ROLE SOCIAL
À côté de ses devoirs administratifs, qui, nous le verrons, lui prennent une grande partie, nous n’hésitons pas à dire une irop grande partie de son temps, l’infirmière-chef, surtout dans un grand dispensaire, doit remplir une mission sociale dont l'importance est primordiale et nécessaire.
C'est à elle qu'incombe d’assurer l’organisation effective de
l'hygiène et de la prophylaxie dans toutes e familles dont le dispensaire a la charge.
Ce n’est que grâce à sa collaboration étroite, confiante et constante avec le médecin-chef, que le dispensaire peut donner son plein rendement.
S'agit-il d’un nouveau malade, que toute la série des examens clinique, radiologique, bactériologique, démontre être un tuberculeux cracheur de bacilles, le problèrne de la prophylaxie se pose en entier et dans chaque cas sous un aspect particulier.
Le médecin-chef a prévenu l’infirmière-chef, il a dit au malade tout ce qu’il pouvait lui dire sans le heurter, sans le rebu-
ter : c’est à l’infirmière-chef de parachever la tâche. Elle con-
voquera le malade, ou sa femme, ou le membre de la famille
compétent, elle lui parlera à part, seule à seul, et plus ou moins rapidement, suivant les circonstances, elle le décidera à accepter les mesures que conseille le médecin, sans lui parler du résultat de l’examen, que seul le médecin doit lui annoncer, elle amènera le malade à comprendre l'utilité, la nécessité d’observer les règles de la prophylaxie, le préparera à accepter son éloignement, son placement en sanatorium et même son hospitalisation, en invoquant sa fatigue, son manque de ressources, le devoir de ne pas imposer aux siens de trop grosses charges, la santé et l’avenir de ses enfants, etc.
Cette préparation du malade qui demande une expérience, une patience et un tact particuliers, facilitera singulièrement le travail social du médecin de dispensaire, qui, ayant beaucoup à faire, doit toujours rechercher les solutions rapides : en présence de jeunes enfants exposés à la contagion, la rapidité est la première indication.
C’est l’infirmière-chef qui renseignera le médecin sur les chances et les moyens de convaincre le malade, sur la mentalité et la docilité de la famille, du milieu, sur l’état psychique du malade qui permettra dans certains cas de lui dévoiler d'emblée toute la vérité et de le fixer sur la gravité de son état et, dans d’autres circonstances, de procéder avec ménagements, souvent même avec beaucoup de ménagements, pour arriver au même but.
Ainsi le médecin marche à coup sûr. Il évite beaucoup de délais, il ne risque pas de heurts qui feraient souvent que le malade abandonna le dispensaire et il obtient beaucoup plus aisément la réalisation de son rôle d’agent de prophylaxie.
Persuader le malade n’est pas tout : comme c’est souvent lui qui fait vivre la famille, c’est celle-ci qu'il faut aussi convaincre. Au cours de sa consultation, le médecin ne le peut matériellement pas; c’est là encore qu’intervient linfirmière-
chef, en convoquant en dehors des heures de consultation, au moment où cela les dérange le moins, la famille du malade, dans le plus court délai possible. \
Elle y continue son œuvre de persuasion et presque toujours arrive à obtenir des résultats décisifs, qui, sans son intervention, auraient été toujours retardés et trop souvent indéfiniment ajournés les mauvais conseilleurs, les pires et irresponsables ennemis du dispensaire, étant toujours, par intérêt ou par ignorance dressés contre lui.
Lorsque la famille du malade est récalcitrante et ne veut pas venir au dispensaire, l’infirmière-chef se rend chez: le malade. En raison de son titre, plus souvent de par son expériencé et ses qualités professionnelles, elle réussira là ou l’infirmière-visiteuse a échoué. Toute imbue de la grandeur de sa tâche sociale, c’est souvent en montrant l'intérêt qu’elle porte. à la cause qu’elle défend, qu’elle gagnera une famille, plus que par les multiples arguments qu’elle développera. Et c’est là un des côtés et l’un des plus importants de la vie et de l’action du dispensaire, le choix et la désignation d’une infirmièrechef. Il faut, en effet, que le médecin ait pu longuement apprécier ses aptitudes, son zèle, sa souplesse à se plier aux circonstances toujours nouvelles, sa patience, etc. pour qu'il y ait entre l’infirmière-chef et lui une collaboration de tous les instants et une confiance mutuelle absolue. |
L’infirmière-chef a d’autres devoirs, quelquefois plus délicats : conserver la confiance des familles, obtenir d'elles une
fréquentation régulière du dispensaire, fréquentation plus ou moins espacée suivant l’avis du médecin, leur faire comprendre que c’est là leur grand poste de secours contre toutes les éventualités; conseiller, obtenir et faciliter le placement des enfants; trouver le moyen d’atténuer ou mieux d’effacer une parole mal interprétée de l’infirmière-visiteuse et enfin et surtout vérifier discrètement mais méthodiquement le travail de cette dernière, le plus souvent dévouée et fidèle collaboratrice.
