‹ Contribution à l'étude de l'histoire de l'orthopédieChapitre 7 sur 28 · AMBROISE PARÉ · texte numérisé non relu

AMBROISE PARÉ

Ambroise Paré, au milieu de ses nombreux travaux de chirurgie, se préoccupa des déviations rachidiennes. Notons qu’il ne leur donna pas les noms de cyphose, lordose, scoliose, créés par Gazren. Les facteurs qu’Ambroise PARÉ incriminait dans la genèse des déformations des os n’ont plus qu’un intérêt historique ; tout autre est la thérapeutique proposée : son corcelet métallique, dont il nous fournit la deseription et un excellent dessin, peut être à Juste titre considéré comme l'ancêtre de nos corsets de cuir et de celluloïd.

« De ceux qui sont voûtés, ayant l’épine courbée » (1564).

« Quelques-unes, et principalement les filles, parce qu’elles sont plus mollasses, deviennent bossues pour ce que leur épine n’est pas droite, mais en arc ou figure de $S et tel accident leur advient parce que quelquefois par chute ou coup ou par quelque vice de se situer. Ou pareillement, parce que les folles mères, sitôt qu’elles voyent leurs filles tant soit peu tenir debout, leur apprennent à faire la révérence, les faisant baisser l’épine du dos, de laquelle estant encore les ligaments laxes, mols et glèreux, en se relevant pour la pesanteur de tout le corps dont l’épine est le fondement comme la carène d’un navire se contourne d’un costé et d’autre et se ploye en figure de la lettre S, qui fait qu’elles deviennent

tortues et bossues, quelquefois boïteuses. Aussi, plusieurs filles sont bossues et contrefaites pour avoir en leur jeunesse trop serré le corps. Qu’il soit vraye, on voit que de mille filles villageoises, on n’en trouve pas une bossue, en raison qu’elles n’ont eu le corps estraint et trop serré. Parquoy les mères et nourrices y doivent prendre exemple. Pour réparer et parer tel vice, on leur fera porter les corcelets de fer deslié, lesquels seront troués afin qu'ils ne pèsent pas tant, et si bien appropriés et rembourrés qu'ils ne blesseront aucunement et seront lesdits corcelets changés souventes fois, si le malade n’a accomply ses trois dimensions, et à ceux qui croissent le faudra changer de trois mois en trois mois plus ou moins, ainsi que l’on verra être nécessaire ; car autrement, au lieu de faire du bien, ils feront du mal. »

GLISSON (1668)

Gzisson démontra le premier l’efficacité de la suspension du corps pour redresser les déviations vertébrales. Il en préconisa l’usage au profit des enfants rachitiques dans son très célèbre ouvrage sur cette question :

« Avec les bandes, on saisit la poitrine de l’enfant par-dessous les aisselles ; la tête par-dessous le menton, et les mains dans deux anses de manière qu’en l’élevant en l'air, le tronc et les extrémités inférieures sont soutenues en partie par la tête, en partie par les mains et en partie par-dessous les aisselles. L’en-

fant étant ainsi suspendu on le balance de côté et d'autre pour l’amuser, le jeu plaît à l'enfant plutôt qu'il ne l’ennuie, pour peu qu'il y soit déjà fait. »

Quelques praticiens du xvri® siècle assujettissaient des sabots de plomb, ou quelque autre poids, aux pieds de l'enfant en chargeant principalement du côté court, pour l’étendre davantage. Cette installation est connue sous le nom « d’escarpolette anglaise ».

NUCK (1692)

À la suite de Gzisson, Nucx insista sur l’importance de la suspension ;1l inventa un système pour redresser le « cou tors » dû à la rétraction des muscles cervicaux. Ce système est composé'd’un arc dont les cornes éloignées l’une de l’autre d’environ 18 pouces, portent chacune un anneau de fer ; au sommet de cet are se trouve une anse à laquelle est nouée une forte corde. La machine comporte de plus un large collier fait de deux bandeaux de futaine unis ensemble par leurs extrémités et attachés aux anneaux de fer. À chacun des bords internes de ces bandeaux, sont fixés des rubans pouvant se nouer en rosette. L’extrémité libre de la corde, nouée au sommet de l’arc, est passée dans une très forte poulie scellée au plafond ; en tirant cette extrémité, on élève la machine en l'air.

La manière d'employer cette machine consiste à l’abaisser à la hauteur des épaules de l’enfant. On lui

able

fait passer la tête dans le collier, de manière que l’un des bandeaux porte sous le menton, l’autre sous l’oceiput. On hisse doucement la machine et l’enfant en même temps, jusqu’à ce qu'il ait perdu terre. On amuse l'enfant dans cette position et on l’y maintient jusqu’à ce qu’il donne des signes de souffrance. Dans les premiers jours, il peut à peine la subir une minute ; quelques mois après il ne se plaint, dit-on, qu'après dix à douze minutes et même plus. Il faut en faire usage jusqu’à ce que les difformités soient effacées et les « parties assez affermies » pour qu’il n’y ait pas lieu de craindre la rechute.

LevacHer DE LA FeurRIE qui décrit cet appareil le trouve dangereux à cause de l'effort de traction portant sur le cou et les parties voisines du crâne ; il condamne de même une méthode qui consiste à étendre le cou au moyen de la traction par le poids du corps et qu’on appelait : « faire voir aux enfants leur grand-père ». LEVACHER DE LA FEUTRIE ajoute que les ligaments peuvent se «relâcher » assez pour faire craindre la luxation de l’apophyse odontoïde et la mort sur le champ. L'avenir ratifia les critiques de LEevacHer empreintes du meilleur bon sens.

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