‹ Contribution à l'étude de l'impétigo herpétique de HébraChapitre 5 sur 22 · AU DOCTEUR DESPOIS · texte numérisé non relu

AU DOCTEUR DESPOIS

en témoignage de ma gratitude pour sa collaboration à la partie la plus ingrate de ce travail.

Introduction

Nous nous proposons, à l’occasion d’une observation inédite que nous rapportons ici, de collationner, de résumer succinctement les travaux sur l'impétigo herpétiforme et de contribuer, dans une faible mesüre, à élucider une question encore bien obscure.

Nous exposerons d’abord l'observation de notre malade, puis après avoir rappelé la description de l'impétigo herpétiforme, nous en étudierons l'historique, la symptomatologie, l’histologie.

Ensuite, nous essaierons de dégager quelques notions vraisemblables sur l’étiologie et enfin nous CRT quelques possibilités de traitement.

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Notre observation par MM. R. Degos, E. Lortat-Jacob, G. Garnier et C. Benoit.

Mme G. A, âgée de 33 ans, entre le 13 février 1942, à la maternité de l’hôpital Saint-Louis, pour des troubles divers survenus au sixième mois d’une première gestation : crise nerveuse (?) et lipothymie, albuminurie, éruption disséminée. L’albuminurie atteint 1 gramme : les urines contiennent de nombreux polynucléaires altérés, des hématies, des cylindres granuleux, des colibacilles et. de très nombreux cocci Gram + en amas et en chaïînettes (sur gélose colonies type entérocoques et “colonies type staphylocoques dorés). L'urée sanguine est à 0,33.

L'examen du fond d’œil montre un œdème papillaire} et un petit exsudat le long de l’artère nasale inférieure à gauche,

La tension artérielle est de 9,5/6. La température est et restera jusqu’à la fin de l’évolution autour de 37°. La malade reçoit du 21 au 27 février 18 grammes de Thiazomide. Le 3 mars on note l'apparition d’un subictère avec cholurie.

Les hémocultures pratiquées le 9 mars sur milieux aérobie et anaérobie, restent négatives. Les lésions cutanées prenant une grande extension, la malade est passée le 11 mars en dermatologie à la salle Henri IV.

Les lésions cutanées semblent avoir débuté le 16 février au bras gauche, autour d’une réaction vaccinale. La scarification s’est entourée d’un placard érythémateux prurigineux. Dans les jours suivants, des lésions identiques apparaissent successivement aux aisselles, aux seins, aux plis inguinaux, et à la face interne des cuisses, à la face, à l’abdomen, à la partie inférieure des jambes.

Lorsque nous sommes appelés à voir la malade pour la première fois, le 6 mars, l’éruption a un aspect polymorphe et comprend trois types d’éléments :

Des lésions croûteuses, grisâtres, un peu stratifiées, bien limitées donnant, de prime abord, sur le nez et les joues, l'illusion d’un lupus érythémateux crétacé,

Ces squames-croûtes ne sont pas très adhérentes; elles reposent sur une nappe érythémateuse légèrement infiltrée. Sur les seins des lésions identiques, parfaitement circulaires, se superposent aux aréoles. Sur la face externe des bras, aux coudes, des lésions squameuses moins épaisses ont un aspect psoriasiforme.

Des lésions végétantes et croûteuses des plis, de coloration brunâtre, siégeant aux plis inguinaux et aux aisselles, où elles prennent un peu l’aspect d’un pemphigus végétant. Des plis inguinaux, le placard s'étend vers les grandes lèvres et à la face interne des cuisses où il forme une nappe psoriasiforme à contour circulaire nettement arrêté.

Des placards érythémato-pustuleux, disséminés sur les membres et l’abdomen. Les plus petits, nummulaires, formant des taches de 20 mm X 20 mm roses rouges, à contours bien arrêtés, réguliers ou déchiquetés, légèrement œdémateux, parsemés de vésicopustules superficielles. Ces pustules sont petites, oblongues, en grain de mil, avec un épiderme très mince, plissé, frippé, et contiennent un pus jaunâtre, épais; elles sont serrées les unes contre les autres, en bouquet; elles confluent par endroit, mais ne forment nulle part une véritable bulle.

Ces placards érythémato-pustuleux s'étendent en tache d’huile, en conservant leur aspect initial ou en se transformant en lésions squamo-croûteuses (membres) ou en nappes végétantes (plis).

L'un d’entre eux ayant débuté au tiers inférieur de la jambe gauche a envahi en quelques jours tout le membre inférieur gauche rejoignant le placard de l’aîne; il formait une nappe d’un rouge vif violacé, dont l’aspect très inflammatoire, rappelait celui d’une lymphangite ou d’un érysipèle; les vésico-pustules occupaient le centre de cette nappe, apparaissant avec un certain retard au cours de sa progression, mais finissant par recouvrir toute son étendue; le membre est œdématié, chaud, douloureux. Un autre placard sur la fesse gauche prit la même allure rapidement extensive, il n’était pas douloureux. (Photographies au Musée de l’hôpital Saint-Louis, numéros 25.962, 25.963, 25.964.)

Malgré l’absence de fièvre (36°,6-37°,8) l’état général décline progressivement. Dieux biopsies ayant été pratiquées au nez et au sein droit, les plaies biopsiques saignent en nappe et l’hémorragie ne peut être arrêtée complètement ni par l’électrocoagulation, ni par les hémostatiques (anthéma, hémostyl). Cependant le temps de saignement est de quatre minutes, le temps de coagulation de huit minutes.

La malade accouche le 16 mars à 7 heures d’un garçon mort et macéré (grossesse de sept mois environ). La délivrance est naturelle et complète; le placenta pèse 220 grammes. Mais cette délivrance est suivie d’hémorragies, et malgré les soins obstétricaux et médicaux : hémostatiques, une transfusion de 250 grammes, la malade meurt le 16 mars à 14 heures.

Les antécédents de la malade révèlent surtout de nombreuses privations au cours de l’enfance et de l’adolescence. Des renseignements précis sur sa famille ne peuvent être obtenus; elle est la dernière d’une famille de quinze enfants dont sept sont encore vivants. Ses réactions sérologiques sont négatives; elle a été traitée

à l’âge de 25 ans par plusieurs séries d’injections intraveineuses et intramusculaires dont elle ignore la nature. Elle est atteinte d’un rachitisme accentué; taille, 1 m. 23; arrêt de développement des membres inférieurs et supérieurs, déformations caractéristiques des tibias, bassin généralement rétréci, Le conjoint est âgé de 61 ans.

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