‹ Contribution à l'étude de l'hystérie religieuseChapitre 9 sur 17 · TOUS · texte numérisé non relu

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et à la variété de ses manifestations, je veux parler du groupe des dégénérés supérieurs.

. Dans sa jeunesse elle présente des symptômes bi-

zarres :

» . + SE « J'étais continuellement malade de maux autant

prompts qu'ils étaient extraordinaires.

«Lesoir je me portais bien et le matin on me trouvait enflée et pleine de marques violettes ; d’autres fois, c'était la fièvre. À neuf ans, il me prit un vomissement de sang si furieux que l’on croyait que j'allais mourir et j'en restai très affaiblie ( Vie, t. [, p. 22). »

Cette cyanose localisée, ces œdèmes spontanés apparaissant brusquement, sans autres phénomènes concomitants, disparaissant de même, n'ont-ils pas tout à fait l’allure hystérique ? Est-il une maladie organique qui puisse donner cela ? Ni les cardiopathies ni le brightisme ne peuvent ici être invoqués ; les lésions nerveuses centrales ou périphériques, n’opèrent pas avec cette rapidité ; d’autres symptômes se seraient présentés ; or il n’en est pas question, la malade s’étonneelle-même de la bizarrerie de ces manifestations ; s’il s'était agi de lésions organiques quelle suite d’accidents s’en serait suivie dont il n’est jamais question. M=° Guyon aurait-elle atteint soixante-neuf ans avec une maladie bleue, par exemple ?

Les phénomènes fébriles sont plus fréquents. On voit des accès de fièvre dans lincubation de la méningite, dans la tuberculose, dans la fièvre de croissance ; il y a des typhoïdes ambulatoires, des mammites de la

puberté qui donnent de la température.

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Mais il faut éliminer les maladies aiguës, car elles ne peuvent donner de la fièvre pendant toute une enfance ; leurs manifestations n’ont pas cette durée indéfinie ; l'ostéomyélite, certaines variétés de rhumatismes donnent naissance à ces intermittentes élévations du thermomètre ; mais ici pas de douleurs, pas de gonflement des articulations, pas d’abcès, pas de boiterie, une fièvre solitaire. Nous savons d'autre part combien les parents se piquent de trouver la cause des maladies de leurs enfants et combien ils étonnent le médecin par leurs conceptions pathogéniques; ici rien, M"° Guyon raconte seulement qu’elle a eu la fièvre. | Reste la tuberculose ; le vomissement de sang nous porte à penser à cette maladie. S’agissait-il d'une hématémèse? Mais un cancer, un uleère, une exulceratio simplex, une gastrite se seraient accompagnées de douleurs, de dyspepsie, de vomissements alimentaires, il n’en est pas question. Penserons-nous aux varices et en particulier aux varices œsophagiennes ? Nous savons que cette affection se trouve surtout chez les cirrhotiques et M* Guyon ne l'était sûrement pas à neuf ans. Songerons-nous au purpura ? M°° Guyon, il est vrai, présentait parfois de brusques plaques violettes, mais les plaques de purpura sont d’abord rouge vif ? L'hémopilie aurait donné des hémorragies plus répétées.

Pour ce qui est des hémoptysies, nous devons penser à l’'hémoptysie tuberculeuse ? Mais quoi! une tuberculose sans toux, qui après cela ne fait plus parler d'elle. Avec l'hygiène de cette époque, claustrée au couvent, s’accablant de privations, meurtrissant son corps,

Re. pe M°° Guyon serait-elle morte si âgée ayant une maladie qui ne pardonne presque jamais ?

Pour nous, cette hémorragie brusque, sans douleur, solitaire, sans suite doit être rangée dans les phénomènes hystériques ; il en est de même de la fièvre.

Voici maintenant des troubles subjectifs de la sensibilité.

« Lorsque cette fille résistait davantage à Dieu, et qu’alors elle m’approchait, elle me brülait, et lorsqu’elle me touchait, je sentais une douleur si’étrange que le feu matériel n’en aurait été que l’ombre: Pour l’ordinaire, je me laissais brûler avec ‘des violences inconcevables ; d’autres fois je la priais de se retirer, parce que je ne pouvais supporter cette dôuléur (Vie, ELLES p: 172)

Les termes sont assez explicites pour qu'on ne croit point à l'expression imagée d’une douleur morale. Qu'importe la cause ? Enlevons ce qu’il y a de mystique, le phénomène subsiste ; il y a là deux symptômes : un phénomène d’hyperesthésie, puisque la douleur varie avec la distance qui sépare la malade de la cause de ses douleurs ; et une transformation de la sensation perçue (allesthésie) ; phénomènes évidemment hystériques.

Mais ce qui est encore plus curieux ce sont les phénomènes de suggestion qu'exerce sur M“ Guyon le P. Lacombe.

« Notre-Seigneur me donna à l’égard du P. Lacombe uneobéissancee si miraculeuse qu’en quelque extrémité de

maladie que je fusse je guérissais lorsqu'il me l'ordon-

F hrs r: “4 a” nn - - Pod. LE : RAS TRS LE, 44

Jbre

nait, soit de parole, soit par lettre (Vie, t. IL, p. 123).

Un jour elle tombe malade et les médecins la jugent en danger. « On avertit le P. Lacombe. Il partit aussitôt de Thonon, fit huit grandes lieues à pied pendant la nuit, ét arriva à Gex. « Sitôt, dit M" Guyon, qu'il entra dans la maison,mes douleurs s’apaisèrent, et dès qu'il fut entré dans ma chambre et qu'il m'eut bénie, m'appuyant les mains sur la tête, je fus guérie parfaitement, en sorteque je fus en état d’aller à la messe. »

« Comme il lui restait une forte toux, il fut convenu qu'elle irait chez les Ursulines de Thonon, pour y pren- dre du lait péndant quinze jours. Elle partit donc avec | le P. Lacombe. Quand ils furent embarqués sur le lac de Genève, le Père lui dit: Que votre toux cesse, et elle cessa (Guerrier, p. 68 S IV).

Voici un auire exemple: Il s’agit de la maladie qu’elle eut à Thonon, et qui dura plus de six mois; elle croyait qu’elle allait mourir et en avait une joie extrème.

Le P. Lacombe revenu de Rome, à genoux près de son lit, observait les progrès du mal: « il voyait le visage pâlir, les yeux s’éteindre. Il demanda à la malade où était la mort ; elle mit la main sur son cœur. Alors Lacombe, d’une voix forte, défendit au mal de passer outre. Le mal se retira et M"° Guyon fut sauvée » (Guerrier IV, 76 ; Vie, 2° partie, ch. XIV).

S’agissait-il dans le premier cas d’une toux hystérique ? Dans le second cas de ces cachexies où conduisent l’anorexie mentale, la fièvre, la paraplégie, l’aboulie et cet état de prostration extrême où se renferment .

certains hystériques ? Nous avons vu de ces cas à la Sal-

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