DU
d'être en verre, ‘et de là s’en ‘suit une notable dépense, car il s’en casse 10 à 12 0/0 au passage à l’autoclave. M. Leune a modifié ce modèle en évasant davantage son ouverture. L'économie stricte demanderait à ce que le crachoir de cure fût en métal plutôt qu'en verre, mais les investigations cliniques préfèrent la transparence du verre à l’opacité du métal.
Le crachoir de M. Leune a été adopté au dispensure anti-tuberculeux E. Roux, à Lille.
Le crachoir Duguet modifié se trouve dans toutes les salles de l'hôpital Boucicaut. Les crachoirs sont en verre bleu ou en verre incolore, mais les verres bleus sont plus fragiles et, de plus, ne sont pas translucides, ce qui gène singulièrement l'examen des crachats.
Primitivement, dans son service de l'hôpital Saint- Pothin, M. le Professeur Courmont avait adopté le crachoir en cristal de Boucicaut. Ce récipient avait 14 centimètres de haut sur 8 à 12 centimètres de large et se trouvait légèrement rétréci à son tiers supérieur. On pouvait ainsi le saisir facilement, sans en verser le contenu. Mais ce crachoir en verre blanc avait ses inconvénients ; le principal était la vue répugnante qu'il offrait, lorsqu'il était plein de crachats de bacillaires, par exemple, à toutes les personnes qui passaient dans Îa salle, aux voisins du malade et au malade lui-même.
Aussi, M. Courmont viert-1il de faire modifier son crachoir. Le modèle est le même : seul, le verre blanc a été remplacé par du cristal opaque. On ne peut
voir le contenu du crachoir qu'en y plongeant le regard par son ouverture. En résumé, c'est le crachoir de Boucicaut, mais il n’est ni en verre blanc, ni en verre bleu; il est en cristal opaque, imitant la porcelaine. Un couvercle métallique mobile le préserve des mouches.
Chaque matin, après la visite, les malades reçoivent un crachoir stérilisé, contenant quelques centimètres cubes d’une solution antiseptique. M. Courmont emploie la solution d’hermophényl à 5 0/0.
M. Calmette, au dispensaire anti-tuberculeux de Lille, a choisi le lysol, comme antiseptique pour les crachats, car c’est un composé de crésyl, de potasse et d'oléine. Sa puissance antiseptique à l'évard des bacilles est assez grande. Grâce à la potasse qu'il renferme, il dissocie très bien les crachats, sans les coaguler. Son odeur est agréable, comme celle du crésyl et le prix en est à peine plus élevé.
M. Courmont fait pratiquer dans son service la désinfection quotidienne des crachoirs. Des paniers métalliques, à compartiments, servent à les porter dans une chaudière spécialement aménagée. On remplit cette chaudière d'eau froide ; les crachoirs y sont disposés les uns contre les autres, avec une lame en treillis, séparant chaque couche horizontale, pour éviter les chocs. On visse le couvercle de la chaudière. On amène la vapeur provenant du service général en ouvrant le robinet. L'eau monte à 100". Les crachoirs restent 1 heure 1/2 à cette température, et sont ensuite rincés sur place.
A Boucicaut, les crachoirs de verre sont recueillis
NN Pre
dans des paniers métalliques entrant directement à l'autoclave. Ces paniers sont introduits dans un appareil à désinfection, situé dans une annexe de la salle et permettant la désinfection de 21 crachoirs à la fois. Ils sont soumis à la stérilisation pendant 40 minutes ; 20 minutes suflisent pour élever la température à 115°; 20 autres minutes durant, on assure la stérilisation absolue.
Tels sont les crachoirs individuels. Il nous faut maintenant dire un mot des crachoirs collectifs qui doivent se trouver disséminés soit dans les salles, soit dans le reste du pavillon, soit dans tout l'hôpital. Les crachoirs secs ont vécu : ceux de l’'Hôtel-Dieu de Lyon sont les plus anti-hygiéniques qu'on puisse rèver. Actuellement des crachoirs contenant du liquide, montés sur pied et à 1: mètre du sol, en entonnoir,comme en Allemagne, doivent être exigés par l'hygiène. Dans les escaliers de Saint-Pothin, M. Courmont a fait placer des crachoirs métalliques à hauteur de ceinture, fixés au mur, et remplis d'une solution antiseptique.
