III. — Traumatismes médullaires
OBSERVATION 43 (inédite), — Communiquée par M. LENTZ (1).
Gud.…, Jean, 49 ans, ouvrier, rentrant chez lui ivre-mort, le 11 octobre 1892, à 10 heures du soir, tombe la tête en arrière, du haut d’un escalier de dix marches. Il reste sans soins jusqu'au 12 octobre où, à 4 heures du soir, un médecin appelé auprès de lui ordonne son transfert à l'hôpital de Metz (service de M. Lentz).
À la visite du 13, à huit heures du matin, on le trouve dans l’état suivant : facies pâle, exprimant la douleur, respiration diaphragmatique, paralysie complète des quatre membres, anesthésie, rétention d'urine. M. Lentz pose le diagnostic de fracture probable de la colonne vertébrale. Entre la quatrième et la sixième vertèbre cervicale se trouve, en effet, une dépression accentuée, due probablement à une fracture des apophyses épineuses. Le 13, au soir, T. A. 39°,5. Traitement: extension, injections de morphine pour calmer les douleurs qui paraissent horribles.
Le 14, à 9 h. 15 du matin, le malade meurt. T. A.410,5, au moment de la mort. À 9 h. 45 (une demi-heure après la mort), T. A. 410,9,
AUTOPSIE. — On constate une fracture des deux apophyses transverses dela quatrième vertèbre cervicale (fracture unique à gauche, multiple à droite). Le corps delaquatrième cervicale est complètement séparé du corps de la cinquième ; à ce niveau, le ligament vertébral antérieur est arraché. La dure-mère est déchirée à la hauteur de l’apophyse transverse droite (fracture multiple), et un peu de substance médullaire fait hernie. Dans une zone de 1 centim. dehauteur environ, correspondant au renflement cervical, la substance médullaire est notablement ramollie. Pas d’hémorrhagie dans le canal rachidien.
Examen histologique (avec le concours de M. Durir). Sur des
(1) Nous avons pu examiner nous-même la moelle, à l’état frais, et en faire des coupes, après durcissement.
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coupes colorées au carmin, à l’éosine et l’hématoxyline, au Pal, on constate tout d'abord que la moelle n’a subi qu'un écrasement ncomplet; la topographie générale de la substance grise et de la substance blanche ne présente pas de modifications notables.
Substance blanche. Il y a un élargissement très visible de la plupart des cylindres-axes ; de plus, les gaines de myéline sont distendues par places.
Substance grise. Contient de nombreux foyers hémorrhagiques, surtout dans les cornes antérieures. Les cellules nerveuses paraissent normales ; elles ont leur coloration habituelle par le carmin. Autour des foyers hémotirhagiques, la coloration avec l'éosine et l'hématoxyline, permet de voir que les cellules embryonnaires sont très peu abondantes relativement. On peut s'en rendre compte en examinant par comparaison des coupes de la moelle d'un sujet mort de myélite infectieuse.
Le canal de l'épendyme n'existe plus (compression); les deux artères qui le longent sont à peu près intactes. La pie-mère est absolument normale. é |
in somme, on constate presque exclusivement des lésions mécaques, les lésions inflammatoires faisant pour ainsi dire défaut.
OBSERVATION 44. — Communiquée par M. HARTMANN ; déjà résumée brièvement dans le Bullet. de la Soc. anat., 1891, p.689.
. Un ouvrier d'usine tombe dans une fosse et est entrainé par un volant de machine qu’on ne parvient à arrêter qu'environ une minute après. Au dire du médecin de l'usine, le malade a dû faire 40 à. 50 tours dans cet espace de temps. Retiré de la fosse sans avoir perdu complètement connaissance, il est plongé dans un état de torpeur qui se dissipe quelques heures après. Immédiatement transporté à Bichat (service de M. Terrier), où il arrive vers 6.heures du soir. À ce moment, il répond mal aux questions ; pouls faible. Le lendemain matin, 7 novembre, 1891, T. 390,6. P, 96. | Soif très vive, langue humide et blanche: Le malade répond assez ‘bien.
Ecchymose palpébrale supérieure à gauche : ecchymoses souscoujonctivales à gauche et à droite.
