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I. — HISTORIQUE

La connaissance des méfaits, causés par l'inhalation de poussières industrielles, n’est pas récente. Tout d’abord, comme on peut facilement le comprendre, l’attention des médecins et des hygiénistes fut portée sur les conséquences les plus immédiates de ces inhalations, c'est-à-dire sur les résultats produits par ces poussières sur les poumons des individus respirant et travaillant dans un airplus ou moins confiné, et chargé d'éléments fragmentaires en suspension.

Dès 1777, RAMAZzINI avait remarqué la nocivité des poussières résultant du travail des ouvriers tailleurs de pierres. Puis PEARsoN, en 1813, incriminait à son tour la poussière de charbon. Il est remarquable que ces faits passèrent inaperçus jusqu’à ce que LABNNEC, TRAUBE (1866-68) (anthracose), Zexxer (1867) (sidérose) aient les premiers décrit d’une façon complète, au point de vue clinique, les affections pulmonaires que l’on groupe actuellement sous le nom de prneumolkonioses, et dont

la liste, bien allongée depuis, a été établie d’une façon

à peu près complète dans les traités d'hygiène et en particulier dans Prousr (2° édition), qui en a donné une bonne nomenclature.

Sans entrer dans une énumération détaillée, nous distinguerons, parmi ces poussières, celles qui provoquent simplement des lésions pulmonaires (chalcose) : d’autres qui envahissent les ganglions soit de l'appareil respiratoire, soit du segment intestinal (anthracose) ; d’autres enfin qui provoquent des accidents généraux pouvant atteindre une gravité extrême par intoxication

et déchéance organique (inhalations de poussières de

plomb, de céruse), (saturnisme), (nécrose phosphorée),

(déphosphorisation des scories).

Ces poussières sont enfin tantôt d’origine minérale

comme celles que nous venons d’énumérer, tantôt végétales (byssinosis), tantôt animales (laine, poussières de corne, poussières de nacre)...

C'est sur cette dernière catégorie de poussières industrielles que nous étendrons notre présente étude, car elles sont la source d’une affection curieuse, assez rare, étant donné le peu de centres ouvriers de cette industrie, affection dont la pathogénie est ençore bien obscure, malgré les efforts faits par quelques auteurs pour lui trouver une explication suffisante. D'autre part, à notre époque où l’on se préoccupe à juste titre du sort de l’ouvrier qui travaille dans des conditions que l’on peut supposer au premier abord insalubres,

il nous a paru bon d'attirer l'attention des hygiénistes,

des pouvoirs publics et des chefs d'industrie sur cette

affection ; de lui faire en quelque facon son dossier,

[ae 11 0e de telle sorte que, le cas échéant, des faits bien nets puissent être utilisés par le législateur et déterminer ainsi les conditions prophylactiques de cette affection.

Or les deux dernières sortes de poussières industrielles que nous avons signalées se rapprochent l’une de l’autre (poussières de corne, poussières de nacre) et tandis que l'une se borne à provoquer de simpleslésions pulmonaires, sans donner lieu à aucune manifestation générale, la seconde présente de curieuses lésions qui, dépassant la même zone viscérale banale, se localise exclusivément au squelette, et en des points si nets, avec des formes restant tellement analogues, avec une évolution si régulièrement semblable, que l’on pourrait les qualifier de schématiques.

Les premiers cas de cette affection ont été signalés en Bohême, en Moravie, où, paraît-il, elle aurait été l’occasion d’une interpellation au Parlement (Toussaint). Depuis elle fut décrite par les chirurgiens viennoïs qui, dans des périodes, s'étendant, de 1869 à 1886,réunirent et publièrent un certain nombre d'observations. Il existait en effet, dans quelques quartiers de Vienne, des centres importants de cette industrie, qui ont fourni l’occasion des premiers travaux de Exaziscu (de Vienne), qui en 1869 publia le premier article original sur cette affection dans la Wiener Medicinischer Presse. L’année suivante, en 1870, le même auteur publiait six observations qu’il avait prises chez le Professeur Drrrer, et les faisait suivre de considérations sur l’étiologie et la

pathogénie d’une affection jusqu’alors inconnue, se pré-

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DNTO sentant sous forme de tuméfactions douloureuses des os, tuméfactions récidivantes chez le même individu, et régressant sans traitement spécifique.

