PRÉFACE
Avant de commencer notre sujet nous tenons à accomplir un devoir de reconnaissance envers les maîtres qui nous ont guidé dans nos études médicales. Nous adressons nos remerciements les plus sincères à M. le D:'Broca chirurgien à l'hôpital des Enfants-Malades, qui a bien voulu nous indiquer le sujet de notre thèse et quia mis à notre disposition les nombreuses observations qu'il collectionne avec soin depuis de nombreuses années. Du reste, ce service qu'il nous a rendu, compte peu auprès des milliers de conseils qu’il nous a donnés pendant les quelques mois que nous avons passés dans son service ; car il sut nous enseigner de la façon la plus agréable et en peu de temps les notions pratiques de chirurgie infantile.
Que nos premiers maîtrzs M. le D' Durer et le D' DerviLce, professeurs à la Faculté libre de Lille, reçoivent ici l'hommage de notre plus sincère reconnaissance.
Nous ne saurions oublier notre maître M.le D' Dreu-
M QT
LAFOY qui nous initia aux grands secrets de la clinique interne ni M. le D’ Bunin, regretté de tous,chez quinous avons eu l’honneur de faire notre stage d’accouchement.
Nous avons conservé aussi le meilleur souvenir des quelques mois que nous avons passés dans le service du D'Lecry.
Enfin nous adressons nos plus vifs remerciements à M. le professeur SEGoND qui nousfait l’honneur de pré-
sider notre thèse.
FRÉQUENCE ET ÉTIOLOGIE
Comme nous l’enseignait Ollier dès 1867 dans son Traité expérimentalet clinique de la régénérationdesos, ce sont de préférence les os longs qui sont atteints par les localisations de l’ostéomyélite. Il ést intéressant àce propos, quoique le fait soit classique, de rapprocher des statistiques déjà publiées, celle que nous avons établie sur les très nombreux cas traités par M. Broca. Une statistique fondée sur les faits publiés par divers auteurs est forcément entachée d’erreur ; les cas, en effet, qui voient le jour sont ceux-là seuls qui offrent un intérêt spécial, soit par le siège anormal, soit par la gravité,
soit par quelques complications spéciales.
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Ceite statistique fondée sur 1040 localisations nous montre que pour 936 os longs ily a 1040os courts d’atteints. Quand il s’agit de savoir quel est l’os long le plus fréquemment atteint tous les auteurs ne sont pas d'accord. Pour Lannelongue le fémur est pris 35 fois alors que le tibia n’est atteint que 23 fois ; pour Ollier le fémur n’est atteint que 95 fois pendant que le tibia se trouve lésé 124 fois. Si l’on additionne les localisations publiées par Lücke, Volkmann, Helferich, Schede, Rosenbach, Kocher, Haaga, Ollier, Sézary, Lannelongue en ajoutant celles prises dans le service de M. Broca, le tibia est atteint 656 fois, le fémur 589, l’'humérus 172, le radius 130, le péroné 68 et le cubitus 44.
L'étude des statistiques poussée plus loin permet de
dire qu’alors que le fémur gauche est plus souvent pris que le droit de 13, 3 0/0, la différence entre le tibia droit et le gauche est de 9, % 0/0 à l’avantage du premier.
