CHAPITRE II
Service de médecine.
Nous avons étudié précédemment comment on pouvait construire un pavillon de malades en général, nous allons voir maintenant comment doivent se présenter les salles, quel doit être leur aménagement et quelles doivent en être les annexes.
Salles.-— A l'hôpital Boucicaut, les salles sont établies suivant le système Tollet ; leur forme est d’allure ogivale ; elles représentent une coque de vaisseau renversée. C'est ainsi que doit se présenter la salle de l'hôpital modèle, car ce système supprime tous les angles et, par suite, les amas de poussières et de bactéries. Leur hauteur doit être de 5 à 6mètres, leur largeur de 9 mètres et leur longueur de 12 mèetres. À Boucicaut, les salles ont 6 mètres de haut, 9 mètres de large; au nouvel hôpital Trousseau 12 mètres de long, 9 mètres de large, et 4 mètres de haut. À Boucicaut, il y a 80 à 90 mètres cubes d’air par lit, au nouveau Trousseau 32 à 40 mètres.
Les parois doivent être lisses à angles arrondis ; les angles supérieurs sont supprimés par l’ogive, les angles horizontaux que forment le plancher et Îles murs doivent être également arrondis.
À Boucicaut, les parois sont lisses et enduites de ripolin, sorte de peinture-vernis qui rappelle le poli de la faïence. Les tons sont en rose pâle, très clair. A l'hôpital Saint-Pothin, à Lyon, M. le Professeur Courmont a fait enduire d'un vernis à teinte très claire les parois de ses salles.
Les fenêtres doivent s'ouvrir presque à ras du sol ou à peu de distance de celui-ci et aller jusqu’à la corniche du pavillon. Nous verrons, au chapitre dela ventilation,comment on doit en disposer lescarreaux.
Le carrelage des salles est indispensable et, seul, doit être accepté. À l'hôpital Boucicaut, le sol est carrelé, de couleur blanc crème. Le dallage, en grès céramé, est très acceptable.
L'éciairage de nuit doit se faire par des lampes électriques à verre bleu, placés à mi-hauteur des trumeaux. M. Courmont a fait installer, à Saint- Pothin, des lampes de ce geare, qui brülent en veilleuse toute la nuit.
Enfin, la salle devra se terminer, à une deses extrémités, qui sera l'extrémité du pavillon, par une logoia : ou véranda, qui occupera toute la largeur de la salle, et n’en sera séparée que par une paroi vitrée, comme à l'hôpital Boucicaut. Là, les verres de la loggia sont en couleur et les salles sont riantes, fraîches de couleur, égayées par les reflets doux et reposants de verres multicolores. La veranda, ainsi disposée, est
garnie de fleurs et de plantes vertes du plus heureux effet. Miss Nightingale préférerait des verres transparents.
« Les solariums de Boucicaut, dit-elle, sont attristés par des vitres losangées opaques jusqu'à hauteur du plafond! Pourquoi cette horreur de la perspective?)
En fait, verres blancs ou verres de couleur, c'est affaire de goût, l'essentiel est que la véranda existe.
Enfin, il faudrait, de plus, comme le désire Miss Nightingale, que les hôpitaux modèles possédassent des jeux sous ces vérandas et que, comme à Londres, comme à Edimbourg, la « nurse » jouât du piano aux malades. Miss Nightingale insiste sur les bienfaits de la musique dans les salles de malades et donne la préférence aux instruments à vent ou à corde, à l'orgue plutôt qu'au piano.
Les rideaux doivent être supprimés aux fenêtres, comme aux lits. Des porte-manteaux, où les malades pourront déposer leurs vêtements hospitaliers seront disposés sur le trumeau, en arrière de chaque lit.
Chaque matin, le nettoyage des salles doit être complètement effectué. Plus de plumeaux, plus de balais. Du moins, plus de balayage à sec. Les murailles vernies, comme celles des salles d'opérations en chirurgie, comportent très bien l'essuyage avec des linges humides, voire même un véritable lavage. Quant au sol, pas de difficulté, on peut très bien le laver à grande eau,comme cela se pratique à l'hôpital Boucicaut.
La nouvelle Commission d'hygiène hospitalière de
LES Paris vient de décider que la propreté la plus méticuleuse devenait obligatoire dans les hôpitaux. Le balayage à sec et l'époussetage des salles, couloirs, escaliers, non seulement ne se fera plus, mais la Commission a rendu impossible ces procédés « bar- ‘bares » de nettoyage, qui consistent à soulever les poussières pathogènes, pour les lancer dans les voies respiratoires et digestives des malades et du personnel : le balai de crin et le plumeau ne font plus partie des ustensiles des services. Comme Île dit très bien M. Letulle: « L'ère du torchon mouillé commence ».
