HDI L'ŒUVRE DES TOUT-PETITS
Nous avons simplement signalé les placements de l'O. P.H.S.. nous insisterons beaucoup sur le placement des Tout-Petits.
I nes agit pas seulement d’une œuvre intéressante en ellemême, mais bien de la première amorce de la prophylaxie sociale, complète et scientifique. C’est probablement là qu'est la solution du problème de la lutte antituberculeuse. Nous savons bien que l’œuvre des Tout-Petits a été conçue sur des idées concernant le mode de propagation de la tuberculose, niant toute hérédité de graine et de terrain, mais nous n’avons pas à entrer dans ces considérations et nous pensons que, quelle que soit la théorie acceptée, l’œuvre des Tout-Petits part d’une conception beaucoup plus haute et qu’elle peut s'adapter à toutes les théories (1).
Fondée en 1920, l’œuvre des Tout-Petits, a, par les résultats déjà acquis, donné la plus éclatante démonstration de son rôle primordial dans la lutte antituberculeuse. Elle vaut que nous nous y arrêtions.
Ce qui én constitue à notre avis le caractère essentiel, c’est qu’elle a été créée & en application des règles et des méthodes
déduites de recherches antérieurement poursuivies » (R. Debré).
Il est de toute justice de rappeler que c’est à M. le Professeur Léon Bernard que revient tout le mérite de ces recherches et de leur application pratique qu’il a su concevoir et, malgré toutes les difficultés, réaliser et amener à son développement actuel, qu’il ne veut considérer que comme un commencement.
Après avoir été l’initiateur, il veut rester l’animateur.
L'expérience a montré d’une façon eclatante la valeur de la conception qui avait été la base de toute l’œuvre.
« Ce qui règle, semble-t-il, l’évolution comme l’éclosion de la « tuberculose du nourrisson et de l’enfant, c’est l’existence ou « l’absence de contact tuberculeux et la persistance ou a ces- « sation de ce contact » (R. Debré).
Ce n’est pas le seul enseignement à retirer des résultats acquis dont on trouvera le détail dans les travaux de M. R. Debré et dans la thèse de M. Lelong qui résument leurs propres observations et celles faites par Mme Sussmann : les résultats acquis nous ont déjà apporté, suivant l’heureuse expression
(1) Sur cette question passionnément intéressante, nous renvoyons à la thèse de M. Lelong où nous trouvons exposées d’une façon claire et
complète, avec un sens parfait de l’objectivité et une impartialité absolue toutes les théories.
de M. le Professeur Léon Bernard, « une pépinière de faits « nouveaux qui concourent au progrès de la science ».
L'œuvre ne comportait au 1* Janvier 1925 que 300 placements environ, dont 230 réservés à l'O. P. HS. Mais, quand on sait que la mortalité globale par tuberculose comparée à celle des enfants restés dans le milieu familial a été de 7.60 % contre 82 %, combien on s'explique le cri du cœur de M. le Professeur Léon Bernard, songeant à la lourde tristesse qui pèse sur un service hospitalier de tuberculeux : « quelle triom- « phe sur la maladie, que de lui enlever chaque année plus de «cent vies humaines, qui seraient condamnées à subir ses ravages !».
Certes, le reérutement des enfants, surtout dans les cas de préservation anté-natale, est douloureux pour la famille, déjà touchée par la maladie et trop souvent par la misère, mais avec de la bonne volonté et du tact, on arrive à persuader les parents.
Surtout, comme le fait remarquer avec raison Mme Arnold Seligmann, dont le nom est si intimement lié à la fondation, au fonctionnement et au développement de l’œuvre des Tout- Petits, surtout si l’infirmière-visiteuse sait bien montrer que « cette séparation, base scientifique de l’action préservatrice, n’est que matérielle; moralement, le lien familial persiste ». Le contact avec les familles est étroitement gardé pendant le séjour de l’enfant et même après sa sortie.
L'œuvre reçoit les enfants de 0 à 2 ans et les garde jusqu’à 4 ans.
L'enfant est confié à des paysans, offrant toutes garanties physiques et morales.
Les placements sont effectués dans des foyers de placement rayonnant autour d’un centre, pourvu d’un dispensaire et d’une petite infirmerie où réside l’infirmière spécialisée. Celle-ci prépare et distribue le lait et un médecin y fait régulièrement la consultation des nourrissons qui ont tous leur fiche tenue à jour.
