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CHAPITRE III

Le rachitisme des rats blancs privés de phosphore

Lorsqu'on étudie l'histoire du rachitisme chez les animaux (12), on est frappé par ce fait que les cas signalés par de nombreux auteurs restèrent isolés et échappèrent à l'expérimentation, çar ils ne purent être reproduits en série. Aussi n’ont-ils guère contribué à éclairer la pathogénie de cette affection qui avait fait naître des théories si diverses.

Cependant Shipley, Park, Mac Collum et Simmonds d'une part, Pappenheimer, Mac Cann, Zucker ct Hess (12) d'autre part, parvinrent à déterminer chez le rat blanc, grâce à un régime privé de phosphore, des lésions osseuses, qu'ils considèrent comme identiques à celles du rachitisme humain.

Ces expériences, reprises en France par plusieurs auteurs, et en particulier par MM. Lesné, de Gennes, Vagliano et Christou, par MM. Marfan, Dorlencourt, M': Spanien et nous-même, permirent d'obtenir les résultats indiqués par les Américains.

Ce sont les lésions. histologiques déterminées chez

les rats blancs, par les régimes alimentaires 84 et 85 de Pappenheïiner, que nous analyserons.

Ces lésions se rapprochent beaucoup de celles observées dans le rachitisme humain. On y retrouve l'hypertrophie de la zone du cartilage sérié et du cartilage hypertrophique, lirrégularité de ja ligne d'ossification, la vascularisation anormale du cartilage, la formation de tissu spongoïde non calcifié, l’ossification directe du cartilage, l'hyperfonctionnement du périoste avec parfois production d’ébauches cartilagineuses.

Une telle accumulation d’'analogies est Cvidemment très impressionnante, Mais il existe cependant

des différences entre les deux types de lésions.

Absence de lésions méduilaires. — C'est un fait reconnu par tous les auteurs et dont M. Marfan a souligné l'importance (13). Nous insistons à nouveau sur ce caractère différentiel, car les lésions médullaires sont constantes chez les rachitiques, même chez ceux qui sont morts d’une affection autre qu'une maladie infectieuse (mort thymique, mort au cours

d’un eczéma).

Vascularisation anormale du cartilage. — Gette ascularisation ne présente pas absolument les mêmes caractères que celle qu'on observe chez l’enfant. En effet, en examinant, non seulement les nombreuses coupes que nous avons pratiquées nousmême, mais aussi les différentes microphotographies

qui ont été publiées sur les lésions du rachitisme expérimental, nous avons constaté que les vaisseaux qui pénètrent dans le cartilage hypertrophique ne s'avancent pas très loin; jamais nous ne les avons vus atteindre le cartilage sérié, et encore moins la limite du cartilage au repos et du cartilage actif, où d’emblée s’avancent les vaisseaux dans le rachitisme humain.

De ce fait, la ligne d’érosion est bouleversée ainsi que la partie avoisinante du cartilage hypertrophique, dont la calcification n'est plus apparente. Mais le reste du cartilage hypertrophique et le cartilage sérié ne présente que de légères modifications de leur rivulation, dues à leur hypertrophie.

Tissu spongoide. — L'abondance de ce tissu est plus considérable dans le rachitisme du rat blanc que dans celui de l'enfant. Son origine est également très différente. |

En effet, quand on examine avec attention la côte d'un rat soumis au régime 85, on s'aperçoit que l'hypertrophie de la zone du cartilage actif ne porte pas également sur toutes ses dimensions. La longueur en est très augmentée, mais la largeur ne l’est pas ou ne l’est que fort peu. Et au fur et à mesure qu'on se rapproche de la zone d’érosion cette largeur diminue encore, C’est qu'en effet le cartilage hypertrophique est comme étranglé par le périoste épaissi et les formations ostéoïdes qui en dérivent. Cet étranglement st maximum aux environs de la ligne d’érosion.

Ainsi rétréci à ce niveau, le cartilage ne semble

FiG. 12. — Côte de rat soumis au régime S5.

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fournir qu'une très faible partie de la masse spongoide. Or, comme la moelle qui reste normale, n’intervient pas dans l'édification de cette masse, c’est le

périoste qui en est le principal responsable,

Le rôle du périoste. — Chez le rat, l'encoche de Rauvier est beaucoup plus marquée que chez l’homme, même à l’état normal. Le périchondre qui entoure tout le cartilage actif fonctionne comine du périoste en élaborant une mince lamelle osseuse qui entoure comme une bague le cartilage.

