ÉTUDE CRITIQUE DES DIVERS PROCÉDÉS OPERATOIRES
Nous n'insisterons pas sur les inconvénients des premicrs procédés de réfection du vagin : incision, refoulement mécanique, électrolyse, etc. Ces méthodes permettent bien de creuser une cavité vaginale ; mais le néovagin ainsi créé setrétrécit, se comble inévitablement dans la suite. Aussi ces modes d'intervention sont complètement abandonnés aujourd'hui.
De même, la méthode de Heppner utilisant des greffes de lambeaux cutanés n'a pas donné de résultats brillants. Elle présente, certes, l'avantage d’être sans dangers. Mais elle nécessite beaucoup de patience de la part du chirurgien et de la part de la malade, beaucoup de persévérance. Les suites opératoires sont très longues. Il se produit souvent une nécrose, plus ou moins étendue, amenant des rétrécissements. Enfin les malades doivent se résigner à porter toute leur vie un mandrin dilatateur « comme les prostatiques doivent se soumettre au cathétérisme quotidien, ce que les Anglais appellent le catheter life, la vie avec la sonde. » (Pozzi).
Avec l'emploi des greffes de Thiersch, les insuccès sont moîns fréquents. Mais là encore, les malades sont astreintes à une dilatation régulière et continue, et fa rétraction est toujours à craindre. La greffe d’un sac herniaire conçue par Dreyfus (de Salonique) n'a été pratiquée que deux fois, dont un échec.
L'utilisation de lambeaux de muqueuse vaginaie (Mackenrott) ou de muqueuse intestinale de lapin (Swiecki), du péritoine (Dimittri-Stækel) n'a donné que des résultats précaires. |
La suture de l'utérus à la vulve, réalisée par Pfannenstiel et Violet, ne peut être qu'un procédé d'exception. Il exige la présence d’un utérus bien développé. D'autre part, le vagin ainsi obtenu est insuffisant à moins qu'il n'existe déjà, comme dans le cas de Pfannenstiel, une dépression vulvaire notable.
L'utilisation du rectum, accompagnée de Ja création d'un anus contre nature, imaginée par Snéguiref est un procédé barbare, qui n'a pas eu d’imitateurs. À la première infirmité s’en substituait une autre plus pénible : l'incontinence des matières.
La création d’un vagin, à l’aide de la paroi antérieure du rectum (Amann-Gersuny-Pitha), n'a donné que deux
succès sur SiX Cas opérés.
- L'abaissement de l’anse sigmoïde, après laparotomie, a été employée par Boldt et Ruge dans deux cas. Les résultats opératoires furent satisfaisants. C'était à, d’ailleurs, l'idée primitive de Baldwin, qui, dans la suite, préféra utiliser l'intestin grêle à cause de la plus grande facilité d'exécution et la gravité moindre de l'opération.
Le procédé de Schubert paraît séduisant. Mais sa réalisation est délicate. Tous les accidents septiques secondaires aux opérations semblables sont à craindre. On peut, de plus, être exposé comme l'indique Floël (1) à une nutrition précaire du néo-vagin provoquant de la nécrose, Brosmann (>) qui a pratiqué deux fois cette
opération déclare : « Les troubles secondaires de la défé-
(1) Floël, Zentr für gynak, n° 24, 1912.
(2) Brosman, Zentr für gynak, no 10.
SRE EUR
cation (dans le premier cas : parésie sphinctérienne, dans le: second : sténose rectale), constituent un inconvénient sérieux et à l'avenir, je donnerai la préférence à la méthode de Baldwin. » .
Dans le cas de Frank (1), il se produisit une fistule vagino-rectale et l’auteur énumère les dangers de l’opération de Schubert « qui, dit-il, doivent être sérieusement pris en considération : difficultés opératoires au cours de l'isolement de la partie supérieure du rectum, risques
de l’ouverture: du péritoine, rétrécissements de l’ampouie
rectale, insuffisance du sphincter anal, fistules vaginorectales. »
Neugebauer remarque, en outre, que la direction du néo-vagin obtenu par la méthode de Schubert n’est pas la direction physiologique.
Le D' Wagner (2), chez une malade dont l'utérus était
bien développé, a complété la technique de Schubert par
un abouchement utéro-rectal.
Cette femme put ainsi accoucher à l’aide d’une application de forceps, d’un enfant de » k. 5oo. Certes, c'est là un beau résultat paraissant plaider en faveur de la m#thode de Schubert. Mais l'intérêt pratique de l'observation de Wagner est considérablement diminué du fait que dans la presque totalité des cas d'absence congénitale du vagin, l'utérus est absent ou atrophié.
D'autre part, même dans les cas où l’abouchement de l'utérus dans le néo-vagin pourra être tenté, le résultat ne sera certainement pas toujours aussi parfait, car ce temps opératoire supplémentaire complique une opération déjà laborieuse et délicate.
J1 nous reste maintenant à étudier l'opération de
{1} Frank, Zentr für gynak, n° 29, 1921.
(2) Wagner, Zentr für gynak, n° 25, 1925.
Baldwin. Nous verrons dans le chapitre qui suit qu'elle n'est pas à l'abri de toutes critiques. Mais son pronostic peut être considérablement amélioré et en définitive, c’est à cette méthode de réfection du vagin que l’on doit
donner la préférence.
SCC