ETATS
La même tendance d'esprit peut se constater chez Parrot, qui pourtant trouva une fois, à l'autopsie. d’un enfant de deux mois, « à la partie antérieure du larynx, entre les cordes vocales, un ulcère rond, taillé à pic, de 2 millimètres de diamètre et décollé sur ses bords ».
Il semble que la première observation d'un cas de syphilis héréditaire du larynx diagnostiquée au miroir soit due à Czermak, qui la publia en 1860 dans son travail sur l'emploi du laryngoscope. Il s'agissait d’une fillette de onze ans qui, à diverses reprises, avait présenté des manifestations de syphilis héréditaire et chez laquelle la laryngoscopie montra des lésions fort graves de l’épiglotte, des ulcérations endolaryngées et de la périchondnite suppurée.
Isidore Frankr, en 1868, parle d'un enfant qui mourut avec des symptômes de laryngite; l’autopsie fil reconnaîlre une ulcéralion du larynx.
P, Dipay est le premier auteur français qui se soit étendu un peu longuement sur ces manifestations laryngées de l'hérédo-syphilis et ce qu'il en dit a d'autant plus de valeur qu'il croyait beaucoup plus à la syphilis acquise de l'enfance qu’à la syphilis héréditaire, Dans son Traité de la syphilis des nouveaunés, après avoir cité parmi les signes de la syphilis héréditaire du larynx, l’enrouement, la raucité de la voix et de la toux, il ajoute : « La modification vocale ent, selon moi, au développement de tubercules muqueux où à un simple érythème de voisinage des ligaments aryléno-épiglottiques. Comme sur les autres -muqueuses, l'ulcération peut ici succéder au tubercule
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muqueux et déterminer par sa cicatrisation un rétrécissement du conduit. Mais les observations de ce genre sont très rares. »
Avec la vulgarisation de la laryngoscopie, le nombre des cas observés devait naturellement augmenter. C'est ainsi qu’en 1880, F. Semon nous parle déjà des complications possibles d'œdème aigu du larynx survenant brusquement chez des hérédo-syphilitiques ayant présenté antérieurement des lésions laryngées. Il cite les observations de deux fillettes qui succombèrent dans ces conditions.
Sir Morezz MACKENZIE nous rapporte, dans la même année, Cinq observations d'hérédo-syphilis du larynx. Il déclare avoir observé cette affection assezfréquemment, mais jamais chez des enfants ayant moins de sept ans.
Avec John Noraub Mackenzie (de Baltimore), la question prend une ampleur inattendue. Pendant son séjour de quelques mois à Londres en 1880, le laryngologiste de Baltimore releva à l'hôpital des enfants et à Throat London Hospital soixante-seize cas d'hérédosyphilis laryngée ! Il conclut dans son important mémoire que « les manifestations laryngées ne sont pas rares dans la syphilis congénitale et que même elles constituent l’un des phénomènes les plus constants et les plus caractéristiques de cette maladie. »
En 1885, Scnôerz publie cinq cas d’hérédo-syphilis laryngée tardive. Pour l’auteur allemand, cette affection, constatée rarement, passerait souvent inaperçue. « Si l'on songe que ces affections se distinguent avant tout par leur peu de douleur, par leur évolution apyrétique, par une certaine tendance à guérir sponta-
nément, qu'elles sont d’ailleurs rarement isolées et qu’elles disparaissent à la suite d’un traitement institué pour d’autres symptômes, iln’y a rien d'élonnant à ce qu’elles passent fréquemment inaperçues chez les enfants. Tant qu'il n'existe pas d’enrouement persistant ou de dyspnée, on ne conduit que rarement ou même pas du tout les enfants à l'examen du spécialiste. Alors il n'est pas surprenant que la statistique ne soit pas du tout en concordance avec le nombre de cas réellement existants. » (Traduit du Deutsche medicinische Wochenschrift :zur Kasuistik der Larynx Syphilis bei Kindern, 1885, page 621.)
Le professeur Fournier, qui cite longuement Mackenzie dans son ouvrage sur la syphilis héréditaire tardive paru en 1886, dit à son tour que les manifestations laryngées sont beaucoup plus communes qu'on ne le croit généralement.
SEVESTRE, en 1889, publie dans le Progrès médical six observations d'hérédo-syphilis précoce du larynx. Il formule ainsi son avis : « Tout en reconnaissant que les manifestations laryngées de la syphilis héréditaire sont moins rares que ne l'ont dit Parror, RoGer, Hexoc, je ne crois pas qu'elles soient aussi communes qu'on pourrait le penser à la lecture du mémoire de MAackENzIE ». SEVESTRE ajoute plus loin que la staustique de MACKENZIE peut paraître un peu extraordinaire, mais que l'on doit lenir compte de cette circonstance que J. MackENzIE s'occupe spécialement des maladies de la gorge el que vraisemblablement un cerlain nombre de malades lui étaient adressés par d'autres médecins.