L'œuvre possédait au début de 1925, 7 centres. Tous sont situés en Sologne dans la région comprise entre La Ferté-St- Aubin au Nord et Salbris au Sud, Argent à l'Est, et Selles-St- Denis à l'Ouest.
Une innovation intéressante a été, en 1924, « l'installation « dans chacun des dispensaire d’une chambre d’allaitement, «ce qui a permis à 10 mères, dont le mari était tuberculeux, « d'aller sevrer leur enfant dans les conditions les plus favo- « rables » (Mme Arnold Seligmann).
Une question aussi primordiale est celle du recrutement des
MEL enfants : de l’observation rigoureuse des règles qui doivent y présider dépendent les résultats.
L'œuvre des Tout-Petits « représente la première tentative « de prophylaxie complète et rationnelle de la tuberculose chez « les nourrissons et les petits-enfants. Elle est doté de tous les. « rouages essentiels : dépistage des mères tuberculeuses par la « prophylaxie anté-natale, séparation, dès la naissance, du nou- « veau-né grâce à une connexion étroite avec les services d’ac- « couchement, crêche hospitalière pour les enfants à mettre « en observation provisoire » (R. Debré).
Deux catégories d’enfants sont à considérer :
a) Les enfants séparés de la personne contagieuse (le plus souvent la mère) soit immédiatement après la naissance, soit plus tard, mais avant contamination. Chez ces enfants préservés totalement de toute contagion tuberculeuse, aucun cas de tuberculose ne s’est présenté (263). :
Si la mortalité, d’ailleurs variable, a été malgré tout, assez élevée, c’est dans le cours des deux premiers mois, sans qu’on ait pu la rattacher à la tuberculose pulmonaire (1). La fragilité spéciale semble ne dépendre que des conditions résultant de l’éloignement de la mère et de la nécessité de l’allaitement artificiel. \
Il y a donc sur ce point un effort à faire, une difficulté à vaincre, et l'installation des chambres d’allaitement en marque une étape.
b) Les enfants sont déjà contaminés au foyer de leurs pa-rents. C’est le placement familial des Tout-Petits.
Ils doivent être soigneusement choisis, en se basant sur les
« données recueillies sur la source de la contagion, sur la
durée et l’intimité du contact, sur la durée de la période d’inoculation, sur l’âge de l'enfant ». (R. Debré).
Sur 171 enfants, la mortalité par tuberculose a été de 7,60 %, taux minime si on le compare à celui de la mortalité des enfants tuberculeux laissés dans leur famille auprès de leurs parents malades : 82 % d’après l’enquête minutieuse menée à domicile par Mme Sussmann.
(Elle est dûe à des causes nettes, banales, telle que broncho-pneu-monie, maladies infectieuses, hérédo-syphilis.
LE DiISPENSAIRE ET L'ASSISTANCE PUBLIQUE
Le traitement médicamenteux des tuberculeux et surtout des:
tuberculeux pulmonaires n’existe pas plus à l’hôpital qu’au dispensaire. Le traitement hygiénique, seul défendable à
l'heure actuelle, est à peu près impossible dans une salle d’hô--
pital où l’on traite toutes les maladies. Pour les tuberculeux ne pouvant être suivis à domicile, pour ceux dont les lésions. ne permettent pas l’envoi en sanatorium, un organisme est
cependant indipensable et c’est nécessairement l’hôpital, même:
pour les malades susceptibles d’être dirigés ensuite sur un hôpital-sanatorium (Brévannes, Ivry, Bicêtre) ou même sur un
dispensaire, lorsque la raison du repos à l’hôpital, (hémopty-
sies, poussées évolutives, etc.) n’existe plus.
Il était donc nécessaire qu’une liaison existat entre chaque
dispensaire et un service spécialement adapté de l'hôpital de: son ressort.
Le problème est aussi important pour les autres formes de tuberculose surtout chez les enfants : affections ganglionnaires, osseuses, etc. Il appelle donc une solution non pas iden-.
tique, mais répondant au même besoin.
Les lits destinés aux tuberculeux sont bien entendu réser-. vés aux hôpitaux, aux dispensaires de l’A. P., aux médecins. des bureaux de bienfaisance, aux médecins inspecteurs des.
