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Ursulines où elle recoit les leçons de sa sœur, femme distinguée, aimante et sage, passe aux Dominicaines où elle a la petite vérole, va faire sa première communion aux Ursulines, d’où elle sort à douze ans. Dans ces nombreux séjours, elle écouta la vie des saints et rêva du martyre : plusieurs fois elle le demanda à ses maîtresses. À cinq ans elle eut une vision de l'enfer qu'elle n'’oubliera jamais ; elle ne pensait qu'au ciel.
Elle vécut dans la maison maternelle comme dans un couvent ; c’est là qu'elle lit les œuvres de saint François de Salles et de la bienheureuse de Chantal ; elle a une crise morale et dès ce jour, renonce au monde, s’enthousiasme pour l’oraison mentale.
Malgré ses désirs, son père ne voulut pas la faire religieuse. Elle revint au monde, un peu grâce à M°* de la Motte qui la poussail, grâce aussi à sa beauté qui était merveilleuse et qu'il fallait bien faire valoir.
Ici se trouve une période mêlée de distractions mondaines et de repentirs inconsolables; elle lit des romans, ce qui ne devait guère mettre d'équilibre dans son esprit. Ses parents la mènent à Paris, la marient avec Jacques Guyon, seigneur du Chesnoy de Champouillet et autres lieux. Elle avait alors seize ans.
Le ménage fut très malheureux. Son mari était goutteux, indiflérent, sa belle-mère jalouse et accariâtre. Ils la ramenèrent à Dieu, je veux dire la dégoûtèrent tellement de ce monde, qu’elle n’eut d'autre consolation.
À dix-huit ans, elle apprend à connaître la duchesse de Béthune qui lui enseigne l’oraison mystique. A la
même époque, arrive de Cochinchine, un de ses cousins, missionnaire dont la vertu là charma. « Nous disions « ensemble l'office de la Sainte Vierge», raconte-t-elle : « souvent il s’arrêtait tout court parce que là violence « de l'attrait lui fermait la bouche. Je ne savais pas « encore ce que c'était que celà. » Elle interrogea un religieux qui lui répondit : « Vous cherchez au dehors ce que vous avez en dedans, accoutumez-vous à cher-: cher Dieu dans votre cœur et vous l’y trouverez. » Ces paroles furent comme un coup de flèche qui transperca son cœur de part en part. Dès ce moment elle aime Dieu plus que l’amant le plus passionné n’aime sa maîtresse. Cet amour était si continuel qu'elle ne pouvait penser à autre chose. Elle est comme plongée dans un fleuve de paix.
Dès lors, elle s’apprend à mortifier ses sens ; en moins d'un an, il sont assujettis. Mais elle est encore soumise à de dures épreuves, elle est déchirée entre la vanité et l’amour de Dieu. C’est dans ces tribulations qu’elle rencontre le P. Lacombe, barnabite qui jouera dans sa vie un si grand rôle; il était grand, jeune, et avait l'air d’un saint. Elle le vit de passage à Montargis et pensait ne plus le voir.
En 1676, elle perdit son mari, mais elle avait déjà choisi un autre époux en la personne de l’enfant Jésus, avec lequel avait eu lieu son mariage mystique quelque temps auparavant. Malgré cela ses tourments ne cessent pas. Un jour, par hasard, elle écrit au P. Lacombe, et voilà qu’en disant la messe, celui-ci s'entend dire avec
impétuosité par trois fois : Vous demeurerez dans un
” même lieu. Le même jour M* Guyon avait retrouvé sa sérénité, £
Cependant depuis quelque temps elle était tourmentée de l’idée d’aller à Genève. Pourquoi? Elle n’en savait rien. Saint François de Salles qui avait été évèque de cette ville et le P. Lacombe qui demeuräit à Thonon devaient y être pour quelque chose.-Après beaucoup d’hésitations elle part, laisse ses enfants sauf sa plus jeune fille qu’elle emmène. Arrivée à Annecy, elle renouvelle son mariage mystique avec Jésus, puis avec quelques filles, elle va fonder à Gex la communauté des Nouvelles Catholiques. Après un moment de découragement, elle est relevée par la venue du P. Lacombe. Dans la nuit, Dieu lui révèle qu'elle sera la pierre sur laquelle il bâtira son église ; un jour elle est malade et des phénomènes miraculeux président à sa guérison. Mais là comme partout ailleurs, elle fut persécutée ; elle se retire aux Ursulines de Thonon où elle écrit son livre merveilleux des Torrents. Elle y resta deux ans ; sa doctrine faisait des progrès ; on la trouva trop hardie ; elle dut s’éloigner.
Elle s’isole dans une petite maison au bord du lac de Genève ; elle ne peut y vivre en paix, l’'Évèque de Genève la poursuit jusque-là et enfin l'invite à quitter son diocèse avec le P. Lacombe. Ils partent ensemble, ce qui fait beaucoup parler d'eux. Ils arrivent, lui à Verceil, elle à Turin, chez la marquise de Pruney ; nouvelles persécutions. Ils repartent et le P. Lacombe l'accompagne jusqu’à Grenoble ; elle y fonde une petite
église et dans une fièvre d'inspiration, elle écrit en
quelques mois son explication de l'Écriture Sainte qui emplit vingt volumes. Encore une fois l'orage éclate ; elle quitte Grenoble ; nous la suivons à Marseille, à Gênes, elle veut aller à Turin et arrive, malgré elle, à Verceil chez le P. Lacombe qui se fâche ; mais ils se réconcilient, fondent leur petite église et... doivent encore une fois, fuir, sous la persécution. Ils partent, on les voit se rejoindre à Chambéry, à Grenoble où elle retrouve ses enfants spirituels : ils arrivent enfin à Paris
en 1686.
Le P. Lacombe prècha. M Guyon enseigna. La jalousie, l'ambition déçue les poursuivirent ; on fit entendre au roi que le Père enseignait la Doctrine de Molinos, il fut jeté à la Bastille ; de là il fut transporté à Oléron et autres lieux, enfin, il vint mourir fou au
château de Lourdes,
À son tour M Guyon fut déclarée hérétique, et le 29 janvier 1688 enfermée à la Visitation Saint-Antoine. Elle subit sa captivité avec une résignation admirable, protesta sans cesse de son obéissance à l'Église ; les religieuses la considéraient comme une sainte. Enfin une de ses parentes, M" de Miramion obtint sa grâce
par l'intermédiaire de M de Maïintenon.
A sa sortie de prison, elle alla demeurer chez M de Miramion. Elle fréquente la duchesse de Béthune, les duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Mortemart, M de Saint-Géran, d’Haudicourt ; Mad. de Maintenon l’introduit à Saint-Cyr. Elle propage sa doctrine et séduit Fénélon. Le prélat en garda longtemps
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l'empreinte et il fallutle jugement de Rome pour qu’il abandonnat sa théorie de l’amour de Dieu.
Elle voulut aussi séduire Bossuet. Au lieu d’un disciple, elle trouva un juge sévère qui brisa net ses amoureuses extravagances. Elle lui en voulut, elle crut qu'il ne comprenait pas.
Souple, elle se déroba, se soumit en apparence mais garda sa doctrine espérant ressaisir le Prélat.
Comme on la poursuit de toutes parts, elle demande un jugement ; il lui allait mieux de supporter la persécution que de discuter théologie ; à la faveur de l’auréole de l’innocence, elle comptait faire passer sa doctrine ; résiste-t-on aux paroles d'une martyre ?
On peut dire qu’elle subit les opprobres et les outrages. Hélas, elle n’eut même pas la consolation de voir ses livres approuvés. Au lieu de juges, on lui donna des censeurs. Sa religion fut solennellement condamnée par Tronson, de Noailles et Bossuet dans les articles d'Issy.
Elle avaitété attendre le résultat au couvent de Sainte- Marie-de-Meaux. Bossuet l’y persécuta, dit-elle, pour lui faire signer des hérésies. Néanmoins, il lui donne un certificat d’orthodoxie, à condition qu’elle n’enseigne plus. Mais il lui fallait des cœurs ; elle se cacha pour enseigner. Au bout de six mois, on l’arrête dans une petite maison du faubourg Saint-Antoine. Elle est enfermée à Vincennes, aux Filles de Saint-Thomas à Vaugirard, puis à la Bastille ; on peut dire qu’elle fut une des petites victimes d’une grande querelle, où il
était moins question d’elle que de Fénelon.
Elle resta sept ans en prison. Le quiétisme étant terrassé, on s’aperçut enfin qu'il n’y avait rien à reprendre en elle. Elle sortit de la Bastille, sans haine contre ses bourreaux. Elle était vaincue.
Elle passa ses dernières années à Blois ety demeura dans le silence. Quelques-uns de ses fils spirituels lui
, restèrent attachés jusqu'à la mort ; mais elle ne se répandait plus. Ant
Elle s'enferma dans l’amour de Dieu et mourut le
9 juin 1717 à soixante-neuf ans et demi.
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DES PHÉNOMÈNES PATHOLOGIQUES QUE PRÉSENTA M:° Guyon
Dans sa thèse, M. Crouslé a dit que cette femme appartenait plus à la Médecine qu’aux Lettres.
Existe-t-il dans la vie de M"° Guyon des phénomènes pathologiques permettant de ranger cette femme au nombre des névrosées ? |
Quels sont ces phénomènes et dans quel cadre nosologique convient-il de les ranger ?
En quoi ces phénomènes ont-ils influé sur sa mentalité ?
Voilà les questions qu'il nous a paru intéressant de résoudre.
En lisant attentivement ses biographes, il nous semble qu’on peut ranger les phénomènes que nous nous proposons d'étudier, en deux classes : les uns ont la physionomie hystérique, mais à coté de ceux-là, d’autres symptômes permettent de rattacher notre malade à un groupe encore assez mal défini grâce à l'étendue
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