Lorsqu'il s’agit d'une côte rachitique, ce périchondre prépériostique fabrique du tissu ostéoïde, d'autant plus abondant qu'on se rapproche plus de la ligne id’érosion. Au niveau de cette ligne ce tissu se continue sans démarcation avec le tissu spongoïde. Les formations périostiques à ce niveau occupent presque toute la largeur de l’os et englobent la petite portion de spongoïde d’origine enchondrale, Cette disposition, bien entendu, ne s'observe telle que nous venons de la décrire, que lorsque les lésions sont suffisamment avancées; mais elle est alors très nette, comme on peut s'en assurer sur la figure 12.

Ce caractère du rachitisme du rat blanc a été vu par Christou (14). Cet auteur dit que l’ostéoide périchondral, non seulement ne contient pas de calcium. mais encore forme une masse très épaisse, en forme de croissant, qui contribue en grande partie au gonflement allongé ou bulbeux à Ia jonction ». En

somme Christou n’insiste qu'assez peu sur ce carac-

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ière et n’oppose nullement la part prépondérante que prend le périoste, à la formation du tissu spongoïde, et le rôle très restreint du cartilage.

Cette hyperactivité du périoste se continue jusqu'à une certaine distance de da ligne d'ossification, et on voit parfois une épaisse gaîne de tissu ostéoïde se prolonger sur une longueur ‘de quelques millimètres, autour de l'os diaphysaire, Cette gaîne est elle-même recouverte d’un périoste épaissi et présentant souvent des noyaux cartilagineux.

En dehors des fractures vraies, une déformation s'observe assez fréquemment chez le rat blanc, ce sont des pseudo-fractures. Il s’agit d’une plicature de l'os qui, particulièrement mou aux environs de la ligne d’ossification où il n'est constitué que par du tissu spongoïde, se laisse couder à angle droit. Cette coudure est vraisemblablement due à l'action de deux forces opposées : le poids du corps d'une part, la résistance du sol, agissant sur le sternum d'autre part. En effet, les animaux soumis au régime 85 sont très faibles, leurs pattes ne peuvent plus les soutenir et semblent servir surtout à faire glisser leur corps sur Je sol. Ces plicatures portent toujours sur un grand nombre de côtes et sont bilatérales.

Microscopiquement l'aspect en est assez curieux ; la paroi interne de la côte, coudée à angle droit, vient appuyer paï le sommet de cet angle, sur la paroi externe, et réduit ainsi à néant la lumière centrale (fig. 12). La côte se coude comme le ferait un tuyau de caoutchouc souple,

En somme, dans l’ensemble, tandis que le rachitisme de l'enfant se présente essentiellement comme une chondro-myélite, selon l'expression de M. Marfan, avec une réaction périostique inconstante et discrète, il nous a semblé que le rachitisme des rats blancs soumis aux régimes 84 et 85 était essentiellement une

périostite avec atteinte limitée du cartilage,

I} résulte de cet exposé que l'identité du rachi- {isme du rat blanc et du rachitisme humain ne nous semble pas prouvée. Les expériences américaines el leur confirmation par les travaux français ont cependant ceci d’intéressant que pour la première fois on est parvenu à obtenir des lésions, toujours les mêmes, en se plaçant dans des conditions identiques. Elles ont, en outre, bien mis en évidence l’action ostcoeutrophique de l'huile de foie de morue et des radiations ultra-violettes, que la clinique avait découverte.

Mais quand on passe en revue l'histoire du rachitisme expérimental, on est amené à penser que des causes probablement très variables sont susceptibles de déterminer des lésions osseuses. Si ces lésions n’ont pu être reproduites en série, c'est sans doute qu’on n’en connaissait qu'imparfaitement le déterminisme: elles doivent être du reste variées, et on conçoit que certaines d’entre elles puissent se rapprocher de celles observées dans le rachitisme humain ; c'est le cas du rachitisme du rat blane. L'’os ne doit avoir

qu'un nombre restreint de réactions vis-à-vis des causes susceptibles de l’altérer, aussi peut-on trouver fréquemment des coïncidences. Ainsi la privation de phosphore peut être remplacée par lPadjonction de strontium dans un régime : à ces deux causes différentes l’os répond de la même façon. Plus récemment, Buschke et Peïer auraient montré que l'intoxication faible et lente par le thallium provoque des lésions osseuses beaucoup plus rapprochées encore de celles du rachitisme humain.

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