‹ Contribution à l'étude de l'hyperplasie adénomateuse diffuse de la mamelleChapitre 4 sur 18 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

A. Hypertrophie mammaire essentielle de la jeune fille.

Caubet, Brugeas (1), Goumot (6), Bender (32) — pour ne citer que des auteurs français — ont donné de cette affection une description clinique très complète.

Nous nous bornerons à en résumer les grandes lignes.

Appelée ég'alement «hypertrophie idiopathique diffuse », «macromastie», «tumeur éléphantiasique », «mastite diffuse hypertrophique », cette affection est caractérisée par une «augmentation régulière de tous les constituants de la glande, sans modification de leur forme, ni de leur structure macroscopique » (Schüssler).

Bilatéraie le plus souvent, elle n’est généralement pas symétrique : l’augmentation de volume prédomine en général d’un côté ou de l’autre ; de plus, l'hypertrophie ne débute pas en même temps de l’un et de l’autre côté. On a signalé pourtant quelques cas où elle est restée unilatérale (gauche surtout) durant de nombreuses années.

L'hvpertrophie franchement pathologique est rare. Brugeas (1) en signaie 224 cas publiés, en 1928. Goumot (6) estime cependant sa fréquence à un cas sur 15000 individus — chiffre fortement exagéré à notre avis, et comprenant un grand nombre de grosses mamelles saines.

Apparaissant, de façon insidieuse, au moment de la puberté, elle se développe peu à peu, lentement, progressivement, ou par poussées successives : elle ne régresse jamais. D'ordinaire, ce n’est que l’une des mamelles qui s’hypertrophie, au début, Puis, bien vite, en quelques mois, un ou deux

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ans tout au plus, l’affection atteint également l’autre mamelle. Cette évolution, lente, — la plus fréquente — peut s’accélérer parfois, soudainement, en particulier sous l'influence d’une grossesse. On a même signalé des cas foudroyants, où, en une nuit (?), le gigantisme mammaire était réalisé (Durston). Les formes rapides sont parfois douloureuses.

On à décrit un ou deux cas d’hypertrophie mammaire chez des énjants : il semble qu'il s'agisse plutôt d'anomalies sexuelles, en relation avec une puberté précoce. L'âge de son apparition la plus fréquente semble, en effet, lié aux ménarques : les premières règles s'installent peu avant, ou peu après le début de l’hypertrophie, de facon très irrégulière d'ailleurs, et les cliriciens soulignent les déréglements menstruels de leurs patientes.

L'hypertrophie mammaire se voit aussi, au contraire, chez la femme adulte : mais c’est une affection rarissime ; 3 cas ont été publiés, chez des patientes qui n’avaient jamais été enceintes, et dont la plus âgée avait 42 ans.

Un examen clinique ne permettra de constater, au début de l'affection, qu'une augmentation du volume de la glande, sans aucune modification tissulaire apparente. Peu à peu, cependant, la mamelle s’étire, se pédiculise, pour atteindre dans certains cas une longueur.(108 cm.) et un volume (30 kg.) considérables. La peau alors devient rosée, lisse, tendue ; elle prend parfois l’aspect de pelure d'orange. Une circulation collatérale apparaît, accompagnée de fourmillements, de picotements qui troublent la malade, surtout au moment des règles. La palpation permet de reconnaître le corps glandulaire, arrondi, dans la partie inférieure de la mamelle. Sa consistance ferme révèle des lobes régulièrement distribués.

Des complications locales peuvent survenir : galactocèle, abcès, gangrène, érysipèle, Le gigantisme mammaire peut provoquer une cyphose dorsale, une lordose ; elle rend parfois la marche pénible, contraint même la patiente à garder le lt. Mais l'état général paraît également — et très fréquemment — altéré. L’asthénie, l'anorexie s'installent, favorisant l’éclosion de maladies intercurrentes. Plusieurs malades ont succombé, autrefois, de cachexie progressive. C'est pourquoi, malgré la bémignité réelle de cette affection, Bender, se plaçant uniquement au point de vue clinique, la considère comme une «tumeur maligne ».

Le diagnostic ne présente, en général, aucune difficulté. Parfois son développement rapide l’a fait prendre pour un sarcome.

Signalons enfin une affection très voisine de celle qui nous occupe : l’hypertrophie de la grossesse, qui s'en distingue cependant facilement par son apparition brusque, à croissance rapide, toujours au cours d’une grossesse, et par Sa disparition spontanée, progressive, après les couches.

B. Gynécomastie

Sous ce terme, on entend une «hypertrophie durable de l’une ou des deux glandes mammaires de l’homme» (Schultz).

Cette définition permet de l’isoler des «fausses gynécomasties » : celle des adolescents, très fréquente, qui régresse à la fin de la puberté ; celle aussi que simule simplement une surcharge graisseuse du pannicule adipeux du sein.

La gynécomastie vraie passe pour une affection assez rare, survenant chez l’homme à tout âge, et même chez le vieillard. En examinant des recrues, Kriss en constate un cas pour 13000 individus. Il semble cependant que sa fréquence ait augmenté, récemment : aux 3/ cas examinés en 15 ans (1929 à fin 1944) à l'Institut d'Anatomie pathologique de l'Université de Strasbourg, s'ajoutent, durant ces 4 dernières années (1945 à 1948) sculement, 45 nouveaux cas.

Elie peut être bilatérale, mais on en signale de très nombreux cas purement unilatéraux (Kriss : 33 %). Elle semble alors atteindre surtout la mamelle gauche [72 % des cas selon Maranon (95)|].

Son apparition est insidieuse, et ne s'accompagne d'aucun: symptôme particulier. Très discrète parfo:s, elle atteint le plus souvent, en quelques mois, un volume analogue à celui de la glande féminine.

Cliniqueinent, on constate une simple augmentation de volume de la glande, dont on palpe aisément les lobes, fermes, élastiques. La peau qui la recouvre ne révèle aucun symptôme particulier.

Exceptionnellement, la gynécomastie peut s'accompagner d'infection localisée, soit glandulaire, soit superficielle. On ne signale aucune complication clinique de cette affection, essentiellement bénigne, dont le diagnost'c est aisé. Tout au plus peut-elle nécessiter, parfois, si l’hypertrophie est unilatérale, une biopsie pour écarter la possibilité d’une tumeur néoplasique.

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