INTRODUCTION
Nous avons eu l’occasion d'observer dans le service du Dr Baumgartner, en Décembre 1929, un mala: de dont l’histoire clinique était fort complexe. De prime abord, il paraissait s’agir d’un mal de Pott banal compliqué d’abcès ossifluent ; d’ailleurs, un an auparavant cet adolescent avait fait un séjour à Berck dont il avait été amélioré. Il était néanmoins revenu à l'hôpital de la Charité, adressé au Dr Babonneix pour des troubles nerveux, mais l’examen fait à ce moment montra l'intégrité du système nerveux. Dans le service de cel éminent clinicien, ce jeune malade fut pendant quelque temps considéré comme un pottique, mais une observation suivie montra qu'il s'agissait en fait d’un faux mal de Pott. Les abcès qui s'étaient développés contenaient du staphylocoque, et lorsque ceux-ci arrivèrent à la paroi, le mt} lade fut adressé à notre Maitre le Dr Baumgartner. fl nous fut donné de le suivre à ce moment et le Dr Baumgartner nous suggéra d'étudier pour notre thèse la question des ostéomyélites subaigues du corps
vertébral et de rechercher les signes cliniques et ra-
diologiques permettant de la distinguer du mal de Pott.
Depuis, nous avons eu la chance de rencontrer deux nouveaux cas. Quoique différents du premier, ils ont avec lui un certain nombre de caractères communs. Ces trois cas réalisent des ostéomyélites subaigues du corps vertébral.
L'ostéomyélite vertébrale chronique est une affection connue depuis Gosselin. En réalité, cet auteur avait bien décrit plusieurs formes anatomiques et cliniques, mais cette notion d'ostéomyélite vertébrale reposait surtout sur un parallélisme théorique avec les autres localisations des autres ostéomyélites. En clinique ce cadre nosologique n'était guère utilisé, puisque toutes les affections chroniques ou subaigues de la colonne vertébrale étaient considérées comme d’origine luberculeuse et rangées comme forme clinique du mal de Pott. LES
Vers 1903, Grisel isole nettement les ostéomyélites du corps vertébral à évolution fatale et les ostéomyélites de l'arc postérieur] à évolution plus favorable et dont le diagnostic clinique peut-être assez facilement fait avec le mal de Pott. | !
Ces notions cliniques étaient en réalité insuffisantes mais depuis l'ère radiographique le cadre de l’ostéomyélite vertébrale a été considérablement agrandi. Aux signes cliniques sont venus s’adjoindre des signes
radiographiques indiquant la lésion vertébrale et per-
te
mellant souvent de la distinguer d'une lésion pottique, Ainsi, l’ostéomyéltie vertébrale était isolée des ostéoarthrites tuberculeuses.
L’autonomie qu'elle gagnait de ce côté l’orientait vers le groupe des spondyloses, groupe qui rassemble des faits cliniques multiples dont certains ont avec l’ostéomyélite chronique une identité d’étiologie et de signes radiographiques.
Actuellement encore, la discussion reste ouverte sur la délimitation de ces groupes. Certains auteurs comme Jentzer et Baliasny nient toute possibilité de faire le diagnostic radiologique entre spondylite et spondylose,et pour eux, «le bec de perroquet,de corbeau, les festons latéraux, la colonne torse, les guirlandes, les ponts osseux, les déviations de la colonne se rencontrent dans la plupart des cas et de spondylite et de sponylose ». Certains auteurs poussant encore plus loin leurs conclusions considèrent que spondylite et spondylose sont des formes différentes d'un même processus infectieux vertébral.
A l'opposé, Montagné en 1926 résumant la discussion sépare nettement spondylite et spondylose, mais ses arguments laissent la discussion ouverte.
Nous étudierons surtout les ostéomyélites subaigues du corps vertébral, les distinguant nettement des ostéomyélites de l’arc postérieur, qui sont d’une plus grande fréquence, mais d’un diagnostic plus
Là facile. Au contraire l’ostéomyélite du corps est assez
press
rare et c’est elle qui pose plus que celle de l'arc postérieur un diagnostic avec d'une part le mal de Poit, d'autre part les spondyloses.
Les trois observations que nous apportons dans ce débat montrent la complexité symptômatique de l’ostéomyélite subaigue du corps vertébral. Le premier cas est fort net et indiscutable cliniquement et analomiquement, le deuxième cas fut d'un diagnostic plus difficile, car il simulait tout-à-fait un mal de Pott ; le troisième est d'une interprétation délicate, pouvant être considéré comme forme intermédiaire entre spondylite et spondylose.
Mais du point de vue radiologique deux de ces observalions ont un intérêt de premier ordre. Elles montrent l'association de lésions de destruction et de réactions ossifiantes du corps vertébral. Or, la constatation de l’une ou kle l’autre de ces lésions isolées serait en faveur soit du mal de Pott, soit d’une spondylose. La troisième observation à des signes uniquement destructifs d'apparence pottique, mais l’anamnèse et l’évolution clinique démontrent la nature staphylococcique de ces lésions osseuses.
Dans les autres observations que nous avons relevées parmi la littérature médicale, nous avons trouvé un certain nombre de caractères communs cliniques et radiographiques que nous nous efforcerons de préciser dans cette étude.