GüssENBAUER, en 1875, fait paraître à son tour un certain nombre d’observations prises chez le Professeur Birrotu (Vienne) et où les caractères symptomatiques étaient absolument superposables à ceux précédemment décrits par Encriscm. De plus, GüssENBAUER s’engageant dans la voie expérimentale, tenta de reproduire les mêmes lésions chez des chiens adultes et adolescents. Ces expériences ne réussirent qu’à moitié ; elles eurent pour. résultat de provoquer uniquement, des lésions pulmonaires :ulcéreuses sans lésions osseuses. Enfin, GüssENBAUER essaya de donner à son tour une explication pathogénique de cette affection, en attribuant l’origine de ces accidents à la substance organique quise trouve dans la nacre — conchyoline de FRÉMY. — Aussi donna-t-il à cette affection le nom de conchyo-

lin-ostitis, dénomination qu’elle a gardé depuis.

C’est sous ce nom également que la décrivit le médecin militaire français Toussaint, voyageant à Vienne en 1889 ; il vit des malades atteints de cette forme d'ostéite dans le service du Professeur ALBERT, et en rapporta deux observations parues dans la Revue générale de Clinique et de Thérapeutique.

Dàns l'intervalle, O. Waiss en a rapporté également une observation en 1886.

Ces travaux ne parurent pas éveiller grand écho, vu l’absence de données où l’on était, et de la possibilité de trouver des centres industriels analogues à ceux de

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Vienne. On peut s’en rendre compte en lisant les cliniques de BrocA qui, se trouvant en face de deux cas d’ostéomyélite à marche bizarre, dontle curettage n'avait

donné à l'examen histologique et microscopique aucun

14 44 résultat pouvant éclairer son diagnostic, ne fit ce diag-

| nostic qu'en entendant le malade avouer qu'il était

ouvrier tourner -de nacre. Ces quelques mots furent pour Broca un trait de lumière qui lui rappela immédiatement les travaux des chirurgiens viennois.

Puis de nouveau le silence se fit sur cette affection, les cas passèrent inaperçus. Cependant, il existait dans la région de Beauvais, à Méru (Oise), ancien fief des Montmorency, un centre industriel de la nacre, le seul qu'on püût trouver en France. Il était logique de penser qu'il dût se produire de temps à autre quelques cas de conchyolin-ostitis. |

Le D: GraïzLon, de Méru (1907), se trouva devant un individu atteint de cette affection et fit le diagnostic par élimination. Connaissant la rareté des observations pu-

bliées en France, le D' GRAILLON fit présenter le cas

qu’il venait de découvrir par le D’ Jupert à la Société de l'Internat des Hôpitaux de Paris.

Cette observation arrivait à son heure pour combler

une lacune ei attirer de nouveau l'attention des pathologistes français. Pour nous, dans ces derniers temps, nous avons eu la bonne chance d’observer, avec le D' GRAILLON, un cas typique d’ostéite des nacriers. 1 Nous avons pu examiner le malade nous-même, pendant le séjour que nous fimes à Méru, et nous rendre compte de son état actuel et de ses reliquats. Le D' GRAILLON

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fut assez aimable pour nous permettre d'en utiliser l’observation. Ce praticien nous fit remarquer en outre que les cas étaient moins fréquents à Méru qu'ils ne le sont à Vienne, probablement à cause d’une hygiène mieux comprise ou à des conditions climatériques différentes.

Enfin, il serait possible qu’un jour ou l’autre les médecins japonais nous apportassent une contribution importante à l'étude de l’ostéite des nacriers, étant donné le développement récent de cette industrie dans ces contrées ;: actuellement, il n’y a pas eu encore, à

notre connaissance, de publication à ce sujet.