A Boucicaut, les crachoirs collectifs sont sur pied à 1 mètre du sol. La désinfection en est facile mais la manœuvre quotidienne qu’elle exige est très coûteuse. De plus, les crachats, projetés à leur intérieur, viennent trop souvent se fixer à la surface du tronc de cône rentrant, qui double la cavité du crachoir et qui est destiné à dissimuler Îles crachats déjà collectés. D'où s'en suit la dessication fréquente et visible des crachats pathogènes, non immergés dans Île liquide antiseptique, occupant le fond du récipient.
C'est le modèle Bedouet ; il se trouve à Boucicaut, dans les salles, les couloirs, les corridors, les escaliers, les jardins, à profusion. Les uns sont logés dans un cercle de fer, fixé au mur. Les autres sont sur un pied de fer à assiette très solide. Tous sont distants du sol de 85 centimètres. L'inclinaison des parois du cône rentrant est très vive pour empêcher autant que possible l'adhérence des crachats sur ces parois. Les deux parties du crachoir sont en tôle émaillée. Tous les crachoirs sont remplis d'eau phéniquée jusqu'à hauteur d'un trait marqué. Chaque jour, à une heure déterminée, une équipe d’infirmiers enlève tous les récipients et les change contre des crachoirs propres, garnis d'eau phéniquée.Les grandscrachoirs sont reçus dans un chariot, muni de deux casiers mobiles recevant les crachoirs, tels qu'ils sont, avec récipient ét couvercle rentrant. Les casiers chargés sont passés à l’appareil de désinfection comme les crachoirs individuels.
Le docteur Critzmann a modifié le crachoir Bedouet, en le munissant d’un cône intérieur saillant au fond de la cuvette. C'est déjà un gros progrès. Il dissimule à souhait les crachats immergés.
Si l’on emploie ces modèles de crachoirs, quel liquide antiseptique faut-il mettre à leur intérieur ? A Boucicaut, nous l'avons vu, on y met de l'acide phénique à 5 °/o, mais cela donne de l'odeur. Faute de mieux, On a proposé de l'eau de javelleà 10 0/0, ou 5 gr. de formol par litre. Mais le pluseflicace des antiseptiques, et qui est sans odeur, est le sublimé salé. On pourra employer la formule suivante:
CIE) LIT PUS ONE SRI Dot, Chlorure de sodium.... 20 or.
DE UE A REC ATES 1 litre.
La stérilisation doit être quotidienne et se faire par la chaleur. Le se1l moyen, c'est l'étuve, l'appareil sous pression. Au pis aller, il faut laisser, sion ne ne dispose pas d'étuve, un quart d'heure ou vingt minutes les crachoirs à l'ébullition.
Enfin, si ces derniers crachoirs peuvent être acceptables, il ne sont pas, croyons-nous, l'idéal. M. Flicoteaux, pour les crachoirs collectifs, a proposé le crachoir à rotation et à relèvement. Ce crachoir est basé sur le principe de l'apport d'une certaine quantité d'eau dans un vase métallique, au moment où le crachat se présente.
Mais le mieux conditionné est encore le crachoir hydraulique de M. Ribard présenté à ja Société de Médecine publique et de Génie sanitaire. Il est fixé à une bonne hauteur au-dessus du sol. Il a la forme d'une petite cuvette en métal, comparable à celle qui existe dans les cabinets de toilette des wagons de 1re classe des rapides. Dès que le couvercle, qui cache le crachoir, se lève, les parois internes de la cuvette se recouvrent automatiqement d'une couche d’eau, en mouvement, de telle facon, qu'il est impossible de cracher autre part que sur cette couche d'eau entrainée vivement le long des parois du réceptacle. Les crachats ne peuvent ainsi adhérer, même une minute, au récipient. Aussitôt projetés, ils disparaissent. La solidité de l'appareil, l'économie considérable qu'il
PRET Poe entraine, grâce à sa propreté automatique constante, la dépense minime d’eau qu'il comporte (125 gr. par séance), la simplicité de sa manipulation le rendent digne de figurer à l'hôpital modèle. Il réalise, en effet, un énorme progrès dans cette solution difficile de la question des crachoirs collectifs.