- Quand la verrons-nous commencer à l'Hôtel-Dieu de Lyon et quand l'administration se décidera-t-elle à supprimer les plumeaux et les balais, si chers à nos sœurs hospitalières ? M. Courmont l’a obtenu pour Saint-Pothin. Pourquoi l'administration ne généraliserait-elle pas cette mesure à tous les hôpitaux et à tous les services ?
Nombre de lits. — « Le principe de la salle à
deux rangées de lit seulement, dit M. Bondet dans son rapport à l'Assistance, qui favorise au maximum à la fois la surveillance et ie maintien dans un parfait état de propreté, est universellement admis de nos jours ».
__ « Les vingt ou trente lits d'une salle, disait T'enon, doivent être séparés les uns des autres par des ruelles de trois pieds ». Ce minimum de 1 mètre 50 environ paraît suffisant, à condition de réduire encore le nombre des lits,
Me
A ce point de vue, le Comité d'hygiène hospitalière de Paris vient d'émettre les conclusions suivantes : « Les grandes salles communes de 12 à 20 et 30 lits, devront disparaître. On les coupera par des cloisons vitrées ou autres, et on réduira les salles à un minimum de lits; 4 ou 6 lits par grandes chambres, séparées au moyen de galeries vitrées centrales; un certain nombre de chambres à un lit seront créées. Partout, la disposition des lits sera inverse de celle qui existe actuellement dans Îa presque totalité des services ; le pied du lit sera dorénavant dirigé vers la fenêtre, et l’on ne verra plus la tête du lit, c'est-à-dire du malade, placée contre une fenêtre (bien plus souvent qu'entre deux fenêtres), disposition dangereuse, trop souvent mortelle pour un rhumatisant aigu, par exemple» (Letulle).
Cubaged'air.—[la mêmeCommission a encore réglé le cubage d’air, indispensable pour chaque lit. Elle exige que le cubage minimum d'air accordé à chacun des lits soit de 40 mètres cubes, sans qu'à aucun moment et sous aucun prétexte, il puisse être momentanément amoindri.
« Réforme généreuse, fait à juste titre remarquer M. Letulle, autant qu'humanitaire qui va désormais sauvegarder la vie de tout malade, confié à nos soins, l'encombrement étant, on ne l'a que trop prouvé, la plus meurtrière des mesures anti-hygiéniques. Donc, le brancard homicide a vécu.On ne verra plus, comme tous les hivers, des malades couchés sur des tréteaux de bois ou de fer, au milieu de salles bor-
dées de lits trop rapprochés ; on ne verra plus mourir à terre, sur de simples matelas, des tuberculeux et même des pneumoniques ».
Matériel des salles. — M. Le Gendre, dans son rapport à la Commission des Réformes hospitalières à Paris, a bien étudié le matériel des salles de malades, en juillet dernier, à la Société médicale des Hôpitaux.
Lits. — Ce n'est qu'en 1799 que lelit est apparu dans les hôpitaux de Paris.
Le lit idéal ne doit pas être trop mobile.
Il doit être stable et, néanmoins, suffisamment mobilisable. Il peut avoir deux fortes roulettes caoutchoutées aux deux pieds de la tête et point aux autres. Sa largeur sera de o m.75 au minimum, un mètre au maximum. Ilsera à une hauteur convenable pour faciliter l'examen médical, sans que le médecin ait à se surélever sur la pointe des pieds ou, au contraire, à trop se courber sur lui-même pour ausculter ses malades. Enfin, le lit sera lavable, désinfectable et, au besoin, susceptible de passer à l’étuve. Sa peinture gris clair ou jaune paille, vernie, lui permettra de résister au lavage. Si ce n était une chose trop onéreuse, le nickelage serait en tous points préférable. Une plaque métallique, au chevet du malade et du lit, mobile, légère, vernie comme le reste, supportera les seuls objetsde poche du malade.Elle sera prohibée au crachoir, à la vaisselle et aux potions.Le seul verre de bouche pourra y être toléré. Inutile de dire queles
rideaux, réceptacles de poussières et de microbes, seront à jamais proscrits. À l'hôpital Boucicaut on emploie le lit du système Herbet, démontable, stérilisable, pourvu en arrière d'une tringle de fer dissimulée par le traversin et l'oreiller, plus bas d'une tablette de fer,également. La tringle sert à supporter les vêtements du malade, la tablette ses bas et ses chaussures.
En somme, le lit idéal d'hôpital est la couchette sans baldaquin, sans girandole et sans potence. Le lit récent installé au nouvel hôpital de l'Institut Pasteur semble remplir toutes ces conditions. C'est une couchette en fer à pièces arrondies, à sommier en treillis de fils métalliques. Les angles sont réduits au minimum. [l n'y a ni creux, ni vides pour les punaises. Une planche métallique à rebord occupe la tête du lit, mais en arrière du malade et non sur sa tète. Une petite traverse de fer supporte l’urinal. Il n'y a pas de barre pour les vêtements, des portemanteaux devant exister sur le trumeau de la salle, derrière le lit et à une certaine distance de celui-ci, comme nous l'avons vu. La pancarte du malade est accroché directement à la balustrade du pied. La couchette, enfin, est peinte en gris bleu clair, ou en tous cas, en ton clair rappelant celui des murs.