écoles, et aussi aux médecins des dispensaires de l'O. P. H S$. Il est de toute équité de constater le très gros et très coûteux
effort réalisé d’année en année, surtout depuis 1920, par le Con-.
seil Municipal de Paris et par l’A. P. pour améliorer l’organis:tion de la lutte contre la tuberculose. Il importe d’ajouter,. d’après les rapports sur cette question primordiale présentés
au Conseil Municipal, que cet effort sera poursuivi aussi rapide-
ment et aussi énergiquement que le permettront les ressources budgétaires, jusqu’au jour où le but poursuivi pourra être con-sidéré comme atteint.
Mais, il n’en reste pas moins qu’à l’heure actuelle, les malades. proposés pour hôpital-sanatorium, sanatorium, etc doivent attendre très longtemps, 3, 4 et même 5 mois. C’est beaucoup. trop.
Nombre de malades proposés pour sanatorium ne relèvent plus, au moment où ils sont convoqués, que de l’hôpital-sana--
torium ou de l’hôpital.
« Et cependant en 1921, l’administration de l'A. P. déclare « disposer pour les tuberculeux du 1/5 environ de ses lits d’hô- « pitaux (médecine, chirurgie, accouchement), soit le 1/4 en- «viron de ses lits de médecine, c’est-à-dire des lits compris:
CAPOT LA TE AR a FEES ML ne .
— 126 — Ë « dans les hôpitaux et dans les services de médecine des ‘hos- « pices ».
En fin 1926, l'A. P. possèdera en propre 5.136 lits pour la tuberculose, soit le 1/7 de ses lits d’hospitalisation fixés à 35.060 au budget de 1926. Il existe actuellement trois centres de consultation de triage : Laënnec, Cochin et Baujon. Le dispensaire Marcadet est rattaché au centre de Laënnec, nous l’envisagerons donc plus particulièrement, mais pour tous Îles chiffres qui vont suivre, nous aurons toujours en vue le fonctionnement des services de l’A. P. au point de vue de la lutte antituberculeuse, pour tout Paris.
Etablissements appartenant en propre à l'A. P.
IL — Tuberculose pulmonaire a) Adultes.
Centre de consultations de triage et de traitement de Laënnec.
1° Lits à Paris pour malades relevant de l’hôpital ou en “observation :
À Laënnec, H. 108, F. 194.
A Broussais, H. 15, F. 18.
A La Rochefoucauld, H. 90, F. 0.
2° Lits hors Paris, pour malades susceptibles! d’amélioration soutenue :
À Brévannes, H. 158, F. 152.
A Bicêtre (Pavillon Clémenceau), H. 129, F. 0.
À Ivry (Pavillon Edith-Cavell), H. 0, F. 98.
Le total des lits pour Laënnec, Cochin et Baujon, s’élève à À Angicourt, femmes 91.
Le total des lits pour Laënnec, Cochin et Baujon, s’éève à 1.262 lits pour hommes et 1.013 pour femmes.
Il faut ajouter que les services spécialisés de la Charité et de Boucicaut disposent hors Paris de 18 lits pour hommes et fe
23 pour femmes.
Les services spécialisés dans les hôpitaux, comptent, en salles spéciales, 416 lits pour hommes et 332 pour femmes.
Nous devons, avant d’en terminer, ajouter que les conditions d'installation, les facilités de cure, la qualité de la nourriture, ont été considérablement améliorés à l’hôpital-sanatorium de Brévannes, où l’on a créé un service de 48 lits (hommes) pour
ARIDT ES
l'observation parfois nécessaire des malades à l’arrivée et on y prévoit 208 lits nouveaux qui doivent être mis incessamment en service. |
Au total, il existe donc 3.320 lits pour adultes tuberculeux dont 1.606 dans les établissements parisiens et 1.714 dans les. services hors Paris. *
b) Enfants. ; En outre du service d’isolement de l’hôpital Hérold, 20 gar-
cons, 12 filles, du centre d’isolement et de traitement annexé à l'hôpital Debrousse (pavillon Benjamin Franklin), 64 garçons,
40 filles, il y a à Brévannes, un sanatorium pour enfants comportant 9,5 lits garçons et 96 lits filles. \ |