INTRODUCTION
| . «La participation du système nerveux dans les phénomènes de la chaleur a été soupçonnée, dit CI. Bernard (1), dès les premiers temps dela physiologie. C’est certainement une idée ancienne, mais les faits qui ont confirmé cette vue de l'esprit et qui lui ont donné sa signification précise sont récents. » Depuis les découvertes de Lavoisier, on savait que la chaleur animale est le résultat d’une combustion; depuis Lagrange, Spallanzani, Edwards, ete., on soupçonnaitque cette combustion a lieu au contact du sang et des éléments des tissus ; mais on ignorait les conditions physiologiques, en réalité fort complexes, qui président à la régulation du phénomène. Sans résoudre toutes les données du problème, les expériences de
- (1) Leçons sur la chaleur animale, 1876, p. 201.
En
CI. Bernard aboutirent à ce résultat incontestable de nous faire connaître, sinon les rapports intimes, du moins les rapports extérieurs qui unissent le système nerveux et la chaleur animale. La notion, clairement établie, du rôle vaso-moteur dévolu au grand sympathique révélait, en effet, l'influence de ce dernier sur la répartition du calorique, par l'intermédiaire du sang qui en est le véhicule. Elle mettait donc à même de comprendre comment les nerfs peuvent agir, noû seulement sur le degré de la température locale d’une région déterminée, mais encore sur le degré de la température générale de tout l’organisme, puisque l’action vaso-constrictive ou vaso-dilatatrice du grand sympathique diminue ou augmente la quantité de chaleur perdue à la périphérie, c’est-à-dire le refroidissement du corps. | Réduite à ces seuls termes, la part du système nerveux dans
équilibre thermique semblait déjà des plus importantes. Aussi certains auteurs, comme Traube, l’ont-ils jugée suffisante pour servir de base à la théorie de lhyperthermie fébrile. Mais faut-il admettre que les nerfs sont simplement chargés de distribuer la chaleur produite, sans pouvoir régler l’intensité des combustions qui la produisent ? Telle n’était pas, on le sait, l'opinion de CI. Bernard. Pour ce dernier auteur, il y a deux faits distincts dans l’élévation de la température locale consécutive à la section d’un nerf sympathique : d’une part, apport de sang plus considérable ; d’autre part, production de chaleursur place. En d’autres termes, le grand sympathique ne serait pas un simple modérateur mécanique, il serait. aussi un modérateur chimique, agissant séparément sur les combustions et sur la circulation. Telle est l'hypothèse desnerfs frigorifiques et calorifiques. Malgré l’autorité de celui qui la
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soutenait, elle fut combattue par la plupart des physiologistes. Il Jui manquait, à vrai dire, l’appui d’une expérience absolument décisive, et, dans tous les cas, elle ne paraissait pas nécessaire à l’explication des effets constatés après la section du sympathique. On admit cependant, comme vraisemblable, une opinion mixte, proposée également par CL Bernard, d’après laquelle Pexagération de la circulation locale peut être l'occasion d'échanges nutritifs plus actifs, avec toutes leurs conséquences chimiques et thermiques (1). L'influence du système nerveux sur la nutrition et, par suite, sur la production de chaleur, était, de toute façon, mise hors du débat ; s'il y avait divergences’ de vues, c'était seulement sur le mécanisme du phénomène, et non sur sa réalité.
A défaut, d’ailleurs, de preuve expérimentale directe, un grand nombre d'observations imposaient cette même conclusion. Des multiples recherches entreprises sur la température de l’hommeet des animaux, il résultait quecelle-c1, même dans les classes supérieures, n’est pas absolument fixe, et que certaines circonstances, faciles à déterminer, sont susceptibles d’en faire varier le niveau. Les mensurations thermométriques de J. Davy, sur l’homme, de Newportet de Dutrochet, sur les insectes, avaient appris que la marche, chez l’un, le vol, chez les autres, donnent lieu à une élévation de tempé-
‘ratute plus ou moins marquée (2). Le mouvement, surtout le
mouvement prolongé, apparaissait donc comme une cause de chaleur. En remontant jusqu'au pointde départdumouvement,
(1) VULPIAN. Leçons sur l'appareil vaso-moteur, t. IT, p. 180, 1875. FRANÇOIS FRANCK. Physiologie du grand sympathique, Diction. encyclopé-
dique,t. XIV, 3 série, p. 52,53.
