HISTORIQUE
Les erreurs de diagnostic entre ostéomyélite subaigue et mal de Pott groupent deux ordres de faits :
Tantôt il s’agit d’ostéomyélite de Pare postérieur s’accompagnant parfois d’abcès dont lallure torpide fait croire à la nature tuberculeuse. Dans ces cas, il pourrait y avoir erreur clinique, mais le diagnostic est rectifié par l'examen microbiologique du pus. Du reste ces ostéomyélites subaigues de l'arc postérieur simulent plus une ostéite tuberculeuse de l’apophyse épineuse qu'un mal de Pott.
Ces formes sont connues depuis longtemps, Gosselin, Lannelongue les décrivaient déjà. Labeyrie a publié en 1905 un cas personnel caractéristique. Gris sel dans son rapport au Congrès de Gynécologie Pédiatrie et Obstétrique en 1910, signalait les erreurs de diagnostic entre l’ostéomyélite subaigue de Parc postérieur et le mal de Pott. Le plus récent travail à ce sujet est la thèse de Laborde. Dans une de ses observalions originales le diagnostic de mal de Pott ne fut rectifié qu'après deux ans d'évolution.
Dans des cas beaucoup plus rares, et ce sont eux
qui forment le but de notre travail, il s’agit d'ostéomyélite du corps vertébral. L'erreur clinique est difficile à éviter! ; à celle-ci s'ajoute parfois une erreur d'interprétation du cliché radiographique soit que la radio mentre des lésions de mal de Pott typique, soit qu’elle montre des images de spondylose ou de rhumastisme chronique.
Cette forme d’ostéomyélite subaigue du corps de la verlèbre semble être de connaissance récente, et n’a pas encore de signes cliniques et radiographiques bien délimités. F
Gosselin, l'a soupçonnée en décrivant une ostéopériostite plastique se terminant par hyperostose sans suppuralion. Mais d’une manière unanime, les auteurs classiques assignent à toute ostéomyélite du corps vertébral une évolution constamment mortelle par scptico-pyoémie. Les cas assez exceptionnels dans lesquels il y eut guérison n'offraient aucune difficulté diagnostic avec le mal de Pott, étant donné le caractère aigu de l'affection à son début.
Grisel dans son rapport au Congrès de Gynécologie Obstétrique et pédiatrie en 1910, confirme la gravité de l’ostéomyélite du corps vertébral, pourtant il décrit déjà une ostéomyélite de croissance sans en préciser la localisation. |
A cette époque, la gravité de l’ostéomyélite du corps vertébral n'était pas discutée, pourtant Gib-
ney avait déjà écrit la spondylite typhique et quel-
Al)
ques auteurs avaient fait des réserves quant à la possibilité de décrire, grâce à la clinique seule, toutes les ostéomyélites du corps vertébral :
Chipault écrivait en 1898 « L'ostéomyélite vertébrale chronique d'emblée existe certainement, mais elle reste confondue dans le groupe des ostéites vertébrales tuberculeuses ».
Labeyrie en 1905, dans une revue générale sur les spondylites non tuberculeuses du rachis décrit trois types cliniques principaux : 19 l’ostéomyélite suraigue, 20 une forme subaigue, 3° une forme chronique ankvlosante. Il est très prudent quant à létiologie de ces formes pour lesquelles le staphylocoque jouerait un grand rôle. Î
Pendant plusieurs années on ne trouve plus de travaux sur la question. En 1910, Ardin Delteil, Maurice Reynaud et Coudray étudient les spondylites infectieuses consacrant un chapitre aux infections staphylococciques ; ils distinguent cliniquement et anatomiquement l’ostéomyélite vertébrale de la spondylite staphylococcique. Pour eux, il y a dans l’ostéomyélite vertébrale des lésions d’ostéite aigue diffuse du corps et des masses latérales des vertèbres; dans la spondylite il y a inflammation subaigue dominant sur le périoste et les tissus qui relient la colonne vertébrale, mais sans tendance suppurative. Cette division nous paraît artificielle
et d’ailleurs ils la tempèrent en écrivant : « Il
GE
n’en reste pas moins difficile de distinguer au point de vue théorique l’ostéomyélite vraie à staphylocoque, de la spondylite staphylococcique, il ne paraît s’agit que d’une question de degrés et tous les intermédiaires peuvent se rencontrer.
