MALADIES DES PISCINES
Nous avons vu que depuis fort longtemps on a attribué certaines épidémies à la contamination par les piscines.
En Allemagne, Schultz en 1899 à observé des épidémies de trachome. En 1900, Fehr signale également de nombreux cas de trachome contractés à la piscine.
Plus tard, en 1921, Chaillous et Nida ont décrit, dans un rapport à la Société d’ophtalmologie de Paris, plusieurs cas de conjonctivite folliculaire ou conjonctivite des piscines, et d’autres cas ont été signalés peu après par Bourdier. En 1922, Terrien notait la fréquence de la localisation à droite de la conjonctivite et il attribuaït ce fait aux modes de natation actuels dans lesquels le nageur reste sur le côté droit, seul l’œil droit restant immergé serait contaminé.
En Belgique, Terlinck signalait en 1922 également vingt cas de trachome dont dix-sept chez les habitués d’un même établissement.
En 1925, Benoît, dans une étude sur la conjonctive folliculaire des piscines, était d’avis que les cas de trachome signalés antérieurement n’étaient pour la plupart que des cas de conjonctivite folliculaire. Maïs, après une
épidémie constatée chez les habitués de la piscine Ledru-Rollin, il y eut, à la Société d’ophtalmologie de Paris, une discussion après des communications faites par Chaillous et Nida et par Morax. Certaines constaiations furent enregistrées, et on peut conclure que la conjonctivite des piscines à évolution chronique présente des caractères communs avec le trachome, mais rien ne permet actuellement de les identifier l’un à l’autre. Les recherches bactériologiques ont été négatives, et l’on peut se demander avec Petitclere s’il ne s’agit pas là d’une affection due, en partie au moins, à lirritation causée par une chloration exagérée de l’eau. Ces conjonctivites guérissent toujours sans laisser de cicatrices, ce qui les différencie nettement du trachome. Elles débutent après une incubation de sept à huit jours, au bout de laquelle apparaît une légère rougeur de la conjonctive et un peu de sécrétion sur le bord des paupières. L’inflammation augmente d'intensité au cours des trois ou quatre jours suivants, avec tuméfaction des paupières et de la muqueuse, larmoiement et sécrétion. Dejean a constaté que la rougeur est maxima dans les culs-desac conjonctivaux, alors que le reste de la muqueuse est à peine rosé, Le larmoiement et la sécrétion augmentent et les signes fonctionnels font leur apparition : photophobie, gêne visuelle, blépharospasme plus ou moins accentué. Ainsi que nous l’avons vu précédemment, c’est presque toujours l’œil droit qui est atteint le premier, et l'affection n’atteint l'œil gauche que plus tard, généralement au bout de la troisième semaine: On constate, pendant la période d'état, que la muqueuse est épaissie et injectée, sauf la conjonctive bulbaire, dont l'injection
St MOULE
reste modérée. Il existe également une adénite pré-auriculaire satellite qui se différencie des adénites semblables que l’on rencontre dans les infections de la tuberculose conjonctivale, par son indolence et l’absence de suppuraüou. Le signe majeur est l’hypertrophie folliculaire, caractérisée par de petites saillies rosées, rouges ou blanchâtres, à limites peu précises, qui ne se vident pas par pression unguéale comme dans le trachome. Au bout d’une vingtaine de jours, l’inflammation et la gêne diminuent, bien que les follicules restent saillants; puis, vers la fin du deuxième mois, l’hyperhémie et l’hyperfolliculose s’atténuent et disparaissent.
Les affections rhino-pharyngées, les sinusites et les otites sont également très fréquentes chez les habitués des piscines. Genévrier cite le cas d’un jeune homme qui, après un bain d’une heure au cours duquel il avait beaucoup plongé, présente le lendemain des maux de tête avec coryza. Les jours suivants, apparurent des douleurs vives au niveau du maxillaire supérieur gauche, avec température à 40°, puis apparition d’une sinusite frontale avec douleurs intolérables du type paroxystique. Pendant les jours suivants, la température continua à monter Jusqu'à atteindre 41°5, les crises devinrent de plus en plus fréquentes et de grands frissons se succédant toutes les trois heures apparurent le cinquième jour. Malgré les soins la température persista, et il s’établit un état de prostration très inquiétant. Après le septième jour, la température baïssa assez rapidement et la convalescence survint en quelques jours. Ce cas est particulièrement dramatique et les affections rhino-pharyngées sont généralement beaucoup plus bénignes.
Les otites sont également assez fréquentes, et Truffer, en 1929, a signalé un certain nombre d’otites ayant une allure clinique assez particulière et qu’il appelle otite des nages modernes. C’est plutôt une otite sèche avec diminution d’audition caractérisée par une intensité très marquée des symptômes initiaux, suivie d’une évolution nettement régressive. De même l'atteinte mastoiïdienne, indiscutable, ainsi qu’en témoigne la durée de la douleur apexienne, évolue spontanément vers la régression. Et Truffer considère que si la piscine intervient comme lieu septique du point de vue de l’étiologie, puisque l’épidémicité est indiscutable, il convient aussi d’incriminer les nages modernes, qui se nagent la tête sous l’eau, avec aspiration buccale et expiration nasale, qui est un paradoxe physiologique, surtout lorsqu'il y a obstruction nasale par déviation de la cloison ou hypertrophie des cornets.