C’est donc, de tous les os, le tibia droit qui serait le plus souvent atteint ; quelle en est l’extrémité où se localise le plus souvent l'infection ? Ollier, dans son Traité sur l’inflammation des os nous enseigne que la fréquence des extrémités atteintes suit la loi d’accroissement et qu’au membre supérieur ce sont les extrémités les plus éloignées du coude qui sont le siège d’inflammation le plus fréquent, tandis qu’au membreinférieur ce sont les extrémités qui concourent à former le genou. Comme le fait remarquer Ollier, cette loi très vraie pour le fémur l’est moins pour le tibia et le péroné où il y a égalité pour les différentes extrémités du tibia et supériorité évidente pour le péroné à son extrémité inférieure, ce qui est en contradiction avec la loi d’accroissement. Le tableau qui suit met en évidence cette prédominance des lésions aux extrémités inférieures
des os de la jambe,
LH Tibia Une Péroné
À Tibia ‘supérieuret | . Frs supérieur et
inférieur moyen inférieur moyen HELFERICH .. .. 18 DO ?] 2 RosENBACH. . .. 16 25 » 1 ÉAAGA RE TT 64 177 9 11 OPITER ET PES 42 82 11 7 BRocA.n Lun, 59 61 16 5
Comme on le voit les statistiques des divers auteurs divergent sensiblement et les observations de M. Broca sembleraient accorder une fréquence presque aussi considérable pour l'extrémité inférieure du tibia que pour le reste de cet os, alors qu'Ollier considère que l’extrémité inférieure n’est atteinte qu'environ une fois sur trois et Haaga encore moins ‘fréquemment. C’est que, pour les malades qui ne sont pas traités dès le début ou chez lesquels les lésions.évoluent rapidement, il est difficile de dire en présence d’un tibia complètement nécrosé quelle est l’extrémité atteinte. Il vaut mieux, croyons-nous, et c’est ainsi que nous avons classé les observations, tenir compte du point de départ et considérer comme intéressant l'extrémité inférieure tous les cas où la douleur a débuté par les malléoles, douleur provoquée ou spontanée, ceux où le traumatisme a porté sur ces extrémités, pourvu toutefois que ces extrémités inférieures aient été reconnues à l'opération comme présentant des lésions plus ou aussi sérieuses que le reste de l'os atteint.
Pour ce qui est de la fréquence de l’ostéomyélite selon l’âge, Ollier constate le plus grand nombre de cas entre 10 et 20 ans. Lannelongue entre 10 et 15. Pour Chassaignac c’est entre 12 et 14 et pour Scheede entre 9 et 18. D'après les tableaux de Gangolphe qu'il a pu dresser sur des malades de tout âge, l’éclosion de l’ostéomyélite s’effectue habituellement entre 13 et 17 ans; plus tard après 25 ans, c’est une véritable rareté. Le sexe lui aussi a de l'influence sur la fréquence de
l'ostéomyélite. Haaga trouve la proportion de 77, 7 0/0
— 13 — di
chez les garçons. Pour ce qui est de la localisation
qui nous occupe on trouve 45 garcons pour 15 filles.
La proportion de garçons atteints est donc trois fois
plus grande pour les garçons. Il semble que seule la
violence des jeux des garçons peut expliquer cette
préférence. Cette explication est du reste confirmée par ce fait qu’au-dessous de 2 ans il y à à peu près éga-
lité pour les deux sexes.
C’est en effet un point sur lequel nous devons insister : le traumatisme joueun rôle indéniable dans l’étiologie, dans la localisation de l'infection latente en un point quelconque de l'organisme. Ollier a insisté en 1889 sur les lésions que produit chez l'enfant le traumatisme par distension dans l’entorse: « Chez l’adulte les mouvements forcés des articulations amènent la distension et la déchirure des ligaments avec ou sans arrachement des saillies osseuses auxquelles ils s’in-. sèrent ; chez les jeunes enfants les ligaments et les car-
\ tilages résistent et c'est au delà de Particulation dans la portion la plus souple et la moins consistante de l’os que la lésion se produit... L'entorse juxta-épiphysaire n’est que le premier degré du décollement épiphysaire, de même que l’entorse articulaire n’est que le premier degré de la luxation. » Il est évident que ces
__entorses légères sont fréquentes et rarement se compliquent d'ostéomyélite. L'enfant tombe, se tord le pied, pleure un instant se relève en général seul et reprend sans tarder ses jeux plus ou moins bruyants. Quand, douze heures ou vingt-quatre heures après, la mère voit
le cou-de-pied de l'enfant, enflé, douloureux spontané- \