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là-dessus, et, à notre connaissance, que nous avons cherché à éclairer autant que possible, pendant tout le temps qu’elle nous à servi de sujet, N.. ne s’est portée ni mieux ni plus mal qu'auparavant. Nous devons dire cependant, et peutêtre y a-t-il là une cause d’une certaine importance, que nous avons eu recours à la suggestion d'une manière éventuelle pour prévenir des troubles possibles. Considérant, en effet, que par la suggestion nous empêchions N... d’avoir mal au cœur ou mal de tête, après une séance déterminée, et craignant, d'autre part, de voir se développer un état nerveux regrettable à la suite de nos expériences répétées, nous donnions ordre de temps à autre à N...dese bien porter, de ne pas être nerveuse, d’avoir de l'égalité d'humeur, etc., etc. Quelle a été l'influence de ces suggestions préventives, c’est ce qu’il nous est impossible de dire. Nous croyons cependant qu'elles ne sont pas restées étrangères au maintien d'un état général satisfaisaat chez notre sujet.
3° Un autre point sur lequel nous devons attirer l’attention à propos de la santé de N..., c’est qu'elle n'était pas hystérique. Sans doute, on nous objectera qu’il est difficile de préciser si une femme est ou n’est pas hystérique. Mais nous pouvons cependant nous rapprocher beaucoup de la certitude, si nous n’y arrivons pas.
D'abord, N... n’ajamais eu d'attaques hystériques ; pas de convulsions dans l'enfance, pas de crises de nerfs, rien qui, de près ou de loin, puisse rappeler la grande attaque d’hystéro-épilepsie complète ou l’une des nombreuses variétés que nous trouvons décrites dans Richer. Rien non plus dans ses antécédents qui fasse soupçonner une névrose par hérédité. N... ne ressemblait donc en rien aux hystériques de la Salpêtrière, sur qui ont porté toutes les
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expériences d'hypnotisme qui nous viennent de cette école. Et ceci est un fait à noter, car nous aurons à le rappeler plus loin.
Quant aux symptômes de l'Aysteria minor, de la petite hystérie, ils sont plus difficiles à préciser et peuvent passer plus facilement inaperçus de la personne qui en est cependant le siège. Nous avons fait à ce sujet-là une enquête aussi étendue et aussi minutieuse que possible. Les résultats ont été négatifs. Pour nous, nous avons eu affaire à une femme nerveuse et impressionnable, mais nullement à une malade, à une névropathe. Telle d’ailleurs elle était avant nos expériences, telle elle est encore aujourd’hui, rlus d’un an après la cessation de ces expériences. Nous n'avons pas développé de névrose chez elle.
Par conséquent, il ne nous est pas possible de partager l’avis de ceux qui croient que l’hypnotisme peut entrainer de graves conséquences, et compromettre d'une facon
sérieuse la santé des personnes qui sont soumises à ce traitement, à condition toutefois qu'il n’y ait pas d'abus, que les expériences soient conduites avec mesure par des personnes qui ne soient dépourvues ni d'intelligence ni d'instruction. Ceci, bien entendu, s'applique aux sujets bien portants, chez lesquels aucune diathèse nerveuse ne s’est révélée. Si l’on s'adresse au contraire à des hystériques avérées, nous croyons qu'on peut être plus affirmatif encore,
Mais c’est là un point que nous devons laisser de côté, car ce ne serait plus sur l’observation de N... que nous pourrions baser notre affirmation.
4 Nous avons fait remarquer la différence qui existait entre N... et les sujets que Charcot et ses élèves trouvaient parmi les hystériques de la Salpêtrière. On ne sera donc pas étonné de rencontrer des différences entre les résultats.
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Pour récole de la Salpêtrière, il y a trois phases dans l’hypnotisme, comme il y a quatre périodes dans l'attaque d’hystéro-épilepsie. Elles sont très nettes, distinctes les unes des autres, et par de certains proc‘dlés on peut faire passer le sujet de l’une à l’autre. I n'entre pas dans notre sujet de faire le tableau clinique de ces trois phases ; il nous suffit de les rappeler: phase de léthargie ; phase de catalepsie; phase de somnambulisme.