Personnel. — Nous aurons à revenir plus tard sur cette question épineuse du personnel, surtout du personnel secondaire. Qu'il nous suffise actuellement de savoir qu'il faut un infirmier par salle, toujours le même, un infirmier suppléant pour la nuitpendantles périodes d'épidémietyphique,unhommede peine pour les charrois, une infirmière surveillante, intelligente et instruite, ayant sous ses ordres un certain nombre d'infirmières secondaires, et une veilleuse de nuit, instruite également, et au courant des malades au’elle doit surveiller, et auxquels, le cas échéant, elle doit prodiguer ses soins. |
Régime alimentaire. — Le régime alimentaire des salles est assez défectueux dans les hôpitaux actuels. Les heures des repas sont mal distribuées, le régime est mal compris. M. Chauftard, dans son rapport, de la Commission des Réformes hospitalières à Paris, a attiré l'attention sur ce point. « La réglementation de 1867, en quatre degrés, est, dit-il, surannée et ne répond plus, depuis longtemps, ni aux besoins des malades, ni aux données actuelles de la science. Les viandes bouillies, les potages gras sont distribués à profusion. Le régime lacté ne peut
PT Re être prescrit qu: pardes substitutions, des formalités compliquées et puériles. »
Lyon n'échappe point à ce reproche.
« Enfin, le régime est le même pour tous: vénériens, dartreux, malades de tous genres ont le même récime. Tout cela est donc à réformer et, à l'avenir, chaque catégorie de malades devra avoir son régime indiqué par le médecin traitant. Les quantités de lait prescrites seront intégralement octroyées. Lait et potions seront transportés dans des bouteilles bouchées. »
Réglement. — Enfin, pour que tout marche bien dans une salle, il sera utile, nécessaire même, de placarder dans les salles et leurs annexes des prescriptions analogues à celles que M. Letulle a fait afficher dans les salles de Boucicaut. Les voici #71 extenso :
« 1° Tout malade admis dans les salles doit entrer propre dans un lit propre.
« 20 If reçoit en bon état les vêtements qui conviennent à son sexe et en demeure responsable jusqu'à sa sortie de l'hôpital.
« 39 À moinsde contre-ordre du médecin traitant, tout malade hospitalisé doit prendre un bain par semaine.
« 49 Il est, de même, obligé à prendre un ou deux bains de pieds par semaine.
« 50 Tout malade valide doit faire sa toilette chaque matin dans le lavabo annexé à la salle. Alité, il doit, chaque matin, être débarbouillé et ses mains
doivent être lavées par les soins de l'infirmière de service.
«60 À son entrée, chaque malade reçoit une brosse à dents (qui devient sa propriété) et une serviette,
« 70 Il trouve au lavabo le savon ainsi que Îles brosses et limes à ongles communes à tout le service.
« 80 Ilest absolument défendu de fumer, de chiquer ou de priser dans les salles de malades.
« 90 Il est, de même, expressément défendu de jouer de l'argent.
« 109 Tout malade convalescent qui désire se promener dans la partie du jardin qui lui est réservée, ne doit sortir du pavillon que revêtu des effets qui lui ont été délivrés (capote, pantalon ou jupon, bonnet, etc.)
110 [1 est défendu aux malades de déposer leurs vêtements sur leur lit. Ils doivent les accrocher à la barre horizontale placée à la tête de leur lit (aux porte-manteaux dans notre hôpital).
« 120 Aucun malade ne peut conserver sur lui, dans son lit, d'autre vêtement que chemise, camisole et bonnet.
« 130 La table de nuit doit être constamment propre. Elle sera, en particulier, nettoyée après chaque repas. »
Ces prescriptions, affichées dans les salles de l'hôpital Boucicaut, par les soins de M. Letulle, viennent d'être dernièrement rééditées par la Commission d'Hygiène hospitalière de Paris. « La Commission, comme le dit M. Letulle lui-même, a insisté énergiquement sur la nécessité d'une hygiène sévère
LT re appliquée aux malades en vue de [a sauvegarde de leur santé; elle tiendra la main, grâce à de fréquentes inspections dans les services, à ce que toutes les règles, par elle édictées, soient observées d'une façon scrupuleuse.
« Un malade ne doit entrer que propre dans un lit propre. Aucune exception n'est acceptable. Il suffit, en effet, de procéder avec toutes les précautions et les ménagements possibles à la toilette du corps, sitôt qu'un malade est apporté dans un service : l'eau chaude, le savon, la douceur manuelle, telles sont les armes grâce auxquelles on arrive, la pratique aidant, toujours à nettoyer à fond les téguments les plus malpropres. À cet égard, la Commission décide que les cheveux et la barbe doivent pouvoir être coupés gratuitement, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, dans tous les services.
« A son entrée à l'hôpital, le malade reçoit, outre le pantalon (ou jupon),un verre et une brosse à dents, les bas, les pantoufles, la chemise, la camisole, le bonnet, la capote et trois compresses (en guise de mouchoir de poche, serviette de toilette et serviette de table). En plus, la Commission a décidé que, l'hiver, les malades auraient droit à un édredon par lit.
« Tout malade doit, à moins de contre-ordre du chef de service, prendre au moins un bain de pieds et un grand bain par semaine.