Un peu plus tard, Carraz rapporte deux observa- Uons personnelles de laryngopathies survenues chez des sujets de treize ans et demi et de vingt ans, atteints de syphilis congénitale. En dépouillant un grand nombre d'observations éparses dans divers recueils, il rassemble vingt-sept cas d'accidents laryngés tardifs chez des hérédo-syphilitiques et, entre autres conclusions, il altribue la rareté relative de ces cas ou bien à ce que l'attention a été appelée depuis peu sur eux, ou bien à ce que l'examen laryngoscopique n'a pu être pratiqué chez des sujets trop jeunes.
L'historique de eette question montre qu'elle fut surtout signalée et étudiée entre 1880 et 1890. Depuis, plusieurs auteurs français et étrangers ont de nouveau attiré l'attention sur cette affection autrefois si mal connue. Ce sont successivement Ricarpo BorTey, puis SOKOLOWSKI qui affirme que dans la littérature allemande on trouverait à peine douze publications relatives à l’hérédo-syphilis du larynx. Ensuite ArsLAN...
Les dernières contributions à l’étude de cette affection sont dues à des auteurs français : GareLz, HAUs- HALTER, AUBIN, GAUCHER, REVOL, CASTEx. On trouvera à la bibliographie des précisions chronologiques que nous ne donnons pas ici pour éviter les redites.
M. le professeur CozLer nous a inspiré l’idée de ce travail : nous sommes heureux de lui témoigner, ici, notre profonde reconnaissance pour les conseils qu'il a bien voulu nous donner et nous le remercions vivement des sept observations inédites qui proviennent de sa pratique et que nous publions plus loin.
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ÉTIOLOGIE
Comme les autres manifestations de la syphilis héréditaire, les laryngopathies sont précoces ou tardives, c’est-à-dire qu’elles s’observent avant ou après l’âge de trois ans. Cependant, tous les cas constatés par le médecin, dans la seconde enfance, ne sont pas nécessairement des manifestations exclusivement tardives. L'hérédo-syphilis laryngée étant, par définition, une affection chronique, sujette à récidives, 1l s'agira, en réalité, dans un certain nombre de ces cas, de répéttions de manifestations antérieures el précoces passées inaperçues ou négligées.
Les causes qui favorisent la localisation de la maladie générale sur le larynx sont vagues ou incertaines. On peut invoquer les variations de température, le froid et l'humidité, et il est logique d'admettre que les maladies habituelles de l'enfance, qui ont un retentissement sur les voies respiratoires; provoquent parfois la localisation syphilitique sur le larynx, mais l'influence de l’âge est de toutes les causes adjuvantes celle qui paraît la plus nette. |
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Les accidents laryngés précoces se produisent surtout pendant les six premiers mois de la vie; c’est la conclusion qui se dégage après la lecture de l'importante statistique de John Mackenzie.
Sur 76 cas observés, cet auteur dit en avoir rencontré 53 au cours de la première année, dont 43 dans les six premiers mois, {7 dans le premier mois et 4 dans la première semaine après la naissance.
Les accidents laryngés tardifs s’observeraient le plus habituellement entre douze et treize ans (Carlaz, Botey). Souvent ils ne surviennent qu'à la période de puberté, el, suivant Marshall, les changements qui se produisent dans le larynx à cette époque le prédisposeraient à la localisation du syphilome. Solis Cohen aurait vu dans quelques cas des manifestalions laryngées retardées jusqu'à la trentième ou quarantième année, mais 1l est permis de supposer que ces accidents extrêmement tardifs sont plutôt le fait d’une syphilis acquise.
D’après Mackenzie, dans l’hérédo-syphilis laryngée précoce, on trouverait 3 cas chez les filles pour.2 cas chez les garçons.
En ce qui concerne l’hérédo-syphilis laryngée tardive, Cartaz a relevé dans ses 27 cas rassemblés une proportion de sens inverse : 16 cas chez les garçons, contre 11 cas chez les filles. Toutes ces données numériques sont insuffisantes d’ailleurs pour que l’on puisse tirer une conclusion certaine en faveur dé l'influence de l’un ou l’autre sexe.
Il y a désaccord entre les auteurs au sujet de la fréquence des laryngopathies dans la syphilis congénitale.