En 1919; Lance et Jaubert ayant eu l’occasion de diriger un service de tuberculose osseuse. pendant la guerre,consacrent une étude aux erreurs de diagnostic que créent, avec le mal de Pott, les spondylites et les périspondylites infectieuses. Toutes les formes de transition semblent se retrouver dans leurs observations, depuis lostéomyélite subaigue aboutissant à l’abcès, jusqu'à la périspondylite réalisant cliniquement et radiologiquement un tableau de rhumatisme vertébral chronique.
À partir de cette époque, on trouve quelques observalions publiées dostéomyvélite subaigue du corps vertébral.
Kidner en publie un cas en 1921 dans le Journal Of Orthop. Surg. En 1924, Mayet et Duchamp De Lagenestre publient une observation chez un jeune enfant.
En 1928 Lefort et Ingelrans apportent à la Société de Chirurgie deux observations indiscutables de spondylite atténuée à staphylocoque.
Ces observations restaient rares et n'avaient pas
encore fail l'objet d’un travail général. Mathieu (de
Ale
Nancy) en 1924 dans une revue générale sur l’ostéomyélite vertébrale n’envisageait que les formes aigues, nous en verrons peut-être la raison dans ce fait qu'il métudiait l’ostéomyélite que chez l'adolescent. :
Montagné en 1926 dans sa thèse reprend sans nouvelles chservations la question des spondylites infectieuses dont certaines formes comme la spondylite {yphique étaient déjà bien connues. Il étudie surtout les rapports entre spondylite et spondylose et dresse une cloison entre ces deux affections:
Houdart, Hesnard et Coineau dans leur livre intéressant sur le diagnostic des affections de la colonne vertébrale apportent une observation typique de cette forme qui nous intéresse.
Il semble que depuis la guerre les spondylites vertébrales aient été beaucoup étudiées en Europe. Il ne paraît pas en être! de même en Amérique ct Willensky dans un travail récent sur lostéomyélite vertébrale cite des formes aigues avec abcès mais mentionne à peine les formes du corps à symptômes pseudo-pottiques. Il reconnaît que cette question fut beaucoup plus étudiée en Europe qu'aux Etats-Unis d'Amérique.
Parallèlement depuis l'ère radiographique l’étude des affections chroniques plus ou moins douloureuses et ankylosantes de la colonne vertébrale étaient
poussées avec beaucoup de soin: Peu à peu s’élabo-
Rp TR
rait la pathologie médicale vertébrale bien étudiée dans le livre de Léri. | D'ailleurs suivant les conceptions de chaque auteur, on peut décrire des différences ou au contraire des formes de transition entre toutes les infections
vertébrales.
ÉTIOLOGIE
Quelques points de l'éliologie des spondylites subaigues staphylococciques nous ont semblé différents des auteurs classiques.
Age : Pour les classiques, l’ostéomyélite vertébrale comme toutes les ostémyélites à staphylocoques est une infection de l'enfance et surtout de l'adolescence. Il faut pourtant faire remarquer que la soudure des différents points d’ossification des vertèbres n’est achevée qu'à trente ans, ceci expliquant la possibilité d’ostéomyélite vertébrale à cet âge.
Labeyrie, réunissant les 55 cas connus en 1905, ne trouve que 11 adultes, Grisel n'envisage dans son rapport que les formes de croissance et considère les autres variétés comme très rares. Le maximum de fréquence serait entre douze et quinze ans.
En réalité tous ces auteurs ne décrivaient pratiques ment que l’ostéomyélite aigue. Laborde étudiant les spondylites chez l'adulte voit leur fréquence diminuer à mesure qü’on s'éloigne de l'adolescence ; il
réunit néanmoins dans sa thèse de nombreux cas