« Des bidets, munis d’eau chaude et d’eau froide, sont établis dans le lavabo attenant à chaque salle (hommes ou femmes). |
« Les canules à lavement, les canules à injection, abaisse-langues, thermomètres et, d'une façon générale, tous les instruments quelconques, servant aux malades, doivent être individuels et maintenus dans la propreté aseptique la plus rigoureuse. Pour les cuillers, fourchettes, couteaux, verres à boire, quelle difficulté y aurait-il, par exemple, à les marquer d'un numéro correspondant au numéro matricule du lit? Voilà une réforme pratique insignifiante en tant que dépense et vraiment démocratique.
« Défense formelle aux malades pouvant se lever de manger dans la salle. Un réfectoire clair, aéré, propre, parfois fleuri, est annexé à chaque service. Le malade trouve plaisir à s'y alimenter, à y causer avec ses compagnons de souffrance; petites joies pour de si grandes infortunes et, en même temps, sage mesure hygiénique qui préserve mieux de la contagion et n’empuantit pas l'air des malades alités ».
Annexes des salles. —— II nous reste à étudier quelles doivent être les annexes d’une salle de malades. Ces annexes seront :
10 Cabinet pour la surveillante. — Une petite pièce doit être ménagée pour la surveillante tout près de la salle. Ce cabinet doit avoir une baie vitrée sur la salle même pour faciliter la surveillance. Le mobilier en sera aussi simple que possible, tout en étant suffisamment confortable.
20 Cabinet du médecin. —— Un cabinet sera
aménagé pour le médecin traitant. Ce cabinet sera agencé et meublé de façon à pouvoir y exécuter les manipulations de la clinique courante. Une partie du cabinet sera réservée au vestiaire du médecin et du personnel médical de la salle.
30 Salle de bains. — A proximité de la salle, se trouvera une salle de bains contenant au moins deux baignoires qui seront exclusivement réservées aux typhiques. Comme l'a fait M. Courmont, à St-Pothin, une pancarte adussée aux murs rappellera à l'infirmier, en grosses lettres, la manière de baigner un typhique sans rien omettre des prescriptions. Deux robinets, l’un à eau chaude, l’autre à eau froide seront attribués à chaque baignoire. Les parois de la salle seront stuquées dans le hautet en carreaux de faience jusqu'à une certaine hauteur. Après le bain de chaque typhique, elles seront, ainsi que le sol, lavées à grande eau et à la lance.
4 Lavabos. — II y aura également, non loin de la salle une petite pièce réservée à l'installation dés lavabos des malades. Il y aura là plusieurs robinets d’eau courante avec savon à discrétion, brosses et limes à ongles. On pourra, comme l'a fait très élégamment M. Courmont, à St-Pothin,disposer, de chaque côté des lavabos, des placards à coulisses aussi simples que possible contenant numérotées et pendues autant de serviettes à toilette que la salle possède de lits. Chaque serviette sera isolée dans un casier individuel et souvent renouvelée. Chaque matin Îes
2 00 ee malades valides doivent venir au lavabo. Ils se laveront tout d’abord avec un « carré » qu'ils jetteront après s’en être servi, dans un récipient ad hoc, pour être envoyé à la désinfection. Ils s’essuieront ensuite avec leur serviette.
50 Cabinets d’aisance. — Très importante est cette question, qui a fait l’objet d'un rapport détaillé de MM. A.-J. Martin et Thoinot. Le principe à retenir est que toute matière usée de la vie journalière doit être expulsée immédiatement au dehors de l'hôpital. Des appareils d'évacuation, par conséquent, doivent permettre la libre circulation des matières usées, Sans stagnation, ni retours de gaz ou d'odeurs, et l'on doit exiger une propreté absolue des locaux et des ‘appareils. Les cabinets d'aisance doivent être relégués dans les annexes et ne jamais, à aucun prix, communiquer avec les salles.
Un cabinet d’aisance doit, en général, renfermer un ou plusieurs cabinets avec water-closet, des urinoirs particuliers chez les hommes ou une cuvette hydraulique pour la toilette des femmes. La pièce où seront ces appareils devra être divisée en deux parties ; la première formera vestibule ; là se trouvera le vidoir ; la seconde sera consacrée à l'installation des divers appareils dans des stalles isolées, qui commu- “niqueront avec le vestibule par des demi-portes s'arrêtant à o m. 10 du sol et ayant au plus 2 mètres de hauteur.
La pièce en question sera spacieuse, élevée, bien éclairée et bien ventilée. Elle aura une ou deux fenè-