De la Combe a signalé également des amygdalites simples ou phlegmoneuses, des rhinites et des sinusites, des angines pseudo-membraneuses, des furoncles du conduit, des otites catarrhales, et même des angines diphtériques.
En dehors des affections rhino-pharyngées et des otites, les maladies transmissibles par l’eau des piscines peuvent être des maladies gastro-intestinales, des affections des organes génitaux, des dermatoses de toutes sortes.
Genévrier cite «pour en sourire » une observation de Wallace A. Manheimer : « Après un bain en commun, 150 pensionnaires contractent une vulvo-vaginite blennhorragique. Il n’y a pas d’autre source de contamination possible que l’eau; chaque jeune fille avait son nécessaire de toilette particulier. » En 1925, Korner si-
ton
gnale l’éclosion d’une épidémie de maladie de Weil contractée dans une piscine. Enfin, l’année suivante, Rudolfo Palzzo cite deux cas de typhoïde contractés dans les mêmes conditions.
Mais l’un des germes que l’on rencontre le plus fréquemment est un leptospire agent des affections spirochétosiques. Ces affections ont été décrites au Japon par Inada et Ido, en 1913-1914, et on en a observé plusieurs cas en France pendant la guerre en 1916. En Allemagne également on avait signalé des cas d’ictère infectieux chez des jeunes gens et des soldats fréquentant les piscines. L’infection se fait généralement par l’ingestion d'aliments souillés, elle peut se faire aussi directement par morsure de rat, mais d’après des observations de Puig et Bosson, elle se ferait non seulement par l’eau que le baigneur avale malgré lui, maïs aussi par inoculation cutanée à la faveur d’une écorchure et par les conjonctives. La présence du leptospire est due à une souillure par apport de boues, ou à une souillure par les déjections des rats qui affectionnent particulièrement les sous-sols où se trouvent les appareils de chauffage et d’épuration des eaux; aussi faudra-t-il prendre grand soin de bannir ces animaux des piscines et d’utiliser dans la mesure du possible les installations dites « rat-proof ».
L’incubation de la maladie est de six à huit jours, et elle débute brutalement avec température élevée, frisson, myalgies, douleurs articulaires; le malade présente également des signes d’infection générale, il est prostré et immobile et présente un certain degré de raideur; le foie est gros et douloureux, il existe habituellement de l’herpès et de la conjonctivite. L’ictère est d’une colora-
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tion jaune tirant sur le rouge, que l’on compare à celle de « croûtes de pain brûlées », de « grenade mûre », et que Genévrier comparerait volontiers à « la couleur des joues de certaines femmes à la mode ». Les urines sont rares, albumineuses, bilieuses, les matières fécales sont plus ou moins décolorées. L’hémorragie est très rarement observée en France, mais on connaît cependant le cas d’une jeune fille qui fut atteinte de spirochétose avec métrorragie, épistaxis et purpura à la suite d’un bain de Seine. Le diagnostic se fait facilement par le séro-diagnostic suivant la méthode de Martin et Pettit, avec une souche de spirochète conservée à l’Institut Pasteur sous le nom de « souche Verdun », et après le douzième jour par la présence des spirochètes décelables à l’ultra-microscope dans les urines. Cette maladie esi peu grave en France, malgré les complications rénales et cardiaques possibles.
Meurin a étudié une localisation spéciale de la maladie appelée par Troisier et Broquien : lepto-spirose-méningée. Elle est contractée également par suite de bains de piscine ou de rivière. Les signes méningés prédominent, mais il existe un signe constant : conjonctivite avec photophobie, douleur à la pression oculaire et larmoiement, les hémorragies sont rares et l’hépatite diserète.
Parmi les affections contractées au cours de bains de piscines, les dermatoses de toutes origines sont également très fréquentes, et nous insisterons plus particulièrement sur l’une d’elles dont la fréquence ne cesse de croître. Il s’agit d’une dermatose mycosique connue en Amérique, où elle est particulièrement répandue, sous le nom d’athletie-foot. Elle atteint spécialement les habi.
tués des gymnases, des piscines et de tous les endroits où on pratique les sports avec les pieds nus. Pleven décrit la forme clinique la plus courante et indique qu’elle se traduit par un aspect nacré de la face plantaire avec ou sans fissure dans le fond des plis. L’infection peut remonter entre les orteils, sur le dos du pied, où elle se présente sous forme d’un petit éventail rouge et humide qui peut s'accompagner de petites vésicules rappelant la dyshydrose. Ces lésions causent une gêne considérable et peuvent même empêcher celui qui en est atteint de se chausser. Elle peut être causée soit par l’epidermophyton inguinale de Sabouraud, soit par l’epidermophyton purpureum de Bang, soit par le Paraside Prestley; les deux premiers peuvent se rencontrer en d’autres points du corps, mais le dernier semble se localiser aux pieds, où il provoque une infection beaucoup plus tenace. C’est surtout sur les caïllebotis des cabines que l’on risque de contracter cette affection éminemment contagieuse puisque des rapports ont établi que dans le monde entier 50% des jeunes gens en sont aujourd’hui atteints.
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