Le sommier doit être aussi simple que possible. Plus de ressorts à boudins, plus de pièces attachées par du cuir ou par des ficelles. En Allemagne et en Autriche, les sommiers sont en toile métallique double, tendue sur un cadre de fer. Mais ces sommiers sont difficiles à laver. Simplicité et salubrité,
telles sont les choses que l'on doit rechercher dans l'ameublemént hospitalier. Des pièces faciles à désinfecter à l'étuve ou par le lessivage, voilà l'idéal. Le sommier en treillis de fer des lits de l'hôpital Pasteur remplit ces desiderata.
Un lit d'hôpital doit avoir un seul Made de crin ou de laine, un traversin, un oreiller de crin, avec les draps et couvertures nécessaires. Moyennant une soigneuse désirfection par la vapeur des matelas de chaque malade, a laine peut être conservée et reste le meilleur couchage pour les hospitalisés. Mais à aucun prix, les matelas de plumes ne doivent être tolérés. Dès qu'un malade quitte l'hôpital, son lit, son matelas, ses draps et ses couvertures doivent être envoyés à l'étuve.
Table de nuit. — Chaque malade aura sa table de nuit. Celle-ci sera composée de fer, de marbre ou de verre. À Paris, quatre montants métalliques supportent trois tablettes de verre. À Boucicaut, les piliers ou montants métalliques sont munis de petits manchons de bois, destinés à éviter la détérioration du sol. Le tout sera verni comme les lits. La première tablette métallique ou de verre, à hauteur d'appui, recevra les potions, les tisanes, le crachoir. La seconde à mi-hauteur, les cuillers, la fourchette et la vaisselle du malade.
Chaque hospitalisé aura une chaise entièrement métallique à côté de son lit et vernie en ton clair, comme le lit fui-mème.
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Urinoir. — L'urinoir sera en verre et suspendu
à la petite traverse,que nous avons décrite au chevet de la couchette.
Chaise percée. — La chaise percée n’a plus de raison d'exister. Les malades alités devant recevoir le bassin, et ceux qui sont valides devant se rendre au water-closet.
La chaise percée persiste néanmoins à l'hôpital de Hambourg, Mais là, il y a loin des chaises de ce genre que l’on voit, par exemple, dissimulées par le chevet des malades, à l'Hôtel-Dieu de Lyon. À Hambourg, la chaise percée est formée d’un trépied de fer, haut comme le siège d’une chaise et portant à sa partie supérieure un cadre circulaire en fer, dans lequel on place le vase en porcelaine. Cet appareil est léger, transportable et d’un entretien facile. Un couvercle en tôle sert à recouvrir le vase dans le cas, où les selles sont à conserver.
Tables roulantes. — Les armoires à linge, à pansement, doivent être proscrites des salles et reléguées dans les annexes. Une table roulante, construite en fer et en verre, est destinée à suivre le chef de service peridant sa visite et à transporter les objets, qui pourront lui être nécessaires. À Boucicaut, des chariots à linge propre et à linge sale circulent dans les salles. Tous les chariots à distribution sont en fer. Des bacs émaillés servent pour les pansements à transporter au four à incinération. Enfin, un lit roulant en fer, sur roues caoutchoutées, devra exister pour le transport des malades.
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Récipients. — Tous les récipients au service des hospitalisés : verres, brocs, pots à lait et à tisane seront munis d'un couvercle métallique, facilement stérilisable. Tous les ustensiles, ayant servi aux repas des malades, seront aussitôt après désinfectés. A Boucicaut, tout cela existe. Il y a même des tonnelets roulants à eau stéritisée ou à solution antiseptique pour servir de lavabos aux malades après les repas, et chaque fois que le besoin s’en fait sentir.
Vérre à bouche. — Un verre à bouche de couleur et une brosse à dents seront donnés à chaque malade. Ils devront s'en servir chaque jour avec une eau dentifrice, qui leur sera distribuée à cet effet. A leur départ de l'hôpital, la brosse à dents restera leur propriété. Le verre à bouche sera placé sur la tablette métallique, au chevet du lit, avec les objets de poche du malade.
Crachoirs.— Chaque malade devra avoir son crachoir. Mais quel modele de crachoir? Beaucoup de modèles ont été proposés pour ces crachoirs d’'hôpital ou crachoirs de cure.
Le crachoir individuel, au lit de malade, doit être un réceptacle solide, bien d'aplomb, d'une manipulation commode, même pour la main d’une femme et muni d’un couvercle articulé, tenant au crachoir, car il est nécessaire de maintenir les crachats non seulement à l’abri de la dessication, mais aussi du contact des mouches. Le crachoir, modèle de M. Duguet, remplit ces desiderata. Son inconvénient est