PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
S'il est une maladie qui donna naissance à de nombreuses théories, c’est l’hystérie. Les anciens la considèrent comme une maladie organique grossière : l’utérus est un animal indépendant quiremonte, tourmente, étouffe les femmes nerveuses ; s’il en agit ainsi, c’est qu'il a besoin d’être mis en activité. Conclusion: mariez les hystériques à des hommes drus et forts, le résultat ne se fera pas attendre.
Avec Lewis, Willis et Sydenham, nous arrivons à une théorie plus rationnelle, ils affirment l’origine cérébrale de l’hystérie ; pour eux il s’agit d’une infiltration des cellules nerveuses par la « colluvies serosa.», les esprits animaux ou les vapeurs.
Brodie, Briquet en font une névrose, il s’agit pour eux d’un trouble dynamique et non d’une lésion organique. Pour Charcot et Gilles de la Tourette, l'hystérie est une psychose, une maladie mentale. Les uns, comme Môbius, Strümpell, Breuer, Frend ineriminent l'état psychique du sujet ; Sollier, les perceptions sensitivo-
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sensorielles ; Grasset, le système nerveux tout entier.
Actuellement deux théories se partagent les neuropathologistes : la théorie psychique qui est celle de Janet et la théorie physiologique.
Pour M. Janet « l’hystérie est une psychose appartenant au groupe des maladies mentales par insuffisance cérébrale ; elle est surtout caractérisée par des symptômes moraux ; le principal est un affaiblissement de la synthèse psychologique. » L’hystérique étant incapable de synthétiser toutes ses perceptions, une partie de celles-ci disparaissent du champ de la conscience ; si quelques perceptions font défaut, on a alors les zones d’anesthésie, les amauroses, les stigmates, etc.; quelques pas encore et nous arrivons au dédoublement de la personnalité ; cette désagrégation du moi n’est pas sans influence sur le développement de l’idée fixe; chaque perception abandonnée est un rempart de moins contre l’envahissement de cette idée, celle-ci grandit à mesure que le champ de la conscience se rétrécit. Maïs si cette théorie explique ce qu’on pourrait appeler les phénomènes négatifs de l’hystérie (paralysie, anesthésie) elle n’en explique pas les phénomènes actifs (crises, suggestions, zones hystérogènes, tremblement, etc.).
Pour : MM. Déjerine, Bernheim, les manifestations hystériques dépendent de l’idée, de la représentation psychique.
Dans l’hypothèse physiologique, les auteurs admettent des centres organiques : sensitifs, sensoriels, moteurs, vaso-moteurs, anesthétiques, et un centre psychi-
que où se fait la synthèse de tous les états dynamiques
qui constituent notre personnalité présente ou passée.
Or ces centres peuvent s’engourdir, somnoler par suite d’une influence venue de l'extérieur.
Dès lors les perceptions auxquelles ils président n'arrivent plus au centre d'association ; celui-ci d’ailleurs peut être assoupi à son tour et les différents centres ne communiquent plus entre eux normalement. Dès lors, un double résultat ; d'une part perte d’un certain nombre de perceptions, d'autre part développement anormal des perceptions des centres demeurés sains (hyperesthésià à côté d’anesthésie) ; mais les centres moteurs peuvent aussi être atteints de cette hyperdynamie, par suite de la stéatose d’autres centres, d’où convulsions à côté de paralysies. Ainsi se trouve supprimée l'intermédiaire de l’idée. A l'appui de leur théorie, les physiologistes citent le cas où l’hystérie se trouve superposée à une maladie organique ignorée du malade. Or, disent-ils comment une maladie inconnue pourrait-elle déterminer une idée provocatrice d'accidents hystériques, puisqu'elle n’est pas consciente? N’est-il pas plus simple d'admettre, que la lésion organique a influé sur tel centre sensitif ou moteur, sans passer par l'intermédiaire de l'intelligence. Ainsi s’expliquerait l'influence du traumatisme par exemple.
Une telle hypothèse est séduisante, mais lorsqu'il s’agit d’une maladie semblable à l’hystérie, il faut se défier des solutions simples. Cette théorie écarte l’idée fixe. Or, comment expliquer sans elle ces phénomènes de guérisons presque miraculeux qu'on obtient en agis-
sant fortement sur la mentalité soit par la suggestion,
soit par la psychotérapie ? Si je suggère à un malade l’idée qu'il n’est plus paralysé du membre gauche inférieur, faut-il donc admettre que je réveille le centre des mouvements de cette partie de son corps; si ensuite je lui suggère qu'il est paralysé du membre supérieur droit, j'ai donc endormi brusquement le centre des mouvements de son bras ? Ceci paraît bien invraisemblable ; comment ici rejeter l'intermédiaire de l’idée ? On a prétendu que l'idée fixe n'était pas quelque chose qui s’implantait dans le cerveau à la façon d’un parasite ; or, nous avons vu à la Salpêtrière, le professeur Déjerine arracher cette idée du cerveau des malades par le raisonnement, la patience, les assauts sans cesse renouvelés ; à travers les récits des malades entendus, nous avons vu cetteidée fixe s'implanter lentement, cultivée amoureusement parles malades et devenir si tenace qu’elle semblait indéracinable. La psychotérapie en venait à bout. Comment nier l'influence de l’idée fixe après de pareils exemples ? Les phénomènes de contagion hystérique sont là pour montrer combien l’hystérie est quelque chose de psychique.
Il y a évidemment des phénomènes d'hystéries associés à des maladies inconnues du malade. Mais qu’en sait-on au juste ? Celui-ci peut avoir ressenti de vagues douleurs sans y avoir jamais attribué aucune importance, n'empêche qu'un travail inconscient s’est fait dans son esprit ; un geste machinal du médecin et le malade va localiser son hystérie à l’endroit désigné. D'autre part, il est évident que nous avons une subcon-
sciene des phénomènes organiques qui s’accomplissent
DES en nous ; dans ce domaine des perceptions vagues, l’une d'elles peut remonter à la surface pareille à une bulle d'air ; un lent travail se fait qui aboutit brusquement à l’idée fixe.
Mais pourquoi l’idée fixe va-t-elle s'implanter d’une facon si puissante chez l’hystérique ? Il y a donc en lui une prédisposition, il est donc un terrain destiné à recevoir, à nourrir ce grain jeté là par hasard. Que se passe-t-il chez un sujet en hypnose ? celui-ci est semblable à l'homme qui sommeille, c’est-à-dire inconscient à tout ce qui l’entoure; que je lui suggère l’idée de lion, et aussitôt sa mémoire lui représentera cet animal ; pourquoi ceroira-t-il à sa présence réelle ? Parce qu’il ne peut contrôler par l'inspection des objets qui l’environnent la fausseté de sa pensée; il ne voit point qu'il est dans une salle, entouré de personnes rassurées, dans un lieu où les lions n’ont jamais pénétré. L'idée de lion envahit toute son intelligence et il ne peut qu'extérioriser sa sensation ; nous avons tous éprouvé ce phénomène dans nos rêves.
Donc absence de contrôle. Ne se produirait-il pas la même chose dans tous les actes hystériques ? Un hystérique que l’on raisonne et à qui on persuade par autorité ou par arguments qu’il n’est point paralysé ne voit-il pas sa paralysie s'évanouir ?
Les phénomènes hystériques ne ressemblent-ils pas à des erreurs dont on ramène les malades ? Mais d’où vient cette absence du contrôle ? D'un trouble dans l'association des idées puisque tout raisonnement, toute comparaison en dérivent. Les idées, dit Stuart
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Mill en substance, s'associent d'autant plus facilement que les objets qu’elles représentent sont associés plus souvent ou d’une facon plus intense. Il est certain qu'elles s'associent aussi d’après leur nature. Mais quelle est la nature des idées de l’hystérique? Il est certain que ces malades ne perçoivent point comme les autres ; leurs réflexes sont exagérées, leurs sensations sont parfois très vives et les agitent plus profondément; d’autres choses les laissent indifférents. Leurs sentiments sont également anormaux ; ils sont irréguliers, mélangés, trop intenses ou inexistants, comme chez M°° Guyon.
Qu'il y a-t-il d'étonnant dès lors que leurs idées s’associent mal ou d’une facon anormale ?
Troubles de la perception, troubles de l'association, cés deux choses contribuent manifestement à la culture des idées fixes. Nous voilà insensiblement rame- -nés à la théorie des physiologistes. Pourquoi ne pas admettre comme eux, qu'il est des centres qui s’assoupissent ? cela nous semble tout indiqué pour expliquer l’envahissement de l’idée fixe grâce au rétrécissement du champ de la conscience ; que le centre d’association soit en état d’hypo-activité chez l’hystérique, nous le le concevons fort bien, puisque ce qui nous paraît dominer chez ce malade, c’est un trouble de l’associalion des idées.
Nous n’irons pas discuter si l’origine de ce trouble est physique ou mentale; c’est le travail des métaphysiciens,qu'il nous suffise d'admettre qu’il y a deux
phénomènes parallèles qui concordent en tous points.
Notre conelusion sera donc celle-ci : les phénomènes
hystériques apparaissent grâce à une représentation psychique: celle-ci prend un aussi grand empire chez l’hystérique grâce à l'absence de contrôle qui dérive d’un trouble de l’association d’origine physiologique ou psychique; ce trouble de l’association se rattache évidemment aux troubles de la réception des sensations chez les hystériques.
Vu : le Président de la thèse .
DÉJERINE Vu : le Doyen,
DEBOVE | Vu et permis d'imprimer Le Vice-Recteur de l’Académie LIARD