Pupilles petites, égales. Pas de saignement d’oreille. Epistaxis, la veille, qui ne s'est pas reproduite. Contusions multiples au cou, au thorax et aux membres. Paraplégie complète, et anesthésie remontant jusqu'au-dessus des mamelons. Pas d’anesthésie ni de paralysie des membres supérieurs, mais le malade serre mal la main, surtout à gauche. Turgescence du pénis. Abolition absolue des réflexes rotuliens. Le mouvement de rotation de la tête se fait bien, mais la flexion détermine de la douleur au niveau de la nuque. Douleur spontanée et à la pression dans la même région. Aucune déformation apparente de la colonne vertébrale. Pas de rétention d’urine. L’urine contient un peu d’albumine, pas de sucre.
Le soir, T. 370,8. P. 80. Urines chargées d’albumine et de pigment biliaire. Le malade meurt à 4 heures du matin, après avoir présenté quelques secousses des membres supérieurs. À
AUTOPSIE. — Pas de lésions viscérales autres que des ecchymoses sous-pleuraies et de la congestion pulmonaire surtout marquée aux bases ; le poumon ne plonge pas dans l’eau. En examinant la colonne vertébrale, on voit que les lames de la sixième vertèbre cervicale sont séparées de celles de la septième, par suite d’une rupture complète du ligament jaune correspondant. A l'ouverture du canal rachie dien, qui contient du sang, on constate une déchirure de la dure-mère, de 1 centim. 5 de hauteur environ, siégeant à la jonction de la face postérieure et de la face latérale droite. A travers la déchirure, le tissu médullaire, un peu en bouillie, fait hernie. Sur une hauteur de 3 centim. la moelle a perdu son aspect normal ; ilexiste une sorte de bouillie grisâtre sur toute la face postérieure, excepté à la partie latérale gauche. En avant, la moelle est beaucoup moins altérée, et présente sa disposition fasciculée normale ; on ne trouve qu’une ecchymose plus marquée à droite qu’à gauche. L’examen des parties osseuses montre que les ligaments qui unissent les apophyses articulaires sont détruits ; le corps de la sixième vertèbre est séparé du disque intervertébral correspondant. La continuité de la colonne est surtout maintenue par le grand surtout ligamenteux antérieur.
L'examen histologique (1) permet de constater des lésions méca-
(1) Dû à l’obligeance de M. Duric.
niques, à peine plus accentuées que dans les cas précédents, et très analogues. Très peu de cellules embryonnaires. :
OBSERvATION 45 (résumée). —. TERSON. Bullet. Soc. anat. 1891, p. 688.
J..., 55 ans, charpentier, tombe sur les épaules et la tête, d'une hauteur d'environ 3 mètres, ne peut se relever et est apporté à Necker (service de M. Le Dentu). Il répond bien aux questions, se plaint de la région de la nuque à sa partie inférieure; cette région estrouge et tuméfiée. Les apophyses épineuses sont moins saillantes, au niveau de la quatrième cervicale. Paralysie et anesthésie complètes des quatre membres et du tronc jusqu’à la région sousclaviculaire. Pupilles normales, T. 39,
Le malade succombe le soir même.
AUTOPSIE. — Viscères normaux, mais poumons congestionnés. Encéphale normal. Fractures de l’apophyse transverse de la troisième cervicale, et du corps de la quatrième. Ni luxation ni enfoncement. Contusion et torsion de la moelle, au niveau de la fracture.
OBSERVATION 46. — HYBORD. Bullet. Soc. anat..1870, p. 253.
Cocher tombé de son siège sur la tête, succombe en 36 heures à lasphyxie, en présentant une température de 42e,
AUTOPSIE. — Les apophyses articulaires de la sixième esta ont passé en avant de celles de la septième ; le Corps de la vertèbre présente une petite fracture en avant (pas de détails sur l’état de la moelle).
OBSERVATION 47 (résumée). — PETIT. Bullet. Soc. anat. 1875, p. 62
B..., 48 ans, est apporté à l'hôpital dans l'après-midi du 13 janvier ; il vient de recevoir sur la tête une pile de sacs, pesant 100 kilogr., haute de 6 ou 7 pieds. Perte de connaissance immédiate. Quand il revint à lui, il avait une paraplégie complète ; les membres supérieurs peuvent exécuter quelques mouvements faibles. À cinq heures du soir, il est somnolent, les pupilles sont égales, la respiration est
diaphragmatique. Anesthésie des membres inférieurs et du tronc, jusqu’au tiers supérieur du sternum. Rétention d'urine, érection. TiuA, 3401, P:56U ER: 15.
