B. LE TERRAIN MAMMAIRE
Malgré l'abondance des facteurs hormonaux qui peuvent la déclencher, l’hypertrophie mammaire, chez un grand nombre d'individus, reste fort difficile à expliquer.
L'apparition de cette affection chez plusieurs membres d'une même famille a été signalée par quelques auteurs [Engländer, Caubet, Terbrüggen (59), Bonhoff, Paula, Erdheim|, qui se sont demandé S'il ne s'agissait pas d'une maladie héréditaire. à
La fréquence, d’autre part, des cas d’hypertrophie wnilatérale (surtout chez l’homme) semble difficile à concilier avec une étiologie purement hormonale, que repoussent même absolument certains auteurs {Kirchelhayn (45), KôGhier, Champy (2), Wiskott (124). D’autres, Condomine, Decourt (71), Giraud (40), y voient l'expression d’un facteur nerveux — bien
Te
h; pothétique ! Mais tous, pour expliquer cette asymétrie, sont contraints d'admettre une prédisposition locale du tissu mammaire. RE Chez la femme, plusieurs cas d’hypertrophie — dans lesquels on n'a pu déceler aucun trouble hormonal — seraient explicables par une «sensibilité exagérée à une excitation physiologique» [Wienner (62)] Mocquot (50) rapproche ce fait d'une affection qu’il a décrite sous le nom de «métrose de réceptivité» : «la réponse d’un seul récepteur de l'action hormonale peut être anormale ».
Une étude plus approfondie de cette réceptivité tissulaire nous fait défaut, jusqu’à maintenant. Selon Mocquot, elle serait «en partie conditionnée par des facteurs héréditaires ». Qu'il s'agisse d'une «susceptibilité congénitale constitutionnelle » [Marañon (94), ou d’une «constitution génétique» {Decourt (71)}, étroitement localisée, constatons que l’endocrinologie devra avoir recours à la génétique pour avancer dans l'étude de ces phénomènes complexes.
Chez l'homme, l'apparition d'une gynécomastie soulève en outre un problème plus ardu encore : celui de l’irxtersexualité. Pour certains, la gynécomastie serait l’apanage des seuls hermaphrodites et pseudohermaphrodites (Kriss): elle serait liée à une cause locale, autochtone, de nature chromosomiale (Prange, Novak). Pour Marañon (9) enfin, «la sigmification sexuelle de la glande mammaire est si nette que, lorsqu'elle perd chez l’homme son caractère rudimentaire... elle est un signe d’intersexualité en l’absence de tout signe d'inversion sexuelle ».
À ce propos, soulignons encore un curieux phénomène : la prédominance de la localisation gauche de la gynécomastie unilatérale ; cette prédominance a frappé Stieda (118), Schmidt (113) et Marañon (95), et nous l'avons retrouvée parmi nos cas personnels. Selon Marañon, l'organisme dans son ensemble conserverait «une prédisposition féminine gauche», due à un «facteur chromosomial, local, qui sensibiliserait les tissus d'un seul côté ».