Sans doute, nousrencontrons chez N.. laphase deléthargie, ou plutôt son analogue, à une certaine période de ce que nous avons appelé son éducation hypnotique; mais nous ne l'avons pas rencontrée d'emblée ; elle n’a pu être obtenue que consécutivement à d’autres états, et quand nous l'avons constatée, nous n'avons pu la transformer en catalepsie par le soulèvement des paupières, moyen indiqué par Charcot. De même, un bruit violent n’a jamais amené ce résultat. R
Sans doute, nous avons produit un état qui se rapprochait de la phase cataleptique; mais cette catalepsie était une catalepsie suggestive, si l’on peut désigner ainsi les effets de suggestion rappelant les phénomènes de la catalepsie véritable ; et nous croyons qu’il y a là une différence à enregistrer, d'autant plus que les moyens indiqués pour ramener de l’état cataleptique à l’état léthargique sont demeurés sans résultat entre nos mains.
Sans doute, enfin, nous avons eu également la phase somnambulique, représentée par l’état le plus ordinaire de N..., l’état pendant lequel sa capacité suggestive est devenue et estrestée ce qu'on l’a vue par les faits que nous avons rapportés; mais nous devons répéter encore que cet état ne s'est développé qu’à la longue, et que lorsque nous l’avons eu obtenu, il ne nous a pas été possible de faire repasser N... à l'état de léthargie, tandis que les* phénomènes de
SNA catalepsie, tels que nous les avons compris et interprétés, se produisaient à volonté sans manœuvre particulière. Ceci n’a rien qui doive nous surprendre, puisque leur cause était la suggestion, et que, d’après Charcot luimême, la phase somnambulique est la plus favorable au succès des suggestions.
D'ailleurs, ce n’est que dans les résultats obtenus pendant nos premières expériences qu’on peut rechercher les analogues des phases indiquées par l’école de la Salpétrière; car plus tard, c'est l'état somnambulique que nous produisions d’emblée, état qui avait d’ailleurs tous les caractères de la léthargie lorsque nous laissions N... à elle-même, et qui nous présentait à volonté, nous l’avons dit, les apparences de la phase cataleptique. En réalité, donc, rien de net et de tranché, mais plutôt un mélange des trois états.
L'histoire de N... nous représente peut-être mieux les différents degrés décrits par Bernheim ; mais l’ordre dans lequel nous les avons observés n’est cependant pas celui qu'il indique. Nous avons observé, en effet, d’abord la somnolence et l’occlusion forcée des paupières, qu’il considère comme caractéristique du premier degré. Mais à cet état a succédé chez N... un sommeil caractérisé par la perte de relation avec le monde extérieur, que l’observateur de Nancy regarde comme propre au quatrième degré ; tandis que la catalepsie suggestive, considérée comme particulière au second degré, n'a été obtenue que beaucoup plus tard. Pour ce qui est du éroisième degré, dans lequel apparaissent les mouvements automatiques, nous n’avons pu le provoquer. Ces mouvements automatiques n'ont pu être produits par nous qu'à l’aide de la suggestion verbale. Quant au somnambulisme, dont Bernheim fait son cinquième et sixième degré, il est bien
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Ce venu, en effet, constituer le dernier terme de la série des diverses phases observées.
Il en est une cependant qui s’est montrée à nous avec des caractères de netteté absolue, et dont nous n'avons retrouvé l'équivalent ni dans la division de Charcot ni dans celle de Bernheim, quoique ce dernier rapporte cependant des fait analogues. C’est celle pendant laquelle nous avons vu se produire des hallucinations, du délire d’une manière toute spontanée, et que nous pouvons comparer avec assez d’exactitude à la quatrième période de Vattaque complète d'hystéro-épilepsie. Nous ne ferons toutefois que signaler le fait sans insister autrement ; d’abord, parce que nous ne l'avons observé qu'un nombre de fois assez restreint ; surtout, parce que nous n’attachons pas une importance considérable à ces divisions schématiques en périodes, phases ou degrés.
C'est peut-être là un moyen de classification, mais nous sommes persuadé que les faits observés ne rentrent jamais que d’une manière forcée dans ces cadres tracés à l'avance, exactement comme un malade étudié cliniquement ne présente jamais le tableau complet d'une des maladies décrites avec tant de soin et si nettement séparées les unes des autres dans les traités de pathologie.
o° L’une des conclusions à tirer de notre observation nous parait être l'influence thérapeutique de la suggestion. Sans doute, nous n'avons constaté nous-même comme effets thérapeutiques que des faits bien restreints. Néanmoins, de Pensemble de ce que nous avons vu, il est résulté pour nous une conviction absolue, qui n’a pu que se fortifier par les faits que nous avons trouvés signalés à droite et à gauche, que nous avons pu observer dans d’autres circonstances. Après la publication de l'ouvrage de Bernheim :
De la Suggestion et de ses applications à la thérapeutique, il serait oiseux d'entrer dans de grands détails À ce sujet; nous voulons nous contenter seulement de relever dans l'observation de N... les faits qui militent en faveur de cette manière de voir.
D'abord, l’analgésie, l'anesthésie,que nous avons toujours constatée pendant l'hypnose, même sans la provoquer par suggestion, nous ferait volontiers adopter les idées des auteurs qui ont affirmé qu'on pouvait pratiquer sans douleur des opérations chirurgicales pendant le scmmeil hypnotique.
Des faits existent d’ailleurs qui justifient cette manièrede voir. Rappelons les plus anciens : ablation d’un sein, en 1829, par Jules Cloquet; amputation d’une jambe, en 1845, par le D: Loysel (de Cherbourg); la même année, amputation de deux cuisses par les D" Fanton et Toswel (de Londres); la même année encore, amputation d’un bras, par le D' Joly (de Londres); en 1859, incision d'un abcès à l'anus, par Broca et Follin; amputation de cuisse, par le D: Guérineau (de Poitiers), ete. Nombre de résultats douteux, nombre d’insuccès ont été obtenus, il est vrai.
Nous croyons cependant que ce procédé anesthésique, qui mettrait à l’abri des accidents qui peuvent arriver par l’éther ou le chloroforme, pourrait, dans certains cas, donner des résultats extrêmement précieux. Loin de nous la pensée de vouloirl’appliquer toujours et quand même. Les cas où cette application serait possible seraient sans doute moins nombreux que ceux dans lesquels on appelle à son aide l’éther ou le chloroforme. Maisles travaux de Bernheim nous montrent que le nombre des personnes susceptibles d’être hypnotisées est plus grand qu’on ne le croirait, ef nous pensons qu'avec un certain entrainement préalable, en appelant à son aide la suggestion,aux effets si puissants,
rh De il serait possible de pratiquer sans douleur des opérations importantes pendant l’hypnose.
D'autre part, nous trouvons dans l’observation de N... deux faits qui nous pa’aissent absolument significatifs. Nous avons à plusieurs reprises fait disparaitre la céphalalgie. Nous avons remédié à des gastralgies fort douloureuses. La suggestion a donc une action manifeste sur certaines affections d’origine nerveuse. Ceci n’a rien qui doive surprendre d’ailleurs, si l’on se rapporte à certains faits que nous avons signalés.
Nous avons obtenu par suggestion des paralysies,. des contractures, de l’incoordination des mouvements. Par suggestion aussi, nous avons fait disparaître des maladies provoquées. Sans lésion de système nerveux, nous avons pu obtenir des manifestations qui pouvaient faire croire à des états morbides. Nous savons qu'il existe des états morbides caractérisés par des symptômes analogues à ceux que nous provoquions artificiellement, et dans lesquels cependant l'anatomie pathologique la plus délicate est incapable de nous révéler la moindre lésion du système nerveux. Pourquoi ne pas croire à la réciproque et à la possibilité de faire disparaître par suggestion des états analogues à ceux que cette même suggestion est capable de créer ?
L'un ne choque pas plus la raison que l’autre. Les conditions, quoique inverses, sont analogues. Pourquoi les résultats ne le seraient-ils pas? Il va sans dire cependant que, dans ce cas, la suggestion devrait peut-être être: continuée longtemps, répétée un grand nombre de fois avant d'obtenir l’amélioration ou la guérison attendue. Mais ceci ne doit ni nous surprendre ni nous arrêter. Certains états contre lesquels, suivant nous, on aura à lutter par la suggestion sont autant des effets de l'habitude que
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de ia maladie, et il faudra, par suite, opposer habitude à habitude pour obtenir le succès.
Mais nous ne voyons pas là de raison pour se décourager et pour abandonner un procédé de traitement qui d’ailleurs n'en est plus à faire ses preuves, car ces idées que nous inspirait l’observation de notre sujet il y a déjà deux ans, ont reçu depuis une sorte de confirmation et de consécration par la publication de certains faits dont l'authenticité nous parait indiscutable, étant donné les noms de ceux qui les ont publiés.
Ces idées ne sont d’ailleurs pas nouvelles, puisque, en 1780, un élève de Mesmer écrivait les lignes suivantes : &« Si M. Mesmer n'avait d'autre secret que celui de faire agir l'imagination efficacement pour la santé, n’en auraitil pas toujours un bien merveilleux ? Car si la médecine d'imagination était la meilleure, pourquoi ne ferions-nous pas la médecine d'imagination ?» Sans doute, cela est bien vague, bien peu précis; mais n’y trouve-t-on pas l'embryon de l’idée de la thérapeutique suggestive?
6° La dernière conclusion que nous avons à tirer des faits que nous avons racontés est relative à ce que nous avons appelé la suggestion mentale.
La suggestion ordinaire ne nous arrêtera pas. Ce n’est pas que son intérêt ne soit considérable; il résulte, en effet, jusqu'à l'évidence de tous les faits que nous avons rapportés, que son rôle est prépondérant dans le développement et la manifestation des phénomènes que l’on peut constater grâce à l’hypnotisme. On a pu voir la part qu'il fallait lui attribuer dans l’explication des faits de catalepsie provoquée, que nous avons même désignée, à cause de cela, sous le nom de catalepsie suggestive ; on à vu comment par elle nous pouvions faire pendant l'hypnose ce que
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bon nous semblait «lu sujet endormi; comment par elle nous pouvions avoir action sur les actes du sujet, non seulement immédiatement après le réveil, mais encore longtemps après la fin del’hypnose; comment, enfin, dans certains cas, il serait possible au médecin d’user de cette influence dans un but thérapeutique. Nous n'insisterons donc pas.
Cette sugeestion est d’ailleurs facile à comprendre, et son mécanisme, si le mot ne parait pas trop bizarre, a été parfaitement expliqué par Bernheim, et nous ne saurions mieux faire que «de renvoyer le lecteur désireux de détails à la source même, à l'ouvrage du savant professeur de Nancy ; là il trouvera la conviction que cette théorie est la vraie, comme nous l’y avons trouvée nousmême.
Mais à côté de la suggestion effectuée par la parole ou par un moyen physique quelconque, nous avons observe la sugeestion mentale. Les derniers faits que nous avons consignés ne peuvent recevoir d'explication plausible qu'en admettant l’existence de ce mode particulier de suggestion. Sans doute, lon trouvera notre affirmation hardie. Nous devons avouer que ce n’est pas sans hésitation que nous avons fini par accepter l’idée que nous émettons aujourd'hui; mais les fait parlent, et Jeur éloquence nous parait grande.
Nous ferons remarquer cependant que d’autres ont été plus hardis que nous. Nous disons, en effet, que nous avons constaté l’existence d’une suggestion que nous avons désignée sous le nom de suggestion mentale, parce que, dans les cas où nous l’avons remarquée, l’idée n’avait pu être transmise au cerveau du sujet par aucun des moyens physiques naturels, pas plus par la vue que par l'ouie ; il n’y avait aucune manifestation physique exté-
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rieure de l’idée suggérée ; seule, la main du sujet tenue dans la nôtre, établissait où paraissait établir une communication entre nous. Et, de fait, lorsque le contact n'existait pas, lorsque cet intermédiaire faisait défaut, nous n'avons pas obtenu la suggestion. C’est donc l’existence l’une suggestion mentale et par contact de la personne sugzérante et du sujet hypnotisé que nous tirons comme conclusion des faits dont on à lu le récit plus haut.
D’autres ont été plus hardis que nous, avons-nous dit. N'avons-nous pas vu, en effet, Richet (1) chercher à démontrer l’existence de la suggestion à l’état de veille sans l’intermédiaire même de ce contact que nous indiquions tout à l’heure? Ce n’est pas que ce contact nous paraisse faciliter l’explication du phénomène ; mais, d’après nos expériences, il nous faut le considérer comme une condition sine quû non du succès de l'expérience. Pour Richet, cette condition n’existe pas. D'autre part, la suggestion dont nous sommes arrivé à affirmer Ja réalité s’adressait à un sujet plongé dans le sommeil hypnotique et se trouvant, par conséquent, dans des conditions toutes particulières, résultat d’une longue éducation. La suggestion dont nous parle Richet s'adresse, au contraire à des personnes quelconques prises dans leur état normal. La conclusion du philosophe, que nous n’attaquons pas d’ailleurs, nous paraît donc dépasser de beaucoup la nôtre en hardiesse.
Il résulte également, selon nous, de ce que nous avons dit et raconté plus haut, que cette suggestion mentale peut être inconsciente de la part de la personne qui sugoère. Nous croyons l’avoir fait comprendre par l'interprétation que nous avons donnée de l’un des faits que nous avons observés ; nous n’y reviendrons pas; si nous le
(1) In Revue de philosophie.