14 janvier. T. A. 419,8 (le matin). P. 94, R. 30. Face rouge, peau chaude, L'état général n’a pas changé. Pa
Le soir du même jour, T.A. 420,2; P.104; R. 40. Mortà 8h. du soir.
AUTOPSIE. — Poumons congestionnés. L'examen de la colonne vertébrale montre une disjonction de la cinquième et de la sixième cervicales, un écrasement du disque intervertébral, et une hernie de ses débris dans le Canal rachidien. Au niveau de la lésion du squelette, ramollissement très marqué dela moelle, avec teinte violacée, ecchymotique, surtout dans la moitié droite. Méninges rachidiennes intactes. Épanchement sanguin sur le canal de l’'épendyme, au-dessous du point contus. En outre le cerveau présente quelques points -contus : partie antérieure du lobe frontal gauche ; antérieure et inférieure du lobe frontal droit; partie inférieure de l'hémisphère droit, en avant de la scissure de Sylvius. Fracture de la base du crâne (étage postérieur).
ORSERVATION 48 (résumée). — GAUDERON. Bull. soc. anat. 1875, p. 369.
D.., âgé de 19 ans, entre le 15 mai à la Charité, après une chute sur la tête fortement fléchie en avant; ne perd pas connaissance, mais paraplégie subite et complète.
À 11 h.1/2 du soir (7 h. 1/2 environ après la chute), on constate, outre la paralysie, une anesthésie absolue des membres inférieurs -et du tronc, jusqu’au milieu du thorax. Face vultueuse, peau chaude, pouls fréquent. Douleur vive au niveau de la troisième et de la sixième cervicales.
17 mai. Le matin, T.A. 40°,4. Les membres supérieurs se meuvent difficilement. Le soir, T.A. 410,2. Le malade a toujours sa connaissance à 9 heures du soir.
Mort à 11 heurés du soir, 31 heures après l'accident.
AUTOPSIE. -— Congestion intense des deux poumons, dont les fragments surnagent, lorsqu'on les plonge dans l’eau. Reins congestionnés, foie congestionné. Pas de lésions du crâne ni du cerveau.
Arrachement du ligament interépineux et du ligament jaune, entre la cinquième et la septième cervicales. Fractures de ia cinquième et de la sixième cervicales ; un fragment de cette dernière comprime la moelle. Celle-ci est ramollie à ce niveau. Hémorrhagie dans le canal rachidien.
OBSERVATION 49 (résumée). — FOURNET, De la température dans les fractures de la colonne cervicale. Th. de Paris, 1876, p. 31.
G.., 59 ans, entre le 26 avril 1875 à l'hôpital de Nancy. Il a fait, la veille, une chute d’une hauteur de 3 ou 4 mètres ; reste sans connaissance pendant un quart d'heure environ, puis, ne pouvant marcher, il passe la nuit à l'endroit où il est tombé. Cependant, le lendemain, il peut se rendre lui-même à l’hôpital (distant de 2 kilomètres). À la visite du 26, T. 39° ; P. 80 ; R. 40. Gonflement douloureux de la partie postérieure de la colonne cervicale ; dépression visible, au niveau de la cinquième et de la sixième cervicales. Tête immobile, flexion impossible, rotation limitée. Paralysie des membres supérieurs ; rien dans les inférieurs. Sensibilité intacte, mais douleurs spontanées dans la nuque, les épaules et les bras. :
Le 27, T. 38° (matin), 3% (soir) ; le28, T. 390,4 (matin), 39° (soir) ; puis elle baisse progressivement, les jours suivants, jusqu’à 37°. A partir du 7 mai, elle remonte à 39%,6,et le 8 mai, jour de la mort, à 390,8 (le matin).
Depuis la veille, paraplégie des membres inférieurs, rétention d'urine.
AUTOPSIE. — La sixième cervicale est luxée en avant d’un demicentimètre sur la septième, de plus il y a fracture par écrasement du corps et de l’apophyse transverse gauche de la neuvième.
OBSERVATION 50 (résumée). — FOURNET, loc. cit., p. 33.
P.., 25 ans, entre le 18 septembre à l'hôpital Saint-Louis. La veille, en faisant du trapèze, il-est tombé d’une hauteur de 3 à 4 mètres.
Il ne put se relever et fut transporté le soir à l'hôpital.