ÉTIOLOGIE

Comme dans toute description nosographique, nous aurons à considérer successivement la cause capitale et à envisager ensuite les conditions étiologiques accessoires, qui président à l’éclosion de la maladie.

La cause primordiale est ici la poussière de nacre. Nous aurons donc à étudier plus longuement en quels lieux s’est développée l’industrie de la nacre, comment elle se présente, en quoi elle consiste, quels matériaux elle emploie, ce qui nous permettra plus facilement, dan

la suite, de comprendre le mécanisme ‘et l’action des poussières de nacre.

Centres de l’industrie de la nacre

La nacre est travaillée en Moravie et en Bohême (Brünn, Grasslitz) : nous avons vu qu’elle avait déjà autrefois été incriminée d'’insalubrité ; cette accusation

ne paraît pas avoir porté de résultats nuisant à son développement.

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Les centres européens les plus importants sont, d’une part, en Autriche, à Vienne dans les quartiers suburbains, et d'autre part en France, à Méru (Oise).

Parmi les autres points du monde où l’on travaille la nacre, il nous faut citer en premier lieu le Japon dont la concurrence actuelle est très considérable et commence à se faire sentir, là comme dans une série d’autres industries.

Au Tonkin, le travail de la nacre estégalement assez répandu (Toussaint) ; les insulaires de Minikoy sont célèbres pour leurs travaux d’incrustations ; les ouvriers tonkinois font peu de poussière, ils concassent la surface miroitante de la coquille et par l’assemblage de ces irisations, obtiennent des variétés de coloration extrémement riches ; somme toute, c’est là un travail très différent de celui des tourneurs.

En Palestine, à Jérusalem, et en particulier à Bethléem, des négociants indigènes travaillent également la nacre pour en faire des boutons, des pièces de chapelet et une foule de souvenirs que les pèlerins rapportent des endroits appelés lieux saints. Cette industrie est du reste toute primitive, et les ouvriers se servent d’une petite roue dentée avec laquelle ils découpent, percent, pointillent et sculptent la nacre.

Le centre de Vienne aurait, paraît-il, diminué d’importance ces dernières années ; tandis que les agglomérations de Méru (Esches, Fosseuse, Bornel, La Villeneuve, Amblainville, etc...), forment un groupe industriel très important.

On calcule en effet qu’il s’y fait bon an, mal an, en- Deturck 2

viron 40 millions d’affaires. La fabrication porte surtout sur la confection des boutons de nacre, depuis les plus beaux spécimens jusqu'aux petits boutons usuels, à bas prix. Le nombre d'ouvriers employés est évalué à plus de trois mille qui sont composés en partie d’adultes, en partie d’adolescents pris à l’âge de treize, quatorze ans, au sortir de l’école primaire. Les uns travaillent dans des ateliers disposés à cet effet, d’autres tournent la nacre dans leur maison même : il est intéressant de voir qu’à Méru, il n’y a pas précisément une usine ; mais des ateliers plus ou moins importants qui se sont groupés, par location de bâtiments, autour de distributeurs de force motrice, de telle sorte que, pour l'entrepreneur en nacre, il y a diminution des frais généraux, augmentation de rendement, et également l’immense avantage de posséder des moyens de travail et des résultats plus parfaits.

Nous avons visité à La Villeneuve, une petite usine très bien installée, dans d’aussi bonnes conditions hygiéniques que possible ; nous reviendrons du reste sur

cette question.

Le mot « nacre », vient de l’arabe nakar qui veut dire coquille. La nacre provient un peu de toutes les parties du monde: il y a, en effet, une série de mollusques nacrigènes. Tout en possédant des différences d’épaisseur, de solidité, d'éclat, etc..; points de vue purement industriels, elle est, au point de vue anatomique, assez analogue à elle-même. On sait qu’elle est produite par

l'épithélium externe du manteau, qui chez le mollus-

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