‹ Contribution à l'étude de l'ictère dans les leucémiesChapitre 7 sur 37 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La présence d’un ictère est exceptionnellement signalée lors des états leucémiques; on ne retrouve dans la littérature médicale que quelques rares observations de date relativement récente. Ce sont MM. Noël FIESSINGER et P.L. MARIE qui, les premiers, ont rapporté un cas de subictère au cours d’une leucémie; le 15 janvier 1909, dans leur communication à la Société de Médecine des Hôpitaux de Paris, ils relatent, à propos d’un cas de leucémie aiguë myélogène à forme hémorragique, qu’ils ont constaté « une légère fragilité globulaire particulièrement marquée pour les globules rouges déplasmatisés; le foie n’est pas augmenté de volume; d’ailleurs le subictère que présente le malade n’est pas d’origine hépatique, les conjonctives étant au contraire bleuâtres et non colorées en jaune ».

Mais l'attention de ces auteurs ne semble pas avoir été arrêtée plus longuement par ce symptôme insolite. La publication de MM. TIxIER et TROISIER, en 1910, sur « la forme ictérique de la leucémie myéloïde » est la première qui ait été er fait réellement consacrée à l'étude d’une telle forme atypique. Leurs constatations cliniques avec les résultats des examens biologiques leur ont permis d'aboutir à des conclusions pathogéniques très intéressantes et d'apporter leur contribution à l'étude des ictères hémolytiques.

L’adulte, âgé de quarante-six ans, qu’ils ont eu l’occasion d'observer, n’a eu jusqu'alors aucune maladie grave; il a abusé depuis longtemps de boissons alcoolisées, et on trouve en effet des symptômes d’imprégnation éthylique. Chez ce malade qui depuis un an se plaint de fatigue le soir et est sujet à des épistaxis de temps en temps, l’examen découvre : une teinte subictérique du visage et surtout des sclérotiques, apparue il y a

six mois; un œdème des membres inférieurs; l'existence de circulation collatérale à l’abdomen; l’augmentation de volume considérable du foie et de la rate; la présence de ganglions peu volumineux dans les régions inguinales et axillaires. Les urines renferment de l’urobiline; dans les selles très colorées, présence de stercobiline.

Le diagnostic clinique de leucémie myéloïde est confirmé par l'examen de sang qui montre une myélocytose considérable. Il est pratiqué deux séances seulement de radiothérapie, car l’état du malade s'aggrave sérieusement. Il devient très fatigué et essoufflé; l’ædème s’étend; foie et rate subissent une importante augmentation de volume et la mort survient après apparition d’une hémiplégie gauche.

Frappés par la présence anormale de syndrome ictère, MM. TIXIER et TROISIER écartent l'hypothèse d'affection hépatique associée à la leucémie; ils trouvent la preuve de sa nature hémolytique dans l’examen biologique du sang qui donne les

chiffres de 2.712.000 G.R., de 480.000 G.B., un taux d’hémoglo-

bine à 90 % ; il y a environ 1 hématie granuleuse pour 300 GR. La résistance globulaire est considérablement diminuée. L’hémolyse initiale s’est produite dans une solution de chlorure de sodium à 0,66 % ; l’'hémolyse totale à 0,60 %. Le sérum n’hémolysait pas les hématies. |

« Cette fragilité globulaire était aussi accentuée que dans les cas typiques d’ictères hémolytiques décrits par M. CHAUF- FARD; l’anémie, les modifications des hématies, la cholémie et l’absence de rétention biliaire sont autant de symptômes habituels des ictères hémolytiques, font remarquer les auteurs, et ils concluent alors : cette observation permet d'admettre l’existence d’une forme ictérique de la leucémie myéloïde, comparable à la forme ictérique de l’anémie pernicieuse décrite par MM. A. CHAUFFARD et LOEDERICH. Dans notre cas, il s’agit, à n’en pas douter, d’un état cholémique, subordonné à des phénomènes hémolytiques, en d’autres termes d’un ictère hémolytique. »

Il faut cependant souligner que cette leucémie avec ictère, dont les signes cliniques ont permis de poser le diagnostic

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