Le 18 septembre, on constate une paraplégie complète du mouvement et de la sensibilité, l’anesthésie remontant au-dessus de la
ligne intermamelonnaire. Paralysie des doigts, qui sont le siège de fourmillements, impossibilité des mouvements d'extension de l’avantbras. Perte totale des réflexes et de la sensibilité thermique.T. 400,2. Le malade n’a pas été à la selle depuis sa chute, rétention d'urine. Respiration irrégulière (28), diaphragmatique. Pas de déformation de la colonne vertébrale, mais douleur assez vive, s'étendent de la septième cervicale à la huitième dorsale.
Le 19 septembre, T. 39,08 (matin), 400,8 (soir). :
Le 20, agitation, peau brûlante, pupilles toujours contractées. T. 400,4 (matin), 410 (soir).
Mort le 21 septembre, à 5 heures du matin.
AUTOPSIE. — Disjonction des sixième et septième cervicales, arrachement des ligaments jaunes et du grand ligament vertébral postérieur. Ecchymose sur la dure-mère, au niveau des lésions osseuses, c’est-à-dire du renflement médullaire cervical. Une coupe faite en ce point montre que la substance médullaire est transformée en une bouillie couleur lie-de-vin.
OBSERVATION 51 (résumée). — JARDET. Bul. Soc. anat., 1883, p. 302.
Malade entré la veille au soir à l'hôpital, à la suite d’une chute de
7 mètres de haut. Perte de connaissance pendant les 2 ou 3 premières
heures. Paralysie des quatre membres, anesthésie absolue remontant jusqu’à la hauteur du deuxième espace intercostal. Dépression, appréciable au palper, au niveau des quatrième et cinquième. vertèbres cervicales. T. 390,5 (matin) ; 39°,9 (soir).
Le 19 juin, même état ; T. 390,8 (matin) ; 400,5 (soir).
Le 20. T. 38 ; le malade a conservé sa connaissance. Mort le 21, à 7 heures du matin.
AUTOPSIE. — Poumons congestionnés ; les-autres viscères sont normaux. Disjonction de la quatrième et de la cinquième cervicales,la première est fléchie en arrière sur la seconde ; rupture du ligament vértébral antérieur. Déchirure de la dure-mère au niveau de la fracture ; sur une longueur de 3 ou 4 centim., au-dessus et au-dessous de. celle-ci, moelle rouge et ramollie.
Onservamion 82 (résumée). — BEnTHAuD. Bul. Soc. anat: 1884, p. 521.
B..., 33 ans, entre le 6 octobre à 6 heures du soir à la Pitié, après être tombé sur la nuque, d'une hauteur de 1 m. 50 environ.
Le lendemain matin, T. 41°. Rétention d'urine, respiration diaphragmatique ; paralysie étendue aux quatres membres du mouvement et de la sensibilité.
Mort à 3 heures de l'après-midi.
AUTOPSIE. — Luxation incomplète de la cinquième cervicale, déchirure du grand surtout ligamenteux antérieur. Dure-mère rouge, pie-mère intacte; la moelle n’est pas déchirée, mais paraît comprimée au niveau de la luxation.
OBSERVATION 53 (résumée). — MiNoR. Arch. f. Psychiatrie, t. XXIV, p. 693.
M., 24 ans, tombe à la renverse sur le trottoir, à 5 h. du soir. Perte de connaissance passagère, après laquelle il ne peut se relever. Il entre à l’hôpital le lendemain. Paralysie des quatre membres ; on ne constate pas de fractures des vertèbres. Vessie distendue,
T. 380,3 (matin); 380,6 (soir).
Les jours suivants, la température 5 ‘abaisse progressivement, — La paralysie des membres s’amende à son tour, et le malade quitte l'hôpital au bout de quelques semaines.
OBSERVATION 54 (résumée). — DUuBREUIL. Gaz. médic. de Paris, 1893, p. 122.
Un charretier, 34 ans, fait une chute en arrière d’une hauteur de 1%,50. Perd connaissance pendant un quart d'heure, Revenu à lui, il ne peut se relever. Le lendemain, à son entrée à l'hôpital St- Éloi, on constate une paraiysie et une anesthésie absolue des membres inférieurs.
T. 39°,2 (une trentaine d'heures après l'accident).
Mort à 3 heures du matin.
AUTOPSIE. — Luxation de la 7° cervicale sur la 1re dorsale. La moelle, intacte au niveau de la luxation, est rompue, dans sa partie antérieure, à 1 centim. au-dessous.
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