CHAPITRE IV
DiraGnosric. PRONOSTIC. INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES.
Le diagnostic de l’hémoglobinurie en tant qu’accès n'offre aucune difficulté; il suffit d’avoir assisté à une de ces attaques pour ne pouvoir la confondre avec aucune autre maladie. Que ce soit le froid, les exercices musculsires exagérés, la marche est toujours la même; et l’examen attentif des urines, fait au moyen du microscope et du spectroscope, fixera le médecin à cet égard.
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L'hématurie seule pourrait au premier abord en imposer pour une hémoglobinurie, quelle que soit sa cause, qu’elle soit déterminée par une affection de la vessie ou des reins, le plus souvent elle n’apparaît pas d’une façon aussi brusque; elle a été précédée souvent de douleurs, de coliques néphrétiques s’il s’agit d’une néphrite calculeuse, elle a été déterminée par la danse, la promenade en voiture ; il en est de même s’il s’agit d’un calcul vésical. Dans l’hématurie, dès le début de la crise, l’urine est rouge foncé, puis noirâtre; elle contient parfois des caillots sanguins ; enfin les gammes chromatiques ascendante et descendante font entièrement défaut. Un examen superficiel pourrait parfois induire en erreur, si l’on n’a pas recueilli les urines à plusieurs reprises différentes ; il faut alors recourir à l’examen microscopique et spectroscopique indispensable dans la plupart des cas.
Nous ferons remarquer que l’hémoglobinurie essentielle paroxystique présente des caractères qui la rapprochent d’autres formes d’hémoglobinuries.
En premier lieu, ce sont les hémoglobinuries toxiques accompagnant l’empoisonnement par le chlore, le phosphore, l'hydrogène arsénié et sulfuré. Eitner, de Breslau (1), a signalé quatre cas d’hémoglobinurie, déterminée par l'hydrogène arsénié. Ce fait avait été remarqué déjà par Waechter d’Altona (2). Il faudra donc toujours s’enquérir des conditions dans lesquelles vit le malade, ce qui n’est pas toujours chose facile à déterminer, car l'on sait que l’empoisonnement par l'hydrogène
(1) Eitner, Berlin. Klin. Wochens., p. 256, 3 mai 1880, {2} Waechter. Vierteljarhschrift f. die Gerich. Med. und Def. Samt., nouvelle série XX VIII. p. 251, août 1878. Barrion. 3
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arsénié déterminé souvent par des tapisseries, des meubles ou des tentures, peut fréquemment passer inaperçu; cet arsénicisme professionnel ou domestique, sur lequel M. Layet a beaucoup insisté, donnera lieu à une foule d’autres symptômes : ulcérations cutanées, troubles nerveux, céphalalgie, insomnie, pyrosis, diarrhée, conjonctivites rebelles, etc...
Neisser (1) a cité un cas d’hémoglobinurie à la suite de frictions cutanées avec le naphtol; Ponfick, après des frictions mercurielles; ce sont là encore des conditions dont il faut s’enquérir.
Nous ne pensons pas que l’hémoglobinurie, dans des maladies, telles que la fièvre typhoïde (Griesinger), le scorbut, l’ictère grave (Neubauer et Vogel), les fièvres éruptives (Coze et Peitz), puisse jamais être confondue avec l’hémoglobinurie essentielle.
La distinction sera peut-être, dans quelques cas, plus difficile à faire avec la fièvre bilieuse mélanurique des pays chauds. Corre (2) a montré que cette affection apparaît surtout chez les acclimatés et au moment où les oscillations de la température sont les plus prononcées; les caractères de l’urine sont ceux de l’hémoglobinurie, et quoique cette maladie soit manifestement de nature paludéenne, d’autres facteurs doivent entrer en jeu, parmi lesquels l’action d’un froid relatif qui pourrait jouer un rôle considérable. Il serait donc difficile de reconnaître et diagnostiquer l’hémoglobinurie essentielle de cette affection rare et peu connue dans les climats tempérés, et dont les caractères ne sont pas encore nettement tracés.
(1) Neisser. Centralblatt f. m, w, n° 30, 1884, (2) Corre, Arch. de méd.nav,, 1881, n. 3.
Ces idées sont relatées avec détail dans la thèse de Brejeon de 1884.
Citons encore une variété d’hémoglobinurie, signalée plus haut et que nous connaissons surtout, grâce aux travaux de M. Lépine, l’hémoglobinurie dans les néphrites, qu’il faudra savoir diagnostiquer.