Ce sera donc: la tâche. de l’infirmière-chef de visiter ellemême toute famille où il y a un tuberculeux, lorsqu'elle ne sera pas revenue au dispensaire depuis quelques semaines, de savoir les raisons de cette négligence et, s’il est nécessaire, de la décider à reprendre le chemin de la maison des bons conseils et souvent aussi des bons services (secours en nature, en argent literie, vêtements, etc..).
Pour les placements d'enfants, il est bien certain que c’est le plus souvent l’infirmière-chef qui décide la famille d’abord au placement, puis dans un placement déterminé dont le médecin décidera en dernier ressort; c’est elle qui saura obtenir la plus large contribution de la famille pour l'entretien de l’enfant
placé qui, outre la santé qu’il retrouve, ne coûte plus rien à nourrir à la maison.
” Une autre face du rôle de l’infirmière-chef, c’est d’être le trait . d'union avec toutes les œuvres de secours, et cette face est des.
plus belles. : 3
Relations, avec les infirmières sociales des hôpitaux, des maternités, des écoles; visites aux malades hospitalisés; correspondance avec les malades placés en sanatorium, en préventorium, en placement familial, etc.., et avec leur famille; relations avec les pupilles de la Nation, avec les crèches, les écoles en plein air, les colonies de vacances, avec les œuvres privées,
avec les œuvres confessionnelles, etc.
C’est encore l’infirmière-chef qui, d'accord avec le médecin, devra réaliser l’union et la collaboration des médecins prati-
ciéns avec le dispensaire. Lorsque le malade sera venu sur les :
conseils de son médecin traitant, celui-ci sera toujours tenu au courant des constatations faites au dispensaire, consulté au sujet des mesures à prendre, etc. Toutes les fois que cela semblera utile, l’infirmière-chef se rendra chez le médecin pour s’entretenir avec lui et obtenir que les décisions prises au sujet des malades le soient d’un commun accord.
Même lorsque le malade est venu de lui-même, conseillé par un client du dispensaire, par une personne avisée, ou alertée par la propagande, l’infirmière-chef devra toujours lui conseiller de revoir régulièrement son médecin habituel. C’est là un des meilleurs moyens d’assurer la réussite de l’œuvre de prophylaxie sociale du dispensaire, c’est aussi le procédé de choix pour gagner la confiance des médecins de la circonscription.
Lorsque l’infirmière-chef se tient à son bureau l’après-midi, sa tâche n’est pas moins grande.
En raison de la pénurie du nombre des visiteuses, elle aura souvent à convoquer au dispensaire soit les parents, soit les enfants, dont elle doit faire ses amis, elle recevra les malades anciens ou nouveaux, les conseillera, les réconfortera, leur annoncera les bonnes et aussi les mauvaises nouvelles, répondra aux nombreuses communications téléphoniques, téléphonera elle-même pour faire aboutir plus rapidement, par exemple, une demande de placement. Lorsqu'il s’agit de placement familial, d'envoi à la campagne, c’est elle qui doit savoir où frapper afin d'obtenir les subsides volontaires trop souvent nécessaires.
La visiteuse-chef réalise la liaison naturelle, officielle ou of-
ficieuse, avec le fichier central, les écoles, les préventoriums,
‘les sanatoriums, les placements privés, les colonies de vacan-
ces etes -
Lorsqu’elle reçoit les malades ou leur famille l’après-midi, la visiteuse-chef a une tâche des plus délicates : car, outre les réponses faciles, les renseignements courants, il faut décider une mère bacillifère à se séparer de son petit dès sa naissance, une famille qui a chez elle un contagieux, à confier ses enfants à l’O. P. H.S. ou à les diriger vers la campagne, vers la montagne, vers la mer, ou sur les établissements de l’Assistance Publique, etc, et elle donnera à la famille des conseils sur la profession que le médecin préconise pour l’enfant, etc.
En dehors des heures de consultation, des malades ou des membres de leur famille viennent souvent demander secours et conseils au dispensaire. En principe, la visiteuse-chef les adresse à leur médecin traitant et à leur défaut à un dispensaire public ou à l’hôpital. Cependant, un certain nombre d’entre eux ne comprennent pas qu’on les renvoie de ce dispensaire qui, à leur avis, devrait les soigner. Seul, le doigté de la visiteuse-chef lui permettra de débrouiller ces cas difficiles. Surtout s’il s’agit d'enfant, l’infirmiére-visiteuse devra soigneusement regarder s'ils ne sont pas atteints d’une éruption, porteurs d’une angine à fausses membranes, etc. et conseillera alors l’hospitalisation d'urgence en demandant au besoin une ambulance. ù
Il serait peut-être utile, à ce point de vue, que l'infirmière, vivant constamment dans le milieu familial, puisse avoir les mêmes moyens d’action que les infirmières des écoles. ,