel nous abritons notre ignorance. Il ne faut pas parler de congénitalité simple, vague et imprécise, entité indéfinissable, mais de maladies congénitales, Hutinel entre autres a bien prouvé ce fait. Le bec-de-lièvre, le spina bifida sont aussi des affections dites congénitales, que l’on sait, aujourd’hui, relever d'une infection et en particulier de la syphilis des parents. Rien de semblable pour la tumeur qui nous intéresse. Une fois seulement, l'attention est arrêtée par deux fausses couches de la mère et des séquelles de kératite chez la fillette atteinte d'hémo-lymphangiome de la langue. Huit autres fois l'examen des antécédents héréditaires reste négatif ; les renseignements font défaut pour le reste des observalions.
Plusieurs auteurs, frappés par la présence simultanée, chez le même malade, d'un hémo-lymphangiome lingual et de plusieurs autres naevi (vasculaires, verruqueux, pigmentaires, pileux) ont expliqué cela par la « dysembryoplastie ». Hélas ! encore un mot qui, pas plus que la « congénitalité », n'apporte de lueur nouvelle
sur l'obscurité qui entoure l'étiologie de la tumeur. La question paraît donc rester entière.
Par contre, lorsqu'il s'agit d'établir les causes d'apparilon de la tumeur et d'indiquer la part qui revient à la néoformation lymphatique et à la lymphectasie dans son développement, les interprétations apparaissent aussi nombreuses que divergentes.
Quand parut, en 1898, la remarquable étude de Brocq sur le lymphangiome circonscrit de la cavité buccale, la discussion portait sur deux points : 1°) aux dépens de quel tissu est constitué l’hémo-lymphangiome ? Avant le mémoire de Brocq, les auteurs français avaient tendance à lui attribuer une origine vasculaire sanguine, tandis qu'à l'étranger il était regardé comme une tumeur lymphatique (voir chapitre I, Historique) ; 2°) Y a-t1l néoplasme au vrai sens du mot? Ces lésions sont-elles uniquement formées aux dépens des éléments prééxistants du tissu envahi, ou y a-t-11 néoformation d'éléments nouveaux ?
Brocq répondit à ces deux questions. Nous rapportons ces conciusions.
Il résume ainsi sa réponse à la première question : le lymphangiome circonscrit est-il un véritable lymphangiome pur ou bien un hémangiome ?
« Les rôles joués par le système sanguin et le système « lymphatique dans la constitution du lymphangiome « circonscrit nous paraissent devoir être répartis ainsi « qu'il suit, et nous nous appuyons, pour émettre ces « conclusions, sur nos recherches personnelles et sur « celles de Tôrôk et de Freudweiler, entiérement con- « cordantes avec les nôtres : les lacunes et les kystes
ni
viennent de la dilatation de vaisseaux lymphatiques. Ces auteurs et nous-mêmes, nous avons pu vérifier histologiquement l'exactitude de cette assertion, tandis que les partisans de la thérie angio-hématogène n’ont pas pu établir la filiation certaine des dilatations kystiques et des vaisseaux sanguins. Les vésicules claires, les kystes à contenu granuleux sont donc les éléments jeunes, primitifs de cette affection. Mais toujours les vaisseaux sanguins sont dilatés ; de par le fait de la dilatation progressive des vésicules superficielles, celles-ci finissent par être entourées de capillaires nombreux. A la base des vésicules ils détérminent l'aspect clinique des vésicules claires à point pourpré central. Ces capillaires se rompent facilement : dans le tissu conjonctif, ils constituent les infarcius intra-papillaires ; dans les vésicules, les kystes à contenu sanguin. Il est dès lors facile de comprendre que les cavités à contenu sanguin soient beaucoup plus fréquentes à la superficie des coupes, dans les kystes papillaires, qui se développent plus facilement, que dans la profondeur, dans les lacunes dermiques, dont le développement trouve un obstacle dans la présence du {issu fibreux qui les entoure. Mais la participation du système sanguin, qui est constante, peut être plus ou moins importante ; réduite au minimum, elle donne des faits, comme celui de Schmidt, où les vésicules restent toujours claires : c'est le Iymphangiome pur. Quand elle est portée au maximum, il en résulte des cas comme ceux de Besnier et Jacquet, de Smedt et Bock, pour les lymphangiomes cutanés ; pour la langue comme celui de Bryant, où la prépondérance des éléments hémorragiques a pu