(2) GAVARRET. De la chaleur produite pur les êtres .ivants, 1855, p.378. CH. RicHer. La chaleur animale, 1889, p. 151, 152.
c’est-à-dire à la contraction musculaire, Becquerel et Breschet, Helmholtz, Heidenhain établirent, d’une manière précise, que l'excès de calorique est produit par le-musele en travail. Une autre constatation, du même ordre que la précédente, r'essortait de l’examen des courbes thermiques dressées par quelques auteurs, en particulier par Bærensprung (1) ; elle montrait un rapport de succession presque constant entre les oscillations ascendantes de la température et le moment des repas. L'effet thermique de la digestion, moins net, il est vrai, que celui du mouvement, fut confirmé par les expériences de CI. Bernard et de Ludwig (2). Ceux-ci prouvèrent que le fonctionnementdesglandes, acte essentiel de l'absorption digestive, a pour conséquence régulière une plus grande production de chaleur, très appréciable dans le tissu glandulaire lui-même, dans les liquides sécrétés par lui, et dans le sang qui l’a traversé. Or constater cet ensemble de faits, établir avec certitude que le musele en se contractant, la glande en sécrétant, bref un organe quelconque en fonctionnant est une source de chaleur, n’était-ce pas démontrer et expliquer le rôle thermogène du système nerveux, puisquelui seul estchargé d’exciter ou de modérer la contraction des muscles, la sécrétion des glandes, en un mot Pactivité fonctionnelle de tous les organes ? ë L'étude de la température chez les divers animaux pouvait confirmer cette manière de voir. En montrant que la régulation thermique n’est pas une propriété inhérente à tous les êtres
vivants, elle permettait, par cela même, d'en mieux préciser
les conditions. On sait en effet que les physiologistes ont,
(1) Arch. f. Anat. et Phys., 1851, p. 9, 125; 1852, p. 217. (2) VULPIAN. Loc. cit. t. II, p. 176.
depuis longtemps, divisé les animaux en deux grandes classes : animaux à température constante, animaux à tempé- ‘rature variable. Il serait aussi exact de dire, sans rien modifier à la classification adoptée : animaux à fonctions . permanentes, animaux à fonctions intermittentes. Ces deux caractères se superposent et semblent inséparables, car la fonction produit la chaleur, et la chaleur entretient la fonction. Mais, pour que la température soit constante, il ne suflit pas que la fonction soit permanente, il faut encore qu'elle soit réglée à chaque instant dans son activité, accélérée ou ralentie suivant les changements perpétuels et parfois considérables du milieu ambiant. En d’autres termes, une température interne sensiblement invariable, quel que soit le degré de la température extérieure, suppose une production de chaleur variable. Les analyses chimiques en fournissent d’ailleurs la preuve, puisqu'elles font voir que la quantité d’acide carbo nique exhalé est plus considérable pendant l'hiver que pendant Pété. C’est ce travail d'adaptation incessant des fonctions aux nécessités vitales de l'organisme qui assure la régulation thermique. Il appartient nécessairement au système nerveux, et voilà sans doute pourquoi il ne se manifeste, au moins d’une façon complète, que chez les animaux supérieurs. Eux seuls ont, en effet, avec des organes et, par conséquent, des sources de chaleur multiples, un système nerveux perfectionné pour présider à l'harmonie fonctionnelle des actes physiologiques.
Le rapport presque absolu qui existe entre le développement . des centres nerveux et la régulation thermique est, par suite, facile à constater. D’une part, on peut dire que, parmi les vertébrés supérieurs, les oscillations quotidiennes de là tem-
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