À TOUS MES MAITRES DE L'ÉCOLE D’ALFORT
Introduction
Parmi les différentes affections de l'appareil digestif des bovidés, les indigestions sont les plus fréquemment rencontrées en clientèle rurale.
Cela tient à plusieurs causes ; d’abord la complexité des réservoirs digestifs chez ces animaux, leurs rapports importants avec d’autres organes, notamment l'utérus, surtout chez les femelles gravides: puis les erreurs de diététique commises par les cultivateurs qui considèrent à tort l'estomac des bovins comme un véritable magasin à fourrages, et dont les animaux, pour la plupart gloutons, ne connaissent pas les limites. Mises à part les indigestions intestinales peu fréquentes, il nous reste celles des réservoirs gastriques; ces derniers atteints dans la majorité des cas et parmi ceuxci le rumen — le plus capace puisqu'il occupe les trois quarts de la cavité abdominale — qui retiendra notre attention dans cette étude.
Nombreuses sont les indigestions du rumen, caractérisées par des symptômes particuliers à chacune d’elles. Au cours de remplacements et de stages effectués pendant nos quatre années d’études, nous nous sommes tronvé fréqdemment, dans la région de l’Ille-et- Vilaine, en présence d’une variété d’indigestion du
rumen, peu citée, qui pour nous semble relever d’une étiologie un peu particulière et nécessite un traitement spécial, seul efficase.
Il s’agit de l’indigestion spumeuse, ou indigestion mixte, dont l’étude fera l’objet de ce travail. Nous insisterons donc surtout sur l’étiologie et le traitement, les symptômes étant, à peu de choses près, semblables à ceux des indigestions gazeuses, puis nous terminerons en relatant quelques observations que nous considérons comme les plus caractéristiques.
Historique et définition
Si l’on jette un coup d’œil dans la littérature classique française se rapportant aux indigestions du rumen, on s'aperçoit que peu d'auteurs mentionnent l’indigestion spumeuse.
CHABERT propose la classification suivante :
Indigestion méphytique :
Simple, Compliquée de surcharge.
Indigestion putride :
Gazeuse,
Avec surcharge, Sans surcharge.
LAFORE donne un résumé à peu près analogue, quoique plus simple.
GUITTARD, dans son « Traité de Pathologie bovine », distingue dans l’indigestion gazeuse du rumen les deux formes suivantes :
Indigestion gazeuse par fermentation :
Indigestion spumeuse, Indigestion gazeuse proprement dite.
Et à ce propos il ajoute :
« Deux nuances sont à distinguer dans l’indigestion gazeuse au point de vue du traitement ; les liquides, les solides et les gaz sont comme brassés pendant la fermentation, d’où il résulte une masse homogène spongieuse, mi-liquide, sans accumulation de gaz ou peu à la surface. On pourrait donner à cette variété le nom d’indigestion spumeuse. »
J. CRUZEL écrit dans le « Traité pratique des Maladies de l’espèce bovine » :
« La météorisation occasionnée par une indigestion de fourrages possédant des propriétés nutritives relativement très développées, se distingue par son apparition subite et le son mat que donne la percussion du flanc gauche. Elle acquiert rarement le développement de celle qui résulte de la présence d’un corps étranger dans l’œsophage et de celle de la deuxième forme que les auteurs désignent sous le nom de méphytique simple.
« Cependant j'ai cru, dans plusieurs cas, devoir pratiquer au niveau du flanc gauche — pour donner issue aux aliments en ébullition — une incision assez étendue, l’expérience m'ayant démontré que la canule du trocart est insuffisante dans cette occasion. Cette opération est d’ailleurs sans inconvénients : elle donne lieu à l’expulsion de matières mi-solides mêlées de
bulles. »
G. et R. Moussu, dans leur « Traité des Maladies du gros bétail », à propos du traitement de l’indigestion gazeuse, reconnaissent que « quelquefois une intervention immédiate est nécessaire lorsqu'il y a à la fois indigestion gazeuse et par surcharge et que
la ponction du rumen est insuffisante à évacuer les gaz (indigestion spumeuse). »
Dans le « Recueil de Médecine vétérinaire de l'Ecole d’Alfort » du 15 mai 1911, M. MENAND, vétérinaire à Bécherel ,relate un cas intéressant d’indigestion spumeuse qu'il a observé et traité.
Ce sont les seules relations que nous ayons trouvé chez les auteurs français.
Les auteurs étrangers ne mentionnent pas cette forme d'indigestion.
Nous adoptons comme définition celle donnée par GUITTARD, à savoir que « l’indigestion spumeuse consiste en un mélange des solides, des liquides et des gaz, brassés pendant la fermentation, sans accumu-
lation de gaz à la surface ».
Physiologie
Avant d'étudier les causes de l'affection, rappelons les points essentiels de la physiologie du rumen, en insistant sur les phénomènes mécaniques soumis au contrôle nerveux.
Ces phénomènes se traduisent par des mouvements péristaltiques perceptibles à la palpation et à l’auscultation et normalement au nombre de deux par minute.
Broyage, triturage, mélange des aliments, production de gaz, phénomènes physiologiques, tous conséquence de la fermentation complexe plus ou moins active que les aliments subissent dans le réservoir sous l'influence d’affinités chimiques; cette fermentation se traduit après les repas par des éructations gazeuses et à l’auscultation par une crépitation particulière.
Tant que la digestion est régulière, la formation de gaz se renferme dans d’étroites limites. Ces derniers processus sont favorisés par une certaine humidité qui provient de l’eau ingérée et de la salive, et par une motilité active des parois stomacales.
Les muscles lisses des parois de l’estomac se contractent d’une façon rythmique, les contractions débutant dans la profondeur du réseau, d’où elles se propagent en arrière en vagues péristaltiques jusqu'aux
parois du rumen.