OBSERVATION I
(Observation de MM. Broca et Herbinet. — Repue de Chirurgie, iq décembre igoS).
Résumé de Vobserpation. — Enfant de trois ans et demi. Pas de signes de rachitisme.
Huit fractures dont sept aux membres inférieims.
Sans déplacement ou avec léger déplacement.
Symptômes des fractures atténués.
Guérison rapide sans cal appréciable.
L’enfant a toujours été soigné à l’hôpital.
Antécédents familiaux. — Père : peut-être alcoolique, pas de fractures.
Mère : pas de fractures.
Frères, sœurs : pas de rachitisme, pas de fractures.
Charles G..., âgé de trois ans et demi, admis à la salle Bilgrain le 26 avril igoS pour une fracture du fémur gauche.
Antécédents héréditaires. — Père, quarante-deux ans, cocher, très fort, pesant cent kilos. Aucun signe d’éthylisme, pas de maladie nerveuse, n’a jamais eu de fracture.
Poirrier a
Dans la famille du père, aucune tare nerveuse, aucune diathèse.
Mère, vingt-trois ans, bien portante, n’a jamais présenté de frapture ; pas de maladie notable. Réglée à quinze ans, d’une façon très irrégulière.
A vingt ans devient enceinte ; grossesse normale, malgré, des soucis au début ; aucun malaise ne fut ressenti durant les neuf mois. Accouchement normal par le sommet. Pas de fausse couche.
Dans la famille de la mère, sept autres enfants en bonne santé ; aucun frère ni sœur morts. Parents encore en vie , aucune maladie, nerveuse, aucune maladie osseuse ; aucun n’est sujet aux fractures.
Aucune diathèse quelconque.
Antécédents personnels. — Enfant né à terme, élevé au sein jusqu’à cinq mois ; allaitement mixte dans la suite jusqu’à quinze mois; a percé sa première dent à sept mois, a fait ses premiers pas à treize mois. Quelques troubles gastrointestinaux, diarrhée et vomissements, vers l’âge de quatre mois qui ont duré une semaine environ. Depuis cette époque, bonne santé générale. Le ventre ne fut jamais gros ; aucune trace de rachitisme au moment du sevrage. Aucune maladie jusqu’à maintenant, sauf une série de fractures, dont voici la nomenclature.
Première fracture à quinze mois : chute sur parquet glissant ; résultat : fracture de cuisse droite. Il fut soigné à^ l’hôpital des Enfants-Malades, salle Raffole, où on mit le membre en extension continue. Au bout de trente-trois jours, consohdation parfaite et l’enfant sortait guéri.
Deuxième fracture à vingt et un mois : nouvelle chute
de sa hauteur sans poussée préalable, les mains portèrent sur le sol ; fracture de l’avant-bras gauche, au niveau du tiers supérieur. A la consultation de l’hôpital des Enfants- Malades, on mit un appareil plâtré, qui resta en place quinze jours. A la suite, consolidation pai’faite et mobilité absolument normale.
Troisième fracture à deux ans : nouvelle fracture de jambe, tibia droit, toujours à la suite d’une chute sur parquet. Il fut cette fois encore soigné à l’hôpital des Enfants- Malades, où il fut hospitalisé trois jours seulement. On eut le temps de lui faire un appareil plâtré ; et, un mois après, l’appareil enlevé, on constatait une guérison parfaite sans cal appréciable.
Quatrième fracture à deux ans et deux mois :
Au mois d’avril 1904, l’enfant, en courant, fait un faux pas et tombe. Conséquence : fracture du tibia gauche, sans déplacement. Soigné à l’hôpital des Enfants-Malades, à la consultation du D' Broca ; on mit le membre dans un appareil plâtré, et au bout d’un mois, consolidation complète.
Cinquième fracture à deux ans et demi : au mois d’août 1904, nouvelle fracture du tibia à droite ; cause toujours la môme : chute sur parquet sans poussée préalable et de sa hauteur seulement. Fut soigné, cette fois encore, à la consultation externe de l’hôpital des Enfants-Malades ; toujours même traitement : appareil plâtré ; un mois d’immobilisation dans l’appareil donne une consolidation parfaite et pas de cal appréciable.
Sixième fracture à trois ans ; le ii janvier 1904, glisse sur le parquet. L’enfant tombe de sa hauteur ; sa mère a
dû le relever ; depuis ce moment, il n’a pas pu se servir de sa jambe.
A l’examen, on constate un léger gonflement au niveau du tiers inférieur de la jambe gauche ; pas de déformation : à la palpation de la crête tibiale, on sent une petite dépression à la jonction des deux tiers supérieurs et du tiers inférieur ; douleur localisée à ce point précis. Crépitation et mobilité anormale facilement perçues.
On fait le diagnostic de fracture des os de la jambe gauche sans déplacement ; vérification par la radiographie. Application d’appareil plâtré. Guérison en-vingt jours, sans cal
exubérant.
Septième fracture: le 26 avril igoS, l’enfant est amené a l’hôpital des Enfants-Malades, pour une fracture du fémur gauche. Il est soigné salle Bilgrain.
La veille, en jouant aux hilles, il a glissé sur le parquet. Il lui fut impossible de se relever.
A l’examen, on constate un léger gonflement à la partie moyenne de la cuisse gauche ; douleur nettement localisée à ce niveau, quoique peu vive ; ime mobilité anormale très évidente. Appareil de Hennequin.
Actuellement, l’enfant paraît bien développé, grand pour son âge ; ses membres paraissent un peu grêles ; mais les masses musculaires sont fermes, aucun signe d’amaigrissement. Appétit excellent, bonnes digestions. L’enfant ne tousse pas, n’est pas sujet au rhume. Il y a quelquefois un peu d’enchifrènement ; les amygdales sont légèrement hypertrophiées ; pas de végétations adénoïdes.
Aucune trace de rachitisme. Dentition complète et dents normales ; aucune nouure aux épiphyses, aucune incurva-
tion diaphysaire, pas de chapelet costal, pas de déformation sternale, le ventre souple et ferme.
Au point de vue du squelette, l’examen le plus attentif ne permet pas de déceler le moindre cal aux anciens foyers de fracture. D’ailleurs les radiographies confirment cette notion.
L’enfant est soumis sans succès à l’huile de foie de morue et au phosphate de chaux depuis plus d’un an.
Le 25 mai, appareil retiré ; consolidation tout à fait rectiligne. Léger cal fusiforme. Etat général toujours excellent.
Huitième fracture : le 19 juin 1906, l’enfantnous estramené. Hier soir, il s’est tordu le pied et il présente ce matin les signes d’une fracture du tibia droit, à la jonction des trois quarts supérieurs et du quart inférieur, sans déplacement, vérifiée comme les précédentes par la radiographie.