‹ Contribution à l'étude de l'hypnotisme et de la suggestionChapitre 7 sur 9 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

1° La première conclusion que nous devons tirer de l'observation que nous venons de rapporter a trait à l'influence de la répétition des expériences sur le développement des phénomènes hypnotiques.

L'histoire de N... prouve d’une manière surabondante que certains sujets sont susceptibles de subir une espèce. d'éducation hypnotique. Combien diffèrent, en effet, les résultats des premières séances et ceux des dernières !

La première différence qu’il nous faut noter, c’est la diminution considérable du temps nécessaire pour provoquer l'hypnose. Au début, ce temps peut être facilement noté et apprécié : à la première séance, il nous faut trois à quatre minutes. Au bout d’un certain nombre d'expériences, ce temps est tellement réduit qu'il devient inappréciable ; il nous suffit d’un regard, d’un geste, d’une injonction, pour voir l'hypnose se produire. La même observation peut s'appliquer également au réveil, qui devient des plus faciles au fur et à mesure que l’accoutumance est plus

grande.

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Les résultats de l'hypnose, on a pu le voir, se ressentent aussi de cette éducation. Pris dans leur ensemble, nous les avons vus se développer graduellement. D'abord à l'état d'ébauche, ils s’accentuent petit à petit, et ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu'ils atteignent leur plus haut point de perfection. Souvent, au début, le résultattrompe notre attente; mais avec l'habitude, si ce mot ne parait pas étrange, les insuccès deviennent de plus en plus rares; ils finissent par faire défaut complètement. Au début, si nous voulons obtenir un résultat positif, il faut que nous nous contentions de provoquer un phénomène très simple, sous peine de ne rien obtenir du tout. Plus tard, nous pouvons introduire les complications comme à plaisir, cela ne constituera plus un obstacle, et entre ces deux extrêmes, il nous sera donné d’observer toutes les transitions.

Cette influence de l’accoutumance, de l'éducation, de l'habitude, de la répétition des expériences, de quelque nom qu’on l’appelle, apparaît surtout nettément quand on considère le développement chez N... de la capacité suggestive. Les réflexions qui précèdent lui sont de tous points applicables.

En effet, nous avons vu la suggestion ne réussir d’abord que pendant l'hypnose et même pendant un temps très court. Les premiers effets de catalepsie suggestive que nous avons pu observer, après quelques insuccès d’ailleurs, n'avaient qu'une durée fort limitée. Puis, l'effet de la suggestion persiste pendant un temps plus long; il nous est possible de compliquer un peu cette suggestion; au lieu de résultats purement somatiques, et par conséquent plus simples, nous obtenons des résultats psychiques, de nature plus complexe. Même dans ce cas, il y a encore des différiences à noter entre les premières et les dernières expériences. Dans celles-ci, il faut que l’idée suggérée soit

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familière à N..., sans cela elle n’obéit pas, il y a résistance ; dans celles-là, au contraire, nous pouvons suggérer n’irnporte quoi, l’obéissance est absolue, toute résistance abolie.

La suggestion à longue portée, la suggestion persistant après le réveil, constitue un grand progrès. Par le récit que nous avons fait, il est difficile de comprendre combien il nous à été malaisé de l'obtenir. Là encore nous avons eu d’abord de nombreux insuccès, puis des demi-succès, avant d'arriver à l'exécution complète d'un acte suggéré, quelque simple qu’il eût été cependant. L'éducation devait, en eflet, être plus lente, car il intervenait un élément dont il faut tenir grand compte.

Pendant l'hypnose, N... était sous notre influencedirecte; nous avions sur elle une action beaucoup plus puissante. Lorsque la suggestion ne devait avoir, au contraire, son effet qu'après le réveil, deux causes pouvaient en empêcher l'exécution : d’abord, l’ordre donné pouvait être oublié ; ensuite, s’il ne l'était pas, il pouvait être discuté: Sans doute, N... le prenail pour une idée à elle ; mais rien n’empêchait plus qu’elle ne donnât pas suite à cette idée si elle la trouvait étrange. Petit à petit, pourtant, le cerveau prenait l'habitude de ne pas oublier l’idée qu’on y avait déposée, l’ordre qu’il avait recu ; petit à petit, l'habitude de l’obéissance à cet ordre le rendait d'autant plus impérieux et en assurait l’exécution, même lorsqu'il paraissait étrange, même après discussion. C'est ce que les faits nous démontrèrent clairement.

La suggestion d’actes d’une grande banalité donna beaucoup plus vite des résultats positifs que la suggestion d'actes présentant quelque originalité ou même s’écartant de ceux qui étaient familiers à N... Dans ce cas, il nous a

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été plus d’une fois possible de constater une sorte de lutte, de discussion pour ainsi dire, qui se traduisait par des exclamations dans le genre de celle-ci :

— Oh | c’est trop fort! Suis-je bête !.….. etc.

Et quand on en demandait la cause à N...

— Figurez-vous, nous disait-elle presque invariablement, : que j'ai envie de faire telle chose. C’est plus fort que moi, il faut que je le fasse. ‘

Avec le temps, c'est-à-dire à mesure que l’accoutumance devint plus grande, l’entraînement plus complet, il nous fallut moins insister au moment même de la suggestion. Au commencement, nous étions obligé de donner l’ordre à plusieurs reprises, de le faire répéter pour en assurer l'exécution. Plus tard, il n’était plus nécessaire que de le donner une fois, même aussi brièvement que possible, même à voix basse.

En résuméet en un mot, la capacité suggestive s'était développée par l'exercice et avait acquis une puissance considérable. N'est-ce pas ainsi que les choses se passent pour la mémoire, qui, d'abord rebelle, peut acquérir chez celui qui l’exerce un degré de perfection étonnant, et devenir capable de retenir pendant un temps fort long une impression déposée d’une manière fugitive, tandis qu'avant d’être exercée elle laissait échapper à bref délai ce que Von s'était donné beaucoup de peine pour y faire entrer ? Rien de surprenant d’ailleurs dans ce rapprochement, que nous faisons à dessein, puisque la mémoire joue un rôle si considérable dans les phénomènes de sugcestion.

H nous parait donc démontré que l'influence de la répéütion des expériences sur le développementdes phénomènes hypnotiques est considérable. 11 y a là une éducation manifeste, une sorte de dressage qui permet d'obtenir des résul-

SRARES tas qu'on n'aurait pu même ébaucher lors des premières tentatives.

Cette influence porte principalement sur les points suivants : durée de temps nécessaire à provoquer et à faire cesser complètement l'hypnose; développement graduel des divers degrés de cette hypnose. Développement considérable de la capacité suggestive.

R Il est aussi un autre résultat de cette répitition des

expériences que l’on ne peut constater à la lecture de notre observation, mais que nous devons cependant mentionner ici. Lors des premières séances, N... éprouvait au réveil quelques douleurs de tête, quelque peu de malaise; une ou deux foïs, elle accusa un sentiment de froid général avec frisson et besoin de se réchauffer. Plus tard, ces suites de là séance deviennent beaucoup plus rares, et nous croyons que c’est grâce à l’accoutumance que nos expériences ne laissaient pas de traces désagréables derrière elles.

Néanmoins, même après fort longtemps, lorsque la durée de l'hypnose avait été prolongée plus que de coutume, lorsque nous avions eu de la peine à obtenir le résultat désiré, il nous arrivait de constater quelque malaise au réveil. Mais nous pouvions remédier à cela, car la suggestion était devenue une arme que nous savions manier. Il nous suffsait d'affirmer à N... qu'elle n'aurait ni mal au cœur ni mal à la tête, et elle ne se ressentait alors en aucune facon d’une séance même un peu prolongée.

Si chaque séance prise en particulier n'avait pas de résultat fâcheux immédiat, il pouvait arriver cependant que la répétition de ces expériences, à intervalles réguliers et pendant un temps fort long, causât quelques troubles du côté de la santé générale, des troubles nerveux surtout. Il n’en a rien été. Nous avons toujours fixé notre attention

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