PRONOSTIC
Le pronostic de septicémie avec ictère à bacilles perfringens est d’une gravité extrême. En France, tous les cas publiés se sont terminés par la mort. On relève parmi les observations étrangères une douzaine de cas où la guérison est survenue.
Loire
D'ailleurs, même dans les cas mortels, l’évolution est
souvent prolongée.
Au bout de quatre à cinq jours, en effet, la température décroît et revient à la normale, ou même au-dessous de la normale et à la phase septicémique du début fait suite une phase d’ictère hémolytique apyrétique. Cet ictère va d’ailleurs lui-même décroître et disparaitre et seule la néphrite va rester en jeu.
L’azotémie peut atteindre des chiffres considérables : 9 gr. 50 (Carnot, 8 gr. 75 (Harvier), 5 gr. 30 dans notre cas.
Elle peut s'accompagner de torpeur, de myosis, de soubresauts tendineux, de hoquet. Il existe toujours. des vomissements qui se répètent sans arrêt, épuisant les malades et empêchant toute ingestion de liquides. Ces vomissements causent, en outre, une grosse déperdition chlorée qui, à son tour, aggrave l’azotémie. Les urines sont parfois en quantité relativement suffisante et s’il n’y en a que 50 ou 100 cmc. dans le bocal, d’autres fois on en trouve 900 à 1.000 cmc. La concentration maxima de l’urée et des chlorures y sont fortement diminués (Touzé).
Ajoutons que de la « chloropénie » peut être trouvée, explicable d’ailleurs par l’importance des vomissements.
Il existe souvent, comme chez notre malade ou chez la malade récemment observée par Chabannier et Michon, une baisse de la réserve alcaline (42 chez notre malade — 36,6 chez celle de Chabannier) s’accom-
PA) en
pagnant parfois comme dans notre cas d’acidose, comme en témoigne le rapport chloré.
Cette acidose, est souvent en rapport avec l’atteinte de la fonction ammoniogénétique du rein sous l’influence de la toxi-infection, est d’une importance considérable au point de vue thérapeutique. Elle indique l’alcalinisation du malade qui est un des éléments importants de son traitement.
L’anémie est le plus souvent intense, croissante.
L'examen du sang montre des chiffres infimes 2.500.000 (Carnot), 2.270.000 (Widal), 1.538.000 (Devraigne), 1.170.000 (Harvier), 1.040.000 (dans notre cas).
La torpeur devient de plus en plus profonde et aboutit à la mort. En tout, l’évolution aura duré de quelques jours à deux ou même trois semaines.
Harvier et Touzé émettent l'hypothèse d’une néphrite mixte, due à la foie à l’autodestruction hémoglobinurique et à l’action directe du bacille perfringens. Avec Weinberg, ils pensent à l’intervention d’une toxine nécrosante dont le point de départ pourrait être l’utérus, où les examens nécropsiques montrent la présence de nombreux bacilles.
Il existe, d’ailleurs, toutes les variétés d’hépato-néphrites, depuis les formes foudroyantes et les formes aiguës rapidement mortelles, jusqu'aux formes prolongées.
Parfois, c’est une métastase infectieuse, un foyer pulmonaire, une pleurésie putride, une arthrite suppurée, qui hâteront la fin de ces malades.
DD
Certains auteurs ont signalé l’existence des hépatonéphrites à streptocoques.
L’infection puerpérale pourrait, en effet, s’accompagner dans certains cas d’ictère et de néphrite.
Mais ces complications, lorsqu'elles surviennent, sont « toujours tardives » et l’hémoculture avait montré la présence du streptocoque avant leur apparition.
Quoi qu’il en soit, ces faits existent, et leur diagnostic se pose, de même que celui d’affections plus rares il est vrai, à germes anaérobies, tels que le bacillus fundiliformis (Tessier, Reïlly, Rivalier et Layani).
HEPATO-NEPHRITES TOXIQUES
Celles provoquées par « PApiol » ont été surtout étudiées. Trillad, Michon et Thiers en 1931, Lœderich, Mamou et Mme Arager en 1932 en ont rapporté des cas mortels. Ici-même (juillet 1931), Trillaud et Thiers leur ont consacré une étude d'ensemble.
L’apiol (extrait de semences de persil) est utilisé à titre d'emménagogue, sous forme de capsules contenant 0 gr. 20 ou 0 gr. 30 d’un liquide laiteux. Les femmes absorbent dans un but abortif, un nombre plus ou moins considérable de ces capsules et sont victimes, semble-t-il, plus des impuretés chimiques du produit que de l’Apiol lui-même. Le toxique en cause serait l'éther tri-ortho-crésyl-phosphorique.
La quantité d’apiol capable de déclencher des accidents sérieux est assez variable, à partir de 3 grammes, il se produit un état ébrieux. La dose mortelle
PH 9n ee
oscille entre 3 gr. 60 (Brenot), 6 grammes en trois jours (Trillad), 9 grammes (Lœderich).
L’ivresse apiolique paraît un symptôme commun à tous les cas, elle s'accompagne d’une hépato-néphrite plus ou moins grave, suivant la susceptibilité du sujet et la dose absorbée, et de phénomènes hémorragiques.
Dans les formes graves d'emblée, l’état général est grave, la malade est abattue, prostrée, Parfois, il existe une hyperthermie que peut faire errer le diagnostic. . (La température était à 40° dans le cas de Lœderich.)
La destruction globulaire est intense et ses conséquences les plus nettes sont l’ictère et une forte anémie.
Les urines sont en quantité variable. Il existe parfois une anurie totale. D’autres fois, une diurèse relative est conservée.
Par contre, l’hyperazotémie est là aussi un fait constant, permanent. Elle oscille entre 3 et 8 grammes. Elle explique la torpeur et les vomissements de ces malades et peut s'accompagner d’acidose (R. A. 52. Trillad). Peut-être conditionne-t-elle en partie les symptômes nerveux que présentent ces malades ?
On trouve, en effet, du myosis (parfois de Ia mydriase Trillad). Le signe de Chvostek, des myoclonies et pour beaucoup d’auteurs, ce ne seraient là que des manifestations mécaniques.
Par contre, l'abolition des réflexes tendineux que l’on décèle aux membres inférieurs, paraît en rapport avec l’intoxication apiolique et Von Itallie, Hellmuth, ont décrit la polynévrite apiolique, consistant en troubles
Fais
de la sensibilité subjective, parésies des mollets et des pieds, abolition des réflexes tendineux et, si la malade survit, atrophie musculaire et réaction de dégénérescence.
Il faut noter que les phénomènes hémorragiques : épistaxis, purpura, hématurie surtout sont fréquents. Des éruptions erythmateuses, urticairienes peuvent survenir.
Cependant, dans les cas graves, l’hépato-néphrite continue à évoluer, l’ictère pâlit et disparaît mais l’azotémie persiste et augmente. La malade meurt dans le coma le 22° jour (Lœderich). Tout traitement paraît illusoire ; la décapsulation du rein n’a pu sauver là malade de Trillad, Thiers et Michon.
Cependant, il ne faut pas méconnaître la possibilité de cas se terminant par la guérison : parfois tout se résume dans une hématurie ou une série d’hématuries (Brissemored), ou dans un ictère curable (Gladard). A noter que l'effet abortif n’est rien moins que constant et que dans l'observation de Gladard, l’hépato-néphrite ayant guéri, la grossesse continue d'évoluer.
A côté de l’apiol, il existe d’autres produits considérés comme abortifs (?) et susceptibles de provoquer des désordres viscéraux graves, soit qu’ils aient été ingérés per os soit qu’ils aient été administrés en injection intra-utérine.
Nous citerons, par exemple, la rue, l’armoise, la sabine, les sels de mercure (sublimé) ou de plomb (extrait de saturne). Ces deux derniers produits sont des causes de néphrite aiguë bien connues (observation