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DÉFINITION DES PASSIONS

Nos besoins et division des passions

Qui dit passion, dit souffrance, Dans le sens étxmolologique grec le mot 714% signifie la souffrance. Dans le sens le plus étendu ce mot désigne l'état de l'âme qui sent en soi certaines impressions plus ou moins vives, accompagnées de certaines tendances plus ou moins énergiques à agir d'après ces inèmes impressions. Au point de vue physiologique deux sortes de causes peuvent produire ces impressions : les causes externes et les causes: internes ; les unes agissent d'abord sur la périphérie du corps ; les autres, au contraire, ayant le centre de l'organisme pour point de départ de leur action. Dans lés deux cas, ces impressions produisent sur le cerveau une sorte d'ébranlement qu'il transmet aussitôt à tous les

points de l'économie, à l'aide de nombreux conducteurs appelés nerfs.

L'étymologie latine exprime une idée de la passivité. Les passions disent les uns ne sont nommées parce qu* l'homme ne les donne pas, mais qu'il les subit, qu'elles lui viennent du dehors, qu'il est soumis à leur action, qu'il est esclave de leurs exigences, qu'il y est passif.

Bergier appelle passion les inclinations ou les penchants de la nature poussés à l'excès, parce que leurs mouvements ne sont pas volontaires : l'homme est purement passif lorsqu'il les éprouve ; il n’est actif que quand il y consent ou qu'il les réprime.

Tenon, chef de l’école stoïcienne, a dit : « La passion est un trouble d'esprit contre nature, qui détourne la raison de sa voie. »

Gallien, d'après les idées d'Hyppocrate et de Platon, examine les passions dans leur essence, dans leurs causes et dans leurs effets, tout ensemble ; selon lui, les passions sont des mouvements contre nature de l'âme qui ne raisonne pas. Elles proviennent toutes d'un désir rassasié, et font sortir le corps de l'état de santé.

« J’appelle passion, dit Malebranche, toutes les émoions que l'âme ressent naturellement à l'occasion des mouvements extraordinaires des esprits animaux et du sang. »

Descartes envisage les passions par le côté purement physiologique et les considère comme des mouvements

produits par les esprits vitaux émanés de la glande pinéale

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el qui viennent diversement agiter toutes les parties du corps humain.

D'après Bossuct, les passions sont des mouvements de l'âme, qui touchée du plaisir ou de la douleur ressentis où imaginés dans un objet, le poursuit ou s’en éloigne.

En effet, écrit Descuret, le plaisir nous émeut agréablement : nous nous portons vers lui ; la douleur produit sur nous un effet contraire : nous la fuyons. Cette attraction et cette répulsion ont été appelées mouvements de l'âme, pour indiquer que, dans son amour et dans sou aversion, l'âme s'unit avec les objets ou s'en sépare, de même que le corps s'en approche ou s'en éloigne.

Gall et Spurzheim distinguent l'affection et la passion. Selon eux, le premier de ces noms doit s'appliquer uni quement aux modifications que présentent les facultés et le second à lexcès de leur activité. Ainsi l'affection ne serait qu'un mode de qualité, la passion qu'un mode de quantité.

D'autres écrivains, ajoute Descuret, confondent les affections et les passions. La plupart, cependant, ont réservé le nom d'affection aux sentiments en quelque sorte passifs, tels que la tristesse, le chagrin, la crainte ; et ils ont seulement qualifié de passions les sentiments éminemment actifs tels que l'amour, la haine, la colère, l'ambition.

Qui dit passion dit quelque chose de souffert par l'âme ; d'où il suivrait que toute impression sentie serait une passion.

Toutes nos passions, dit Rousseau, sont bonnes quand

où

on en reste maitre, toutes sont mauvaises quand on sy laisse assujettir.

L'homme est un être essentiellement actif, sollicité à l'action tantôt par des impulsions intérieures, tantôt par des impressions venues du dehors et transmises à l'âme par les sens.

De ses impulsions et de ses impressions résultent pour lui des besoins nombreux, mobiles de tous ses actes. L'animal et l'enfant obéissent immédiatement à la stimulation du besoin, l’homme n’agit, ne satisfait ce besoin qu'après avoir jugé s'il peut ou s'il doit le satisfaire. L'homme est donc conduit par deux guides, le besoin et la raison : l’un qui le sollicite et le pousse, l’autre qui l'éclaire et le retient. Aussi la vie humaine est une lutte presque continuelle entre le devoir et le besoin.

Le besoin est une sorte de voix intérieure réclamant une satisfaction.

Tout être organisé à des besoins. Toutes les fois que nos appareils sont aptes à fonctionner, nous en sommes avertis par une certaine sensation qui n'est autre chose que le besoin.

Nous avons tous, les uns plus, les autres moins, des besoins normaux qui résultent du fonctionnement régulier de nos organes.

Une fois ces besoins vivement ressentis, ils éveillent en nous un désir d'une grande violence. Le désir amène la volonté et la volonté la passion. Ainsi, toute tyrannie de nos besoins fait naître la passion.

Descuret appelle passion des besoins déréglés qui, en

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général, commencent par nous séduire et finissent par nous tyranniser.

Renda, dans son ouvrage Le passionni dit : « Les passions sont des équivalents psychopathiques. »

« Les passions sont, écrit-il, pour les psychopathies ce que les équivalents psychiques sont pour l’épilepsie. Elle sont des préludes ou des substituts soit dans l'individu, soit dans le processus héréditaire des formes mor: bides classiques ; elles en présentent les formes atténuées et ont toutefois la même issue. »

M. Ribot incline personnellement vers la thèse pathologique. D'après lui, passion et folie paraissent laillées dans la même étoffe. Il n'y a aucun caractère spécifique qui permette de distinguer toujours et sûrement le passionné de l’aliéné.

M. Ribot a très fortement établi que la passion occupe dans l’ordre affectif la place dévolue à l'idée fixe dans l'ordre intellectuel. Elle rompt l'équilibre des inclinations en dirigeant toute l'énergie vers un même point.

Antonin Eymieu définit la passion d'une façon précise. D'après lui, la passion est un état affectif oscillant du désir au sentiment ou à l'émotion et réciproquement à l’état violent et chronique.

Il écrit aussi dans : Le gouvernement de soi-même « La passion est donc un phénomène psychologique qui, amorcé par un désir quelconque de lesprit ou des sens remonte au sommet de l'esprit par l’idée fixe, s'y maintient en permanence, s'y développe et s’y enrichit aux

dépens de toutes les autres idées ; puis descend de là

comme une avalanche dans l'organisme, s'agglomérant avec toutes les énergies affectives et balayant tous Îles obstacles sur son passage. »

La passion est donc l'œuvre souvent frivole de l'homme, un équivalent affectif de l'attention et de la volonté stable ; elle est done une rupture dans la vie normale. Elle est un état anormal sinon pathologique, une

« excroissance, un palrasitisme ».

Epicure reconnaissait trois passions : la joie, la douleur et le désir.

Les stoïciens quatre : le désir, la joie, la tristsese et la crainte, saint Thoinas d'Aquin en reconnaissait onze l'amour, la haine, le désir, l'aversion, la douleur l'espérance, le désespoir, la crainte, l'audace et la colère.

Descartes reconnaissait six passions primitives : ladmiration, l'amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse.

Bossuet, après Saint Augustin, pensa que toutes les passions se réduisaient à une seule : l'amour. « Ainsi, disait-il, la haine que l'homme a pour quelque objet ne vient que de l'amour qu'il a pour un autre ; le désir n’est qu'un amour qui s'étend au bien qu'il n'a pas, comme la joie est un amour qui s'attache au bien qu'il a ; l'audace est un amour qui entreprend ce qu'il y a de plus difficile pour posséder l’objet aimé ; l'espérance est un amour qui

se flatte de posséder cet objet et le désespoir est un amour

désolé de s'en voir privé à jamais ; la colère est un amour irrité de ce qu'on veut lui ôter son bien et qui s'efforce de le défendre, enfin Ôtez l'amour, il n'y a plus de passions, el posez l'amour, vous les faites renaître toutes. »

Saint-Augustin avait dit : « Le désir est la course de l'amour, la crainte est sa fuite, la douleur est son tourment et la joie son repos. »

D'après de la Chambre, premier médecin de Louis XI, les passions soit qu'elles s'élèvent dans la volonté ou appétit intellectuel, soit qu'elles se forment dans l'appétit sensitif, peuvent être divisées en simples et en mixtes. Simples au nombre de onze : l'amour et la haine, le désir et l’aversion, le plaisir et la douleur, l'espérance et le désespoir, la hardiesse et la crainte, enfin la colère ; les mixtes sont la honte, l’impudence, la pitié, l'indignation, l'ennui, l’'émulation, la jalousie, le repentir, ct l'étonnement.

La Rochefoucault et Helvetius synthétisaient toutes les passions dans l’amour-propre, l'amour de soi, l'intérêt personnel.

Le physiologiste Magendie distinguait des passions animales et des passions sociales.

Scipion Pinel admettait des passions viscérales et des passions cérébrales.

Dans son hygiène morale, Casimir Broussais avait classé des passions en trois groupes : elles étaient ani-

males, sociales et intellectuelles.

Charles Fournier distinguait douze passions, cinq sen

sitives, quatre spirituelles, qui forment la chaîne de tous les liens sociaux.

En envisageant l'influence des passions sur l’orga-

nisme on les distingue en agréables et pénibles.

Toutes les passions humaines peuvent se rapporter soit à des besoins animaux, soit à des besoins sociaux, soit à des besoins intellectuels.

Mais l’homme ne vit pas seulement de la vie présente, il a besoin de croire à un monde meilleur, et ik s’y trans

porte sur l